(Ottawa) Ottawa continue d’allonger les milliards pour aider les entreprises à survivre pendant la pandémie, alors que le Québec est accablé par un taux de chômage record. Justin Trudeau a annoncé vendredi que la subvention salariale d’urgence sera prolongée pendant un « bon moment encore » le mois prochain afin de « relancer l’économie ».

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« La subvention va être étendue au-delà de juin. Je veux déjà dire aux entreprises : ils peuvent savoir que la subvention va être en place pendant un bon moment encore. Ils devraient commencer à réembaucher leurs travailleurs », a martelé le premier ministre canadien lors de son allocution quotidienne à Ottawa.

Les employeurs pourront ainsi souffler, puisque la Subvention salariale d’urgence (SSUC) se terminait le 6 juin prochain. Toutefois, le premier ministre n’a donné aucun détail sur la nouvelle durée du programme. « On aura plus de détails à ce sujet la semaine prochaine, mais les entreprises touchées par la COVID-19 doivent savoir ceci : la subvention salariale va être là pour vous », a-t-il maintenu.

Cette annonce du gouvernement fédéral survient au lendemain du versement des premiers chèques de la subvention salariale aux dizaines de milliers d’employeurs qui se sont inscrits auprès de l’Agence du revenu du Canada la semaine dernière. Selon le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, pas moins de 97 000 des 120 000 demandes ont déjà été traitées. Ainsi, 1,7 million de travailleurs profitent maintenant de la SSUC par l’entremise de leur employeur.

Justin Trudeau n’a également rien dit sur la facture supplémentaire du prolongement de ce méga-programme qui, déjà, était évalué à 76 milliards de dollars par le Directeur parlementaire du budget à la fin avril.

Il est cependant « trop tôt » pour évaluer le coût de ce programme pendant cette « période de grand inconnu », soutient le ministre Duclos. « Le Directeur parlementaire du budget a fait un très bon travail de prévisions, mais ce n’est pas un travail de précision », a tranché le président du Conseil du Trésor, dans une autre conférence de presse.

Alors que sept millions de Canadiens reçoivent la Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois, Justin Trudeau ne s’est toujours pas prononcé sur le prolongement de sa mesure-phare. Il a toutefois expliqué vendredi avoir choisi de prolonger la subvention salariale, parce que les citoyens devraient se tourner davantage vers ce programme pendant la reprise de l’économie et n’auront plus besoin de la PCU. « Nous allons continuer de nous ajuster au fur et à mesure que la situation évolue », a -t-il précisé.

La SSUC permet aux entreprises qui ont vu leurs revenus fondre de 15 à 30 % selon la période en raison de la pandémie de toucher une subvention de 75 % des salaires de leurs employés. Le maximum est de 847 $ par employé pour un plafond salarial de 58 700 $. La subvention est rétroactive au 15 mars et couvre une période de 12 semaines.

Droit de refus au travail

Alors que les écoles et les garderies s’apprêtent à rouvrir dans certaines régions du Québec, Justin Trudeau a assuré que « personne ne devrait être contraint de travailler dans des conditions qui mettent en jeu leur sécurité et ça s’applique dans le contexte de la pandémie ».

Le premier ministre s’attend à ce que les conditions de travail, « même dans les secteurs essentiels, soient assez sécuritaires pour que les gens soient assez en confiance pour retourner au travail ».

Justin Trudeau a notamment mentionné le cas d’une personne qui s’occupe d’un aîné à la maison ou qui a une maladie préexistante. « On va tous devoir travailler de façon extrêmement attentive et raisonnable pour s’assurer que les mesures sont en place pour protéger les gens », a-t-il ajouté.

Sur la question des aînés qui peinent à joindre les deux bouts, Justin Trudeau a indiqué avoir l’intention de faire des annonces dans les prochains jours « pour aider nos aînés les plus vulnérables ».

Le gouvernement fédéral met également sur pied le Conseil sur la stratégie industrielle dans le but de comprendre les conséquences de la pandémie sur l’économie, a annoncé Justin Trudeau. Le Conseil sera présidé par l’ancienne PDG du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, et sera dirigé par le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Navdeep Bains. L’identité des autres membres du Conseil sera annoncée dans les prochains jours, a indiqué le ministre Bains.