Lueur d’espoir dans la lutte à la COVID-19 : selon les Instituts de santé nationaux (NIH) des États-Unis, un premier médicament aurait montré une action contre le virus.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Les NIH ont dévoilé mercredi les résultats préliminaires d’une étude menée sur 1063 patients hospitalisés à cause de la COVID-19 et portant sur le remdésivir, une molécule développée à l’origine par l’entreprise américaine Gilead contre le virus Ebola. L’agence américaine affirme que les patients qui ont reçu le médicament « ont récupéré plus vite que les patients similaires qui ont reçu un placebo ». Le communiqué cite une réduction du temps de récupération de 31 %, les patients traités ayant quitté l’hôpital après environ 11 jours en moyenne, contre environ 15 jours pour les autres.

Ces résultats n’ont pas encore été publiés dans une revue scientifique et n’ont pas été soumis à un comité de lecture. Ils ont toutefois été révisés par un comité indépendant chargé de superviser l’étude. Notons que leur dévoilement concorde avec celui de données provenant d’une étude de moindre ampleur menée en Chine qui, elle, n’a pas montré d’effets du remdésivir contre la COVID-19.

« Il faut garder espoir, c’est encourageant. Mais comme on n’a pas les données complètes, il faut faire attention », a commenté à La Presse Alain Lamarre, titulaire de la Chaire Jeanne et J.-Louis Lévesque en immunovirologie du Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l’INRS.

Tout en appelant lui aussi à la prudence, Anthony Fauci, l’homologue du Dr Horacio Arruda des États-Unis, a quand même laissé transparaître son optimisme lors d’un point de presse tenu mercredi à la Maison-Blanche.

PHOTO CARLOS BARRIA, REUTERS

Les données montrent que le remdésivir a un effet clair, significatif et positif pour réduire le temps de rétablissement [des malades].

Le Dr Anthony Fauci

« C’est une preuve de concept très importante, car cela prouve que nous pouvons bloquer le virus », a ajouté le haut responsable scientifique. Il a comparé les résultats à la découverte de l’AZT contre le VIH, dans les années 1980, un médicament à l’effet « modeste », mais qui avait ouvert la voie à des traitements plus performants. En présence de Donald Trump, Anthony Fauci a expliqué que les premiers résultats étaient si nets que la décision a été prise de les rendre publics, afin que les malades traités par placebo puissent désormais avoir accès au remdésivir.

« Quand il y a des preuves nettes qu’un médicament fonctionne, nous avons une obligation éthique d’informer immédiatement les membres du groupe ayant reçu un placebo », a-t-il dit.

Selon le New York Times, la Food and Drug Administration, le chien de garde du marché pharmaceutique américain, s’apprête à approuver d’urgence le remdésivir contre la COVID-19.

Les données suggèrent que le médicament pourrait avoir un certain effet sur le taux de mortalité. Celui-ci s’est élevé à 8 % parmi le groupe traité avec le médicament, contre 11,6 % dans le groupe qui a reçu un placebo. La différence n’est toutefois pas assez significative d’un point de vue statistique pour qu’on puisse tirer une conclusion claire.

Des résultats chinois décevants

Quant aux résultats de l’étude chinoise, qui avaient déjà abondamment filtré, ils ont été publiés officiellement mercredi dans la prestigieuse revue The Lancet. D’un côté, ces résultats peuvent être considérés comme plus fiables, car ils ont fait l’objet d’une révision par les pairs. De l’autre, l’étude chinoise portait sur un plus petit nombre de malades (237) et avait dû être interrompue faute de nouveaux patients.

Alain Lamarre, de l’INRS, note que l’étude chinoise a été menée sur des patients très malades et qu’il est possible que le médicament soit efficace sur des patients pris plus tôt dans l’infection.

« Avec les antiviraux, plus on traite tôt, meilleures sont les chances que ça fonctionne, dit le professeur Lamarre. » 

Une fois que le virus est bien installé et qu’il a induit une pathologie importante, il y a beaucoup de cellules infectées et le système immunitaire est surchargé. Même un antiviral qui fonctionne a moins d’effet à ce stade.

Alain Lamarre

Selon lui, il faudra voir le profil exact des patients qui ont bien réagi dans l’étude du NIH pour bien comprendre les résultats en apparence contradictoire des deux études. Notons que le remdésivir a été conçu non pas pour tuer les virus, mais pour les empêcher de se répliquer. Si son efficacité s’avère, il saboterait le mécanisme qui permet au virus de se multiplier à toute vitesse dans les cellules humaines.

L’entreprise Gilead a aussi dévoilé hier les résultats d’une autre étude menée sur des patients sévèrement atteints. Ils montrent que les malades traités pendant 5 jours au remdésivir réagissent de la même façon que ceux qui sont traités pendant 10 jours. Mais puisqu’aucun patient ne prenait de placebo, Alain Lamarre juge ces résultats « très difficiles à interpréter ».

Santé Canada a rappelé que l’entreprise Gilead testait le remdésivir sur certains patients au Canada, mais n’a pas voulu réagir aux affirmations des NIH.

— Avec l’Agence France-Presse