Après avoir constaté que les travailleurs contractaient la COVID-19 malgré le port d’équipements de protection, les autorités ont découvert que le système de ventilation était défectueux et qu'il manquait de circulation d'air au CHSLD Vigi Mont-Royal, l’un des établissements québécois les plus touchés par la maladie.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

L’établissement privé appartenant au groupe Vigi Santé reçoit de l’aide du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’île-de-Montréal et de l’armée parce que trop de ses employés sont infectés par la maladie en ce moment. Mais récemment, le CIUSSS a lui-même remarqué un problème avec les travailleurs qu’il avait envoyés en renfort dans l’immeuble de l’avenue Brittany, à Mont-Royal.

« Nous avons été préoccupés par le fait que des membres de notre personnel déployés à Vigi Mont-Royal aient contracté le virus, malgré le port de l’équipement de protection individuelle approprié. Par conséquent, nous avons sollicité l’intervention de nos spécialistes en contrôle des maladies infectieuses ainsi que d’un spécialiste de la qualité de l’air. L’enquête menée par cette équipe a révélé que le système de ventilation était défectueux », confirme Carl Thériault, porte-parole du CIUSSS.

Manque de ventilation

Des traces du virus avaient été détectées dans des surfaces qui n’étaient pas à portée de main à l’intérieur de l’édifice, a expliqué la Caroline Duchaine, une spécialiste des bioaérosols qui a participé à l’enquête. En entrevue sur les ondes de Radio-Canada jeudi soir, la professeure titulaire à l’Université Laval a souligné que l’absence de circulation d’air dans un endroit où se trouvent des personnes contaminées peut être préoccupant.

« Le système de ventilation n’aurait pas propagé le virus : l’absence de ventilation aurait sans doute permis au virus dans l’air de s’accumuler dans l’environnement et d’aller se déposer dans des endroits éloignés des sources, donc des patients contaminés », a-t-elle expliqué sur la base des résultats préliminaires de l’enquête.

« Le CIUSSS a recommandé au CHSLD d’effectuer des analyses régulières et rigoureuses de la qualité de l’air pour s’assurer du bon fonctionnement de la ventilation au cours des prochaines semaines », a précisé Carl Thériault au nom du CIUSSS.

Le système a été promptement réparé et des équipements additionnels de protection ont été distribués aux travailleurs afin qu’ils soient couverts de la tête aux pieds : couvre-tête, jaquette imperméable, gants qui montent jusqu’aux coudes, couvre-chaussures et masques N-95.

Une grande opération de décontamination de l’ensemble du bâtiment est aussi en cours.

Contamination très rapide

Le syndicat avait demandé l’intervention de la CNESST le 22 avril en raison du taux d’infection alarmant chez les employés. « La contamination était très rapide, exponentielle. Non seulement les résidants étaient fortement touchés, mais les employés aussi », raconte Sonia Mancier, présidente de la branche regroupant les travailleurs du secteur privé au sein de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Selon le décompte publié par le ministère de la Santé, 64 résidants du CHSLD Vigi Mont-Royal sont décédés des suites de la COVID-19. Le décompte du gouvernement fait état de 52 résidants actuellement infectés par la maladie et qui demeureraient toujours sur place, mais le syndicat fait état de 226 résidants qui auraient contracté la maladie au total depuis le début de la pandémie.

L'entreprise propriétaire du CHSLD a dit que la découverte d'ARN viral, des morceaux de virus, dans l'édifice l'avait poussée à procéder à des expertises plus poussées.

« Vigi Santé a commandé des études sur la qualité de l’air de chacun de ces établissements après la découverte d’ARN viral (morceau de virus) dans son établissement Vigi Mont-Royal », précise l'entreprise dans un communiqué.

« La direction de Vigi Santé a choisi de prendre ces mesures malgré que des experts en la matière émettent des doutes sérieux sur le potentiel de transmission de la COVID-19 à partir d’ARN viral », poursuit le communiqué.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Dès la découverte du problème de ventilation, des équipements additionnels de protection ont été distribués aux travailleurs afin qu’ils soient couverts de la tête aux pieds.

Études en cours

La microbiologiste-infectiologue Caroline Quach, médecin responsable de la prévention et du contrôle des infections à l’hôpital Sainte-Justine, souligne que plusieurs études sont en cours pour tenter de comprendre si la présence d’ARN viral dans un lieu représente un risque.

« On ne sait pas si les bouts d’ARN, ça signifie que le virus est encore vivant et capable d’infecter. Il y a plein de gens qui sont en train de faire des études », a-t-elle expliqué à La Presse jeudi.

De son côté, la professeure Caroline Duchaine entend utiliser l’exemple du CHSLD Vigi Mont-Royal à titre de comparatif avec d’autres milieux de soins comme les hôpitaux, afin de mieux comprendre la COVID-19.

« Ça demeure une question très très pertinente de savoir quel est le rôle de l’air dans la transmission surtout dans des endroits qui sont mal ventilés », a-t-elle déclaré à Radio-Canada.