On l’a dit et répété : de l’autre côté de la COVID-19, il y aura vraisemblablement non pas un retour à la normale, mais bien une arrivée à une « nouvelle normalité ». Mais comment le gouvernement fédéral s’y prépare-t-il ? Quels secteurs seront radicalement transformés ? Lorsque les Canadiens recevront la facture des centaines de milliards dépensés pour éviter le naufrage, comment régleront-ils la note ? La Presse s’est penchée sur une série d’enjeux pour tenter de lever – un peu – le voile sur ce que l’avenir pourrait nous réserver.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

1. Contenir une dette de près de 1000 milliards

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La Banque du Canada, à Ottawa

Le directeur parlementaire du budget (DPB) chiffre le déficit à 252 milliards de dollars en 2020-2021. Et il s’agit là d’une projection « optimiste », a spécifié Yves Giroux en comité parlementaire cette semaine. La dette ? Elle pourrait grimper à 1000 milliards de dollars, a prévenu l’agent indépendant du Parlement à la même table. « Possible, oui. Réaliste ? Oui. Certainement pas inimaginable », a-t-il lâché en réponse à une question du député conservateur Pierre Poilievre. L’ancien patron de l’élu ontarien, l’ex-premier ministre Stephen Harper, a publié plus tôt cette semaine une lettre ouverte dans le Wall Street Journal pour plaider qu’il faudra procéder à une réduction de la taille de l’État dans la foulée de la crise. Le DPB n’est pas en désaccord avec cette façon de voir les choses. « Au cours des dernières années, on a vu le nombre de fonctionnaires, l’intervention, les dépenses générales de l’État augmenter, même avant la crise. On pourrait donc revenir à une taille plus modeste de l’État – un peu ce qu’on avait avant 2015. Ça ne serait pas nécessairement de l’austérité, et ça contribuerait certainement à rétablir un certain équilibre dans les finances publiques », suggère-t-il en entrevue avec La Presse. Une fois la tête hors de l’eau, soit on rembourse la dette, « ce qui est très difficile et très long », soit on laisse l’économie croître et « amoindrir le poids relatif de la dette », expose Yves Giroux. Le ministre des Finances, Bill Morneau, a indiqué qu’une hausse de la TPS n’était pas dans les cartons.

2. Relancer la machine industrielle

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La relance de la machine industrielle sera cruciale pour la sortie de crise. La tâche délicate se fera par l’entremise du Conseil sur la stratégie industrielle.

Confrontés à une pénurie d’équipement médical de protection et à une rareté de certains médicaments essentiels, assaillis par un doute quant à l’approvisionnement en denrées alimentaires, le fédéral et les provinces ont dit qu’on ne les y prendrait plus. La machine industrielle s’est mise en branle, et des entreprises canadiennes ont levé la main pour y participer en se convertissant à la fabrication de visières de protection, de respirateurs et de masques. Acheter local a la cote plus que jamais – au Québec, le gouvernement caquiste a parrainé l’initiative « Panier bleu » visant à propulser le commerce local. Mais aux yeux de Robert Asselin, ex-conseiller politique de Justin Trudeau, l’« idée qu’on va se mettre à produire tout ce dont on a besoin est irréaliste, car on n’a pas la masse critique pour ça, et puis, de toute façon, on ne serait pas compétitifs dans bien des secteurs ». Il faut en même temps « prendre acte » que « les règles internationales auxquelles tout le monde adhérait n’existent plus parce que la guerre entre la Chine et les États-Unis fait en sorte que c’est chacun pour soi », souligne-t-il. Ainsi vaut-il mieux bâtir sur ce que le Canada fait déjà bien : formation, recherche et développement, énergies propres, note le chercheur principal en affaires mondiales et en politique publique à l’Institut Munk, de l’Université de Toronto. La tâche délicate de piloter la relance, par l’entremise du Conseil sur la stratégie industrielle, a été confiée à Monique Leroux, qui a dirigé de 2008 à 2016 le Mouvement Desjardins.

3. Infrastructures : appuyer sur l’accélérateur

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

D’importants investissements dans les infrastructures pourraient contribuer à la relance de l’économie.

