Obligée de gérer une importante éclosion de COVID-19, la mairesse de Montréal-Nord se dit « très préoccupée » par la réouverture prochaine des écoles, qui risque d’aggraver la crise dans un des quartiers les plus touchés par la pandémie au Canada.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Partageant l’inquiétude de Christine Black, des députés de l’opposition officielle à Québec ont tenu hier une rare conférence de presse sur le terrain afin de dénoncer ce qu’ils estiment être un déconfinement hâtif dans un contexte où le virus continue de se propager très rapidement à Montréal-Nord.

Lundi, on dénombrait 1153 cas d’infection dans l’arrondissement de Montréal-Nord, dont 23 % sont des travailleurs du milieu de la santé. Le mot d’ordre a donc été lancé par la Direction régionale de santé publique (DRSP) : il faut stabiliser la transmission communautaire.

La mairesse Black est tout à fait d’accord : « Notre grande priorité est d’aplatir la courbe. Il ne faut pas plus de cas. » Elle formule ainsi à voix haute sa crainte : « Dans ce contexte, commencer à déconfiner Montréal et à rouvrir les écoles me semble très préoccupant ! »

L’arrondissement compte 18 écoles primaires et le tiers de sa population a moins de 24 ans, affirme sa mairesse. « C’est beaucoup de personnes qui vont se côtoyer lors du déconfinement. »

D’ailleurs, devant le nombre inquiétant de cas de COVID-19 dans ce secteur de Montréal, une cellule de travail d’urgence vient d’être mise sur pied avec la