Michèle Sauvage se rend au Costco toutes les semaines. Avec deux adolescents de 14 et 12 ans à nourrir et un espace limité pour ses denrées périssables, impossible pour elle de restreindre davantage ses visites au magasin, a-t-elle expliqué. Or, elle dit avoir constaté un changement dans les mesures liées à la COVID-19 dans le commerce.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« La semaine dernière, ils comptaient encore le nombre de personnes qui pouvaient entrer », a dit la femme de 55 ans, de Montréal. « Hier [vendredi], ce n’était plus le cas. »

Souffrant de problèmes pulmonaires et craignant pour sa santé, elle affirme s’en être plainte au responsable du magasin, en vain.

Absence de flèches

Elle n’est pas la seule à avoir signalé l’absence de flèches au sol et les règles de distanciation difficilement respectées par les clients.

La Presse s’est rendue dans un Costco de l’île de Montréal samedi après-midi. Si des pancartes rappelaient la consigne de se tenir à deux mètres des autres personnes, elle n’était pas toujours respectée. Une fois à l’intérieur du magasin, il n’était pas rare de voir plusieurs personnes à proximité dans la même rangée.

Seules exceptions : la section fermée des légumes, où une employée s’assurait de la présence maximale de cinq personnes à la fois, et les caisses, où un autocollant rouge au sol indiquait l’endroit où se placer pour attendre.

La Presse a tenté de parler à des responsables dans des Costco de l’île de Montréal, en personne et par téléphone, mais a été redirigée vers les porte-parole à Ottawa. Au moment de publier, personne n’avait répondu aux appels et aux demandes envoyées par courriel.

Masques

Il n’a pas été possible non plus de savoir si Costco comptait rendre obligatoire le port du masque dans ses magasins. Les autorités québécoises en santé publique recommandent le port du couvre-visage lorsque la distanciation physique n’est pas possible.

Une proportion élevée des clients du Costco visité samedi avait d’ailleurs le visage couvert. Alberto Romero était du nombre.

Si l’homme de 52 ans jugeait qu’il y avait plus de clients admis en magasin que lors de sa dernière visite, il y a trois semaines, il ne voulait pas jeter la pierre à Costco. « Chacun a la responsabilité de garder ses distances, juge-t-il. Je suis satisfait des mesures prises. »

Assis sur le bord de son coffre arrière, Ronald Garcia mangeait un hot-dog acheté sur place, son masque placé temporairement sur son poignet. Il constatait que l’attente à l’extérieur avait beaucoup diminué depuis sa dernière épicerie, conséquence positive du nombre plus important de personnes admises simultanément dans le commerce, qu’il a toutefois jugé trop élevé. « J’aimerais qu’ils limitent le nombre, surtout pour les gens d’une même famille et les enfants », a dit le père de deux enfants, restés à la maison avec sa conjointe.

En mars dernier, l'anxiété causée par une éventuelle pénurie de provisions en raison de l’isolement préventif annoncé par le gouvernement avait poussé des centaines de consommateurs à se masser devant les portes du Costco d’Anjou avant son ouverture.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Scène captée à l’ouverture du Costco d’Anjou, le 13 mars

Règles gouvernementales

Il n’y a pas de règles définies par le gouvernement sur le nombre de clients présents au même moment dans un commerce, a rappelé Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales pour le Conseil canadien du commerce de détail. « Ce qu’on recommande à nos membres, c’est 50 % de la capacité maximale prévue au règlement sur le code de prévention des incendies », a-t-il expliqué.

Pour ce qui est de la circulation, au moyen de flèches, par exemple, tout dépend de la configuration du magasin, a-t-il indiqué. « Dans un entrepôt comme Costco, les allées sont tellement larges, il y a moyen de circuler dans les deux sens », a-t-il souligné.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Le Costco visité par La Presse samedi

Michèle Sauvage a déploré cette absence de règles uniformes pour l’ensemble des commerces au Québec ou, du moins, pour la grande région de Montréal, particulièrement touchée. Devant la fermeture et l’« arrogance » des responsables auxquelles elle dit s’être butée en magasin, elle a dit avoir porté plainte au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour le non-respect des règles de distanciation.

L’inspecteur André Durocher n’a pas pu expliquer comment le SPVM s’assurait du respect des règles dans les commerces, rappelant que le service de police agit en soutien à la Santé publique et qu’il n’y a aucune patrouille se consacrant à la COVID-19. Il ne pouvait dire si des constats d’infraction avaient été distribués dans les commerces depuis le début de la crise. « Si on est appelés, on agit conformément au décret », s’est-il contenté de répondre.