Des hôpitaux et des écoles mieux adaptées au besoin de distanciation physique, des pistes cyclables plus spacieuses, des sentiers de plein air : la crise sanitaire ne freinera pas les investissements dans les infrastructures. Bien au contraire. Le gouvernement a donné le feu vert à des centaines de propositions au cours des dernières semaines, et il s’apprête à dépenser quelque 3 milliards de dollars (10 % du budget total de 33,5 milliards du plan fédéral d’infrastructure a été mis de côté pour créer un « fonds COVID ») afin d’immuniser les infrastructures contre les vagues pandémiques et d’encourager les activités à l’extérieur, s’est réjouie la ministre de l’Infrastructure, Catherine McKenna, lors d’un entretien avec La Presse canadienne plus tôt cette semaine. Le cabinet de la ministre McKenna a refusé la demande d’entrevue de La Presse. Apparemment, sa volubilité a fait grincer des dents au gouvernement. Le premier ministre a toutefois abondé dans le même sens qu’elle en conférence de presse, mercredi – quoique beaucoup plus prudemment. « Le transport collectif est important pour notre économie et va être important pour la relance », a-t-il affirmée.

4. Sauver les entreprises de services « amochées »

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Les lendemains pourraient être bien sombres pour de nombreuses entreprises de services durement touchées par la crise.

Même si sa popularité est jusqu’à présent en deçà des attentes, la subvention à l’emploi sera prolongée après le mois de juin. Cette mesure chiffrée à 73 milliards de dollars, qui couvre 75 % du salaire jusqu’à concurrence de 847 $ par employé par semaine, avait été réclamée à cor et à cri par les petites et moyennes entreprises (PME). Et selon plusieurs sondages réalisés ces dernières semaines par l’organisation qui représente une bonne partie d’entre elles, les lendemains seront bien sombres malgré l’aide fédérale. « En ce moment, plus de 70 % des PME au pays sont fermées, et la moitié ont un chiffre d’affaires en baisse de 70 % ou plus. Alors c’est sûr qu’aujourd’hui, le portrait n’est pas rose du tout », illustre Jasmin Guénette, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). Et demain, quel sera le portrait ? « C’est dur à dire, mais quand on a demandé dans un sondage à des propriétaires de PME s’ils avaient confiance de survivre à la crise de la COVID-19, le quart n’en est pas convaincu », précise-t-il. Selon Robert Asselin, ex-conseiller de Justin Trudeau, « tout le secteur des services va être vraiment lourdement amoché, et pas juste à court terme ».

5. Améliorer le financement des CHSLD

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

À part assurer qu’il ne voulait pas s’immiscer dans une compétence provinciale, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas précisé quand ou comment il comptait améliorer la situation dans les CHSLD à long terme.

Déployer des militaires par centaines dans les CHSLD du Québec, théâtres de véritables drames humains, relève de l’anomalie, et ce n’est surtout pas une solution viable à long terme, ont convenu Ottawa et Québec. Les « scènes déchirantes » qui s’y sont jouées ont amené le premier ministre Justin Trudeau à promettre qu’au cours des prochains mois, le fédéral « sera présent pour aider les provinces à les relever ». Mais à part assurer qu’il ne voulait pas s’immiscer dans une compétence provinciale, il n’a pas précisé quand ou comment il comptait le faire. Vite, et en déliant les cordons de la bourse, lui suggère le chef bloquiste, Yves-François Blanchet. « C’est simpliste comme réponse, mais le fédéral doit augmenter les transferts annuels en santé d’au moins 6 %. Cette année, le budget de Québec va exploser, fait-il valoir. L’argent ne règle pas tout, mais sans argent, on ne règle pas grand-chose. » Depuis le début de la crise, les libéraux ont esquivé toutes les questions en lien avec une possible bonification de ces fameux transferts. En revanche, Ottawa a envoyé une enveloppe de 500 millions de dollars aux provinces pour les aider à prévenir une hémorragie dans le réseau de la santé, et a versé 3 milliards de dollars pour majorer les salaires des travailleurs essentiels, dont ceux qui s’échinent dans les CHSLD. En conférence de presse, vendredi, le ministre des Finances, Bill Morneau, a assuré qu’il demeurait ouvert aux requêtes des provinces, sans toutefois dire si, oui ou non, Ottawa envisageait une majoration des transferts.

