Afin d’opérer le plus de gens possible cet été et de faire baisser les listes d’attente en prévision d’une deuxième vague de COVID-19, aucun moyen ne sera écarté pour augmenter considérablement la cadence. La possibilité que des médecins jouent le rôle d’« assistant » pour pallier le manque de personnel en salle d’opération est notamment étudiée. Un plan de relance sera déposé ce vendredi au gouvernement.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« On va essayer d’ouvrir toutes les salles possibles et d’avoir tout le personnel possible », affirme la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francœur.

Car le temps presse. Plus de 68 000 opérations ont été reportées depuis le début de la pandémie. « Et on sait qu’on va avoir une deuxième vague. On ne sait juste pas quand. On veut éviter d’accumuler les cas. On veut opérer le plus possible avant », dit-elle.

L’enjeu du personnel

Mais « l’enjeu numéro un actuellement dans les hôpitaux, c’est le manque de personnel », affirme le président de l’Association québécoise de chirurgie, le DSerge Legault. « Et si on attend la fin de la crise pour opérer, on va attendre longtemps », ajoute-t-il.

Différentes avenues seront présentées pour augmenter le nombre d’opérations réalisées. Comme l’utilisation de salles d’opération privées dans la grande région de Montréal. Mais le défi de trouver du personnel reste entier. 

Beaucoup d’infirmières de bloc opératoire ont été redéployées entre autres en CHSLD. Beaucoup d’inhalothérapeutes sont aux étages. Il reste encore beaucoup de détails à régler, entre autres pour le personnel.

Le Dr Jean-François Courval, président de l’Association des anesthésiologistes du Québec

La cadence des opérations a fortement diminué depuis le début de la pandémie. Le dépistage aussi. Pour les cancers, le nombre de spécimens envoyés en pathologie pour analyse a diminué de plus de 50 % au CHUM, au CUSM et au CHU de Québec. Le DLegault prévoit que tous ces patients n’ayant pas consulté durant la pandémie finiront par se présenter pour obtenir un diagnostic. « Je crains autant cette deuxième vague que celle du virus », dit-il.

« Faire les choses différemment »

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on signale que des cibles minimales de reprise des interventions ont été établies pour chaque région et doivent être atteintes d’ici au 20 juin. L’objectif est toutefois d’aller « au-delà » de ces cibles et « de reprendre 100 % des activités le plus rapidement possible », affirme le porte-parole du MSSS, Robert Maranda. Les régions « rouges », comme Montréal et Laval, devront atteindre une cible de 30 % à 40 % de leurs activités normales. Dans les zones « jaunes », comme l’Estrie et Québec, on vise de 40 % à 70 %. Et les zones « vertes », comme l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord, devront atteindre plus de 70 % de leur activité habituelle.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Diane Francœur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec 

La Dre Francœur le reconnaît : pour pouvoir opérer massivement les patients alors que la COVID-19 sévit toujours et que les équipes de soins sont très sollicitées, « il va falloir faire les choses différemment ». Parmi les possibilités étudiées : que des médecins jouent le rôle de premier assistant en salle d’opération à la place d’infirmières. La Dre Francœur donne l’exemple des colonoscopies. 

On pourrait dire qu’au lieu d’annuler une journée de procédure parce qu’on n’a pas d’infirmière, deux gastroentérologues pourraient travailler ensemble. Un serait chef et l’autre deviendrait assistant.

La Dre Diane Francœur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec 

« Cette approche est-elle acceptable pour les syndicats ? Il va falloir qu’il y ait des discussions. Ne serait-ce que pour une question de respect, ajoute le DLegault. Mais si les chirurgiens ont moins d’activités, et qu’ils sont disponibles, je n’ai pas de raison de ne pas les mettre ».

Dès juin

Initialement, des discussions avaient lieu pour pouvoir opérer des patients « sept jours sur sept, douze heures par jour ». « Mais on ne peut pas faire ça. On va tuer le personnel. Ils sont déjà brûlés », dit la Dre Francœur, qui appuie les revendications des infirmières pour avoir des vacances.

« Plus on travaille d’heures, plus il y a un risque d’erreur. Nous, on demande de rouvrir le plus possible les blocs dans les heures régulières pour ne pas épuiser le personnel », dit le DCourval.

Le plan sur la relance des opérations chirurgicales sera déposé vendredi au comité directeur clinique pour la COVID-19. Et si tout se passe bien, la Dre Francœur croit que tout pourrait être en place pour une reprise des activités dès le début de juin.