De jeunes résidants de Montréal-Nord sillonnent les rues du secteur depuis samedi afin de distribuer du matériel sanitaire et sensibiliser la population. La clinique locale de dépistage a élargi l’accessibilité aux tests. Dans un CHSLD de l’arrondissement, c’est la « chute libre », tandis que les cas s’accumulent, chez les patients tout comme chez le personnel. Tour d’horizon de la situation dans la zone la plus durement touchée par la COVID-19 à Montréal.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Samedi, devant la maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, à l’orée du parc Henri-Bourassa quasi désert, quelques dizaines de jeunes reçoivent des sacs remplis de trousses sanitaires. Chaque trousse contient des masques, des gants, ainsi qu’un dépliant d’information.

Depuis samedi après-midi, et durant toute la semaine à venir, cette brigade mobilisée par l’organisme Hoodstock distribue le matériel aux habitants du secteur qu’elle croise dans la rue. Surtout, la patrouille engage un dialogue avec les résidants. 

« S’adresser aux gens, c’est beaucoup plus important que les kits », affirme Will Prosper, membre fondateur de Hoodstock. 

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Will Prosper, membre fondateur de Hoodstock

On veut augmenter le niveau de sensibilisation dans Montréal-Nord. Et ça fait une différence pour les citoyens d’entendre ce message de gens qui leur ressemblent, de gens de leur communauté.

Will Prosper, membre fondateur de Hoodstock

Si cette brigade est nécessaire, c’est parce que les autorités compétentes n’ont pas encore envoyé d’aide à cet égard, estime Will Prosper, qui s’indigne de constater que « le sentiment d’urgence » ne se fait pas vraiment sentir à Montréal-Nord. 

En date du 2 mai, la Direction de santé publique de Montréal déclarait 1377 cas confirmés dans l’arrondissement de Montréal-Nord, mais surtout un taux de cas pour 100 000 personnes (1635) bien plus élevé que partout ailleurs dans la métropole. 

L’arrondissement et la Ville contribuent

« Lundi, nous avons publié une lettre ouverte [demandant des actions pour répondre à l’urgence], et on a reçu beaucoup de demandes de citoyens souhaitant être outillés avec du matériel sanitaire, raconte Wissam Mansour, membre de Hoodstock. En parallèle, on a reçu des dons d’organismes, d’entrepreneurs et de citoyens. Du matériel et des dons en argent. »

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Wissam Mansour, membre de Hoodstock

L’arrondissement de Montréal-Nord a fait un don de 500 masques. Hoodstock a également déposé une demande auprès de la Ville de Montréal. Un montant de 10 000 $ leur a été accordé pour propulser l’initiative.

« On va acheter d’autres masques en papier, des gants et peut-être des visières pour les gens dans le milieu de la santé, explique Wissam Mansour. Idéalement, il va nous rester de l’argent pour des paniers alimentaires à donner aux familles les plus démunies. »

Hoodstock n’est pas le seul organisme qui cherche à aider la population de Montréal-Nord. « En ce moment, plusieurs organismes et entreprises mettent la main à la pâte et nous prévoyons maintenant que, grâce à cet effort, environ 20 800 masques et 500 visières de protection seront distribués au cours des prochains jours », a indiqué la mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, dans un communiqué.

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Vendredi, la Direction de santé publique de Montréal déclarait 1316 cas de COVID-19 confirmés dans l’arrondissement de Montréal-Nord.

« Désespérément besoin d’aide »

À l’autre extrémité de Montréal-Nord, sur le boulevard Gouin, une résidence pour aînés subit de plein fouet une éclosion de COVID-19. En date du 1er mai, on déplorait 135 cas confirmés et 30 morts dans l’établissement qui compte plus de 300 patients. À ce nombre s’ajoutent 88 cas positifs chez les employés. 

Infirmière à la Résidence Angelica et présidente de son syndicat local, Judith Germain ne travaille plus depuis quelques jours. « Je suis en confinement parce que je suis tombée malade, nous raconte-t-elle. Je travaillais un peu partout dans la résidence et j’ai été touchée. »

Mme Germain dénonce un « manque flagrant de personnel » dans le CHSLD. 