6. Sauver l’unité canadienne… et le pétrole

PHOTO CANDACE ELIOTT, ARCHIVES REUTERS

La relance de l’industrie pétrolière, durement touchée par la crise, sera un enjeu majeur et a déjà ravivé les tensions entre les provinces.

La crise a eu du bon. Chrystia Freeland et Doug Ford sont devenus bons amis. L’Alberta a envoyé des respirateurs au Québec. Les premiers ministres du pays dialoguent sur une base hebdomadaire, et ils ont convenu de principes en vue d’un déconfinement. Mais on a senti quelque chose se fissurer – ou le naturel revenir au galop – dans cette unité nationale devant l’adversité lorsque l’ancienne leader verte Elizabeth May et le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, ont tour à tour vilipendé les projets pétroliers canadiens. « Le pétrole est mort », a scandé la première. Peu après, le second a affirmé qu’il n’y avait pas d’avenir pour les sables bitumineux. La réaction n’a pas tardé dans le camp conservateur, la députée saskatchewanaise Rosemarie Falk fustigeant la « gauche marginale » et « ceux qui veulent détruire notre pays ». La remarque a aussi été bien mal accueillie par le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, qui s’est demandé où était la gratitude pour sa province qui a envoyé des respirateurs au Québec… et de l’argent de la péréquation. Il n’en fallait pas plus pour raviver les tensions qui étaient apparues au lendemain du scrutin et ce sentiment d’aliénation de l’Ouest qui a donné naissance à un mouvement séparatiste en Alberta – et, accessoirement, pour valoir à Yves-François Blanchet un déluge de « messages d’injures assez intenses » sur les réseaux sociaux.

7. Rouvrir (ou non) les frontières

PHOTO LARS HAGBERG, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Il vaudra mieux faire preuve de patience et de prudence avant de rouvrir les frontières, croient plusieurs experts. Le voisin au sud représente même « un risque », a argué la patronne des autorités sanitaires canadiennes, la Dre Theresa Tam.

Justin Trudeau s’est fait reprocher d’avoir tardé à fermer les frontières du Canada aux voyageurs étrangers. On ne le verra vraisemblablement pas se précipiter pour les rouvrir. « À partir de ce moment-là [l’ouverture des frontières], on va être vulnérables à l’arrivée de cas de l’extérieur du Canada », a-t-il soutenu cette semaine, avertissant que son gouvernement serait extrêmement prudent avant de recommencer à accepter les étrangers sur le sol canadien. Concernant la frontière avec les États-Unis, le conseil de la patronne des autorités sanitaires canadiennes, la Dre Theresa Tam, a été très clair : le voisin au sud représente « un risque ». Un avis que partage entièrement la politologue Kristen Hopewell. « Il y a beaucoup d’inquiétudes par rapport à la façon dont la crise est gérée par les États-Unis. Il est clair qu’ils n’ont pas le contrôle sur le virus », avance-t-elle en entrevue avec La Presse. L’empressement du président Donald Trump à redémarrer la machine est aussi de nature à poser des risques pour le Canada, estime la professeure spécialisée en gouvernance et en commerce de l’Université de la Colombie-Britannique. « D’une perspective économique, il est capital d’y aller lentement et prudemment pour éviter une résurgence du virus. Aux États-Unis, on veut faire trop rapidement et sans les précautions requises », signale-t-elle. Chez les conservateurs, le député Gérard Deltell invite aussi les libéraux à ne pas rouvrir les frontières trop vite. « Ce qui doit guider notre action, c’est l’état de la santé publique, et d’être conscient que rouvrir les frontières peut avoir des impacts majeurs là-dessus », déclare-t-il.

