(Ottawa) Le gouvernement Trudeau refuse d’indiquer quelle pourrait être l’ampleur du déficit fédéral durant l’exercice financier en cours au motif que tous ses efforts sont actuellement déployés à mettre en œuvre des mesures de soutien aux familles, aux travailleurs et aux entreprises durement touchés par la pandémie de COVID-19.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Comme il l’avait fait mercredi dernier durant la séance en personne du comité de la COVID-19, le Parti conservateur a interpellé lundi, jour de reprise des travaux parlementaires, le gouvernement Trudeau afin qu’il lève le voile sur l’ensemble des coûts des programmes d’urgence qu’il a concoctés jusqu’ici et l’impact de la crise sur les finances publiques.

Dans un rapport qui a fait grand bruit et qui a été publié à la fin d’avril, le directeur parlementaire du budget Yves Giroux évaluait à 252 milliards de dollars le déficit pour l’exercice financier 2020-2021 – une somme qui comprenait les coûts liés à la création de programmes d’aide d’urgence temporaires totalisant 146 milliards de dollars.

Depuis la publication de ce rapport, le gouvernement Trudeau a annoncé de nouvelles mesures, notamment une aide pour les étudiants qui pourraient être incapables de se dénicher un emploi cet été à cause de la COVID-19 (9 milliards de dollars) et de l’aide pour les aînés (2,6 milliards), entre autres. Il a aussi annoncé son intention de prolonger jusqu’à la fin d’août le programme de subvention salariale.

Le directeur parlementaire du budget chiffrait à 252 milliards de dollars le déficit. Mais ça, c’était le 30 avril dernier. Vingt-cinq jours plus tard, aujourd’hui, est-ce que le gouvernement pourrait nous dire à combien se chiffrera le déficit ?

Le député conservateur Gérard Deltell, durant la période des questions

La réponse du président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, a fait sourciller l’opposition officielle.

« Nous vivons une crise extraordinairement sérieuse. Des millions de Canadiens ont perdu leur emploi. Des millions de Canadiens s’inquiètent pour la santé de leurs proches. C’est pour cela que malgré que nous soyons en situation d’incertitude et d’inquiétude, nous faisons tout ce qu’il faut pour rassurer les Canadiens et pour les aider à passer à travers la crise », a dit M. Duclos, qui était économiste avant de faire le saut en politique fédérale en 2015.

M. Deltell est revenu tout de suite à la charge en posant essentiellement la même question, tout en relevant l’esquive du président du Conseil du Trésor. « Quel est le déficit canadien ? », a-t-il aussi dit.

Question esquivée

La ministre du Commerce international et de la Petite Entreprise, Mary Ng, s’est chargée de répondre au député conservateur en esquivant elle aussi la question.

« Le Canada avait un bilan financier très fort. Le Canada est prêt à relever les défis liés à la COVID-19. Il faut passer à l’action. Nous allons accorder un appui inébranlable aux familles, à notre système de soins de santé, à notre économie. »

Le gouvernement est prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour garder notre économie forte et stable.

Mary Ng, ministre du Commerce international et de la Petite Entreprise

Selon le député Gérard Deltell, ces réponses sont « insultantes pour les Canadiens ».

« C’est la preuve que le gouvernement dépense sans compter. Le président du Conseil du Trésor est le mieux placé pour voir l’argent qui entre et l’argent qui sort ! Et pourtant, il n’a aucune idée du déficit. Malheureusement, on n’est pas surpris : ils généraient des déficits en temps de prospérité », a affirmé M. Deltell à La Presse.

« C’est bien beau avoir des questions, encore faut-il qu’il y ait de vraies réponses », a ajouté le député de Louis-Saint-Laurent.

La semaine dernière, le Parti conservateur s’est buté au même refus de chiffrer le déficit de la part de la ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances, Mona Fortier. Durant un interrogatoire de cinq minutes mené par le député conservateur de Saskatoon-West, Brad Redekopp, Mme Fortier a notamment affirmé qu’il était impossible de fournir un portrait économique de la situation « en ce moment ».

Au cours des dernières semaines, le Parti conservateur, le Bloc québécois et le NPD ont pressé le gouvernement Trudeau de présenter une mise à jour économique et financière d’ici la fin de juin. Le premier ministre Justin Trudeau a répondu que la situation économique évoluait trop rapidement d’une semaine à l’autre, rendant un tel exercice des plus difficiles.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, devait déposer son budget le 30 mars, mais il a été contraint de reporter le tout à une date indéterminée à cause de la crise provoquée par la pandémie de COVID-19.