La dernière nuit que j’ai faite avant de tomber malade, j’étais dans un département de COVID-19. Il y avait 30 cas et j’étais seule. Ils ont finalement déplacé quelqu’un pour m’aider un peu.

Judith Germain, infirmière à la Résidence Angelica

La Résidence, qui comprend également une section privée de logements et un centre de jour, promet au personnel du CHSLD que de l’aide a été demandée au CIUSSS-du-Nord-de-l’Île. « Mais l’aide n’arrive pas », lâche l’infirmière. Résultat : « Les employés ne sont plus capables, j’ai du monde qui m’appelle en pleurant. »

« Nous sommes en chute libre, nous avons désespérément besoin d’aide. C’est tout ce qu’on demande », dit Mme Germain, qui doit attendre encore une semaine avant de devoir passer les deux tests de dépistage qui indiqueront si elle peut retourner au front. 

Il n’a pas été possible de joindre la Résidence Angelica samedi. Dans un récent communiqué, la direction générale écrivait être « toujours en étroite collaboration avec le CIUSSS-du-Nord-de-l’Île qui nous fournit les équipements nécessaires ainsi qu’une main-d’œuvre spécialisée pour la durée de la pandémie ».

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Comme ailleurs dans la métropole, des corridors sanitaires ont été implantés dans certaines rues de Montréal-Nord.

Le CIUSSS-du-Nord-de-l’Île, qui n’administre pas l’établissement, mais qui chapeaute certaines de ses opérations, avance que 85 % du personnel est en poste dans l’établissement. Pour remplacer le personnel manquant, « nous leur avons envoyé 300 noms provenant de la liste Je contribue ! », affirme Marie-Hélène Giguère, porte-parole du CIUSSS-du-Nord-de-l’Île, qui ne sait toutefois pas si la Résidence a contacté qui que ce soit sur cette liste. « On les appelle tous les jours pour s’assurer de leurs besoins et les soutenir. On veille au grain. »

Médecins sans frontières a également été mis en contact avec l’administration du CHSLD afin d’assurer que les mesures nécessaires soient appliquées pour éviter la propagation du virus.

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Le centre de dépistage érigé sur le terrain de l’hôpital Rivière-des-Prairies

Quelques rues à l’est du parc Henri-Bourassa, où était réunis les bénévoles de Hoodstock, des citoyens de l’arrondissement se font tester pour la COVID-19. Depuis vendredi, le centre de dépistage érigé sur le terrain de l’hôpital Rivière-des-Prairies est ouvert pour la population symptomatique de Montréal-Nord, alors que le gouvernement Legault lance son plan de dépistage massif. Seuls les travailleurs essentiels y avaient accès auparavant.

Les résidants pénètrent dans les tentes blanches au compte-gouttes. Puisque le dépistage se fait sur rendez-vous, il n’y a aucun problème d’affluence. 

Bernadette Akakpo, qui travaille dans un CPE, se dit satisfaite de la rapidité avec laquelle elle a obtenu son rendez-vous. « Au début, on m’avait donné rendez-vous pour mardi, raconte la dame, rencontrée juste avant son test. Mais mon employeur exigeait que je puisse obtenir un test le plus tôt possible. J’ai appelé [vendredi] pour insister, et une place s’était libérée. »

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Bernadette Akakpo, qui travaille dans un CPE, vient de passer un test de dépistage.

Elle espère maintenant que les résultats arriveront aussi vite. C’est le deuxième test de dépistage qu’elle passe. « La première fois, j’ai reçu la réponse en 24 heures, dit-elle. Là, si je n’ai pas mes résultats demain, je ne pourrai pas retourner au travail lundi. »

Le premier ministre François Legault a promis que le nombre de tests augmenterait « de façon importante » à Montréal-Nord. Le centre de dépistage de l’hôpital Rivière-des-Prairies a une capacité d’une centaine de tests par jour, d’après Marie-Hélène Giguère, du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. Si nécessaire, « on va éventuellement pouvoir augmenter ce nombre », ajoute-t-elle.