8. Naviguer dans un ordre mondial transformé

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne

Au réveil de la COVID-19, l’échiquier politique mondial sera chamboulé, et Ottawa tirera profit de la redéfinition des alliances, prédit le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne. Il brandit comme preuve ces entretiens hebdomadaires qu’il a mis sur pied avec ses homologues de pays comme le Brésil, la Turquie, Singapour, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud, le Maroc, ou encore le Pérou. « C’est rare dans l’histoire de la diplomatie canadienne qu’on parle chaque semaine à des pays comme ceux-là », argue-t-il en entrevue avec La Presse. « Dans le post-COVID-19, les alliances traditionnelles vont être maintenues, mais à mon humble avis, on verra aussi de nouvelles alliances », avance le ministre Champagne. Faut-il interpréter l’absence de Washington, partenaire numéro un du Canada, des séances téléphoniques du groupe ministériel de coordination sur la COVID-19 comme un signe de désengagement ? Non, assure-t-il : « Ce n’est pas voulu, c’est juste une question de disponibilité de mon homologue, [le secrétaire d’État] Mike Pompeo ». L’autre éléphant dans la pièce, évidemment, est la Chine. Si le premier ministre a refusé de jeter la pierre au régime de Xi Jinping depuis le début de la pandémie née dans l’empire du Milieu, il a malgré tout convenu que « des questions » allaient être posées sur la conduite de Pékin pendant cette crise sanitaire.

9. Gérer la joute partisane

PHOTO DAVE CHAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Parlement continue pour le moment de siéger, parfois avec des délégations réduites de parlementaires, parfois de façon virtuelle. Les libéraux, en hausse dans les sondages, pourraient être tentés d’organiser des élections anticipées, mais ce pourrait être risqué tant que la situation sanitaire n’est pas réglée.

Le nouveau coronavirus a changé bien des choses dans la vie politique canadienne, mais il n’est pas parvenu à annihiler la tendance des observateurs à supputer les chances de voir des élections hâtives. Thomas Mulcair, ex-chef du NPD devenu commentateur politique, a écrit dans le Toronto Sun qu’il était « évident » que lors de son passage à Tout le monde en parle, il y a deux semaines, Justin Trudeau « testait clairement ses lignes en vue d’une élection éventuelle ». Et après tout, les conservateurs ont perdu des plumes dans les intentions de vote, plaçant de fait les libéraux en territoire majoritaire. Mais au cabinet du premier ministre, on nie catégoriquement avoir de telles intentions. « Nous ne pensons aucunement à ça en ce moment », a assuré l’attachée de presse Ann-Clara Vaillancourt. Le député conservateur Gérard Deltell ne verrait pas le déclenchement d’un scrutin d’un bon œil. « C’est sûr que tant que la question de la santé publique n’est pas contrôlée, il serait vraiment mal venu d’avoir un échéancier électoral à court terme », exprime-t-il à La Presse. Il faut dire que son parti est en processus de se trouver un nouveau capitaine, et que le successeur d’Andrew Scheer à la barre ne sera connu que vers la fin août. Le Parlement, quant à lui, continue de siéger, parfois avec des délégations réduites de parlementaires, parfois de façon virtuelle, et ce, jusqu’au 25 mai… et cette semaine, le bras de fer sur les modalités des travaux a repris, gracieuseté des conservateurs, seul parti à contester le format.

10. Réfléchir au rôle de l’armée

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

On pourrait vouloir augmenter le nombre de soldats avec une formation médicale afin de pouvoir mieux répondre à une prochaine crise sanitaire au pays, mais ce n’est pas si simple, préviennent des experts, notamment en raison de la petite taille de l’armée canadienne.

