(Ottawa) Le gouvernement fédéral a annoncé un financement de 650 millions de dollars supplémentaires pour aider les communautés autochtones à faire face à la pandémie. Une réponse qui arrive après plusieurs mois de critiques des dirigeants des Premières nations, des Inuits et des Métis qui dénonçaient l’aide insuffisante.

Teresa Wright
La Presse canadienne

Le premier ministre Justin Trudeau a précisé que 285 millions de dollars de cette somme serviront à appuyer des interventions rapides de santé publique dans les communautés autochtones face à d’éventuelles éclosions de COVID-19.

Justin Trudeau a ajouté que ce financement permettra aux communautés d’avoir accès à plus d’infirmières et de matériel.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a qualifié ce montant de « nouveau financement » lors de l’annonce officielle, mais a reconnu plus tard que des millions de ce fonds avaient déjà été dépensés.

Il a expliqué que son ministère n’avait pas voulu attendre avant de fournir l’aide nécessaire aux communautés autochtones.

Au total, 44 millions de dollars ont été consacrés aux infrastructures liées à la pandémie dans les communautés autochtones qui ont demandé de l’aide, ainsi qu’à d’autres qui ne l’ont pas fait. Valérie Gideon, sous-ministre adjointe principale de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits, a déclaré que le gouvernement fédéral a fourni des tentes médicales à certaines collectivités sans qu’on le leur demande, car il savait que c’était nécessaire.

Une partie du financement annoncé sert à sécuriser des contrats d’urgence avec des infirmières et des ambulanciers paramédicaux en prévision d’éclosions soudaines. Le montant a également été dépensé en équipement de protection individuelle pour les travailleurs communautaires essentiels des Premières Nations.

Marc Miller a déclaré que bien que la première vague de COVID-19 semble s’estomper, les communautés autochtones continuent d’être parmi les populations les plus vulnérables en raison des disparités sanitaires et sociales de longue date dans leurs communautés.

« Nous devons rester vigilants. La menace d’une deuxième vague est bien réelle », a-t-il déclaré.

Le gouvernement fédéral avait déjà débloqué 305 millions de dollars pour fournir aux communautés des Premières nations, des inuits et métis, du matériel, des soins médicaux et des installations qui facilitent la distanciation physique.

Depuis que ce financement initial avait été annoncé en mars, les dirigeants autochtones de partout au Canada ont déclaré qu’il ne suffirait pas pour empêcher les personnes les plus vulnérables de passer entre les mailles du filet.

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations Perry Bellegarde a déclaré que les fonds supplémentaires montrent que le gouvernement Trudeau est à l’écoute des besoins changeants des peuples autochtones pendant la pandémie.

« L’annonce d’aujourd’hui va donner aux Premières nations la capacité de poursuivre la lutte contre la COVID-19 », a déclaré Perry Bellegarde.

Une autre partie des 650 millions de dollars annoncés vendredi ira aux particuliers et aux familles qui dépendent du programme d’aide au revenu dans les territoires autochtones, afin qu’ils n’aient pas à choisir entre la nourriture et le loyer pendant la crise.

Ce programme sera bonifié de 270 millions de dollars, dont 139 millions de dollars serviront en aide directe face à la COVID-19 et le reste ira au maintien du financement de base de ce programme pour assurer la continuité pendant la crise.

« Notre objectif collectif est de faire en sorte que les individus et les familles puissent traverser cette pandémie avec le plus de soutien possible-qu’ils puissent faire face à cette nouvelle réalité avec le moins de stress et d’anxiété possible en ce qui concerne leur revenu et qu’ils puissent, avant tout, rester en sécurité et en bonne santé », a déclaré le ministre Miller.

Depuis le début de la pandémie, les groupes et les refuges qui travaillent avec les femmes autochtones ont signalé une forte augmentation de la violence domestique, car les restrictions reliées à la COVID-19 empêchent les familles de sortir de la maison.

Pour répondre à ces préoccupations, Marc Miller a annoncé qu’Ottawa dépensera 44,8 millions de dollars sur cinq ans pour construire 10 refuges dans les collectivités des Premières nations et deux dans les territoires pour aider les femmes et les enfants à fuir la violence.

Le gouvernement fournira également 40,8 millions de dollars pour assurer les coûts d’exploitation de ces nouveaux abris au cours des cinq premières années, et 10,2 millions de dollars par année par la suite.

Ottawa s’engage à donner 1 million de dollars de plus par année aux chefs et aux fournisseurs de services métis afin d’offrir un refuge aux femmes fuyant la violence et de participer à des projets communautaires de prévention de la violence.

« Personne ne devrait avoir à rester dans un endroit qui n’est pas sécuritaire, personne ne devrait être contraint de choisir entre la violence ou l’itinérance », a déclaré Justin Trudeau.

« Ces nouveaux refuges offriront une voie à suivre lorsque les gens en auront le plus besoin. »

Rebecca Kudloo, présidente de Pauktuutit Inuit Women of Canada, qui réclame un engagement fédéral de 20 millions de dollars pour cinq refuges d’urgence et des logements de transition dans le Nord inuit, se dit déçue d’apprendre que seulement deux refuges seront construits dans l’ensemble des territoires.

« Il faut que nous gardions nos femmes en sécurité », a-t-elle déclaré.

« Nous sommes toujours perdantes. »