La rareté des soldats titulaires de diplômes en sciences médicales qui a été constatée lorsque le Québec en a réclamé en renfort pour ses CHSLD a fait naître une réflexion au gouvernement fédéral. L’idée d’offrir davantage de formation médicale dans les rangs a donc fait son chemin, selon nos informations. Les Forces armées canadiennes auraient ainsi en leur sein des troupes mieux outillées pour des missions sanitaires ici au Canada plutôt que des missions humanitaires outre-mer. En réponse aux demandes de précision de La Presse, le bureau du ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a pointé vers des propos qu’il a tenus en conférence de presse le 7 mai dernier. « C’est quelque chose que nous observerons de près, en plus de toutes les autres leçons apprises, déclarait-il. Je pense que personne au Canada ou dans le monde, vous savez, n’aurait pensé que nous nous retrouverions dans un tel environnement, et nous tirerons des leçons importantes de cette pandémie. » Ex-officier des Forces armées, Dave Blackburn voit mal comment cela pourrait se matérialiser. « Je ne suis pas certain qu’on a la grosseur de l’armée pour être capable de faire ça au Canada ; on a 60 000 militaires au total », note-t-il en entrevue. « Pour ce qui est des militaires du Groupe de services de santé, en fait, des professions médicales, il ne faut pas perdre de vue que le but de les avoir, c’est de répondre aux besoins au combat, sur la ligne de front », indique le directeur du département de travail social à l’Université du Québec en Outaouais, et ex-candidat conservateur.

11. Garder la réconciliation à l’œil…

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef héréditaire des Gidimt'en, Madeek (Jeff Brown), et le chef héréditaire des Wet'suwet'en, Namoks (John Ridsdale), lors d’une manifestation en janvier. La reconnaissance aux chefs héréditaires de leur droit légal sur les titres ancestraux et sa mise en application sera un enjeu important sur la voie de la réconciliation.

En plein milieu de la pandémie, les chefs héréditaires wet’suwet’en ont été indignés de constater que le promoteur du gazoduc Coastal GasLink – celui-là même qui fut au cœur du blocus ferroviaire qui a secoué le gouvernement avant que la crise de la COVID-19 ne prenne le relais – bénéficierait d’un prêt pouvant atteindre 500 millions par l’intermédiaire d’Exportation et Développement Canada, a rapporté le Toronto Star. Une semaine plus tard, des chefs élus de cette Première Nation de la Colombie-Britannique réclamaient la démission de la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, furieux de l’entente conclue sur les droits et les titres avec les chefs héréditaires, non élus. Mais la signature de ce protocole, 23 ans après l’arrêt Delgamuukw de la Cour suprême, qui reconnaissait aux chefs héréditaires ce droit légal sur les titres ancestraux, est « historique », car on y « trace une piste de solution pour pouvoir en venir à cette reconnaissance », a argué le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller. « La réconciliation en soi n’est pas forcément linéaire ni facile », a-t-il ajouté en conférence de presse, jeudi. Et pour ce qui est de ce prêt de centaines de millions de dollars qui a provoqué l’ire des chefs non élus, il a été fait par « une agence qui est indépendante », a spécifié le député montréalais.

12.… et faire attention à ce que l’on dit

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Le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau demeure très prudent quand vient le temps de se prononcer sur l’après-crise afin de ne pas éroder la confiance des citoyens, qui sera primordiale pour la relance de l’économie.

Le gouvernement Trudeau fait preuve d’une extrême prudence quand vient le temps de se prononcer sur l’après-crise. « J’aimerais ça pouvoir vous dire quand on va redémarrer. Certaines provinces vont le faire plus rapidement, mais du point de vue fédéral, on n’est pas encore rendu à donner un agenda ou un échéancier », lance le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos. Et si on ne veut pas trop s’aventurer sur le terrain de la vie post-COVID-19, c’est parce qu’on ne veut pas éroder la confiance des citoyens. « Quand on va vouloir que l’économie redémarre pleinement, on va devoir continuer à investir dans la confiance des gens. Car malheureusement, dans la plupart des crises économiques, au sortir de ces crises, la confiance des entrepreneurs lorsque vient le temps d’investir, la confiance des consommateurs lorsque vient le temps de dépenser est faible et lente à revenir. On ne peut pas bâtir une économie dans ces conditions », insiste celui qui est le vice-président du comité du Cabinet sur la COVID-19. Et l’ancien professeur d’université parle de la théorie du processus de « destruction créatrice » que laissent de telles crises sur leur passage. « C’est comme après un incendie de forêt ; il y a des arbres qui survivent, il y en a qui ne survivent pas, et d’autres vont pousser. Au Québec, les nouvelles pousses, ça va beaucoup être les start-up qui vont profiter du nouvel environnement », théorise-t-il.

– Avec la collaboration de Joël-Denis Bellavance, La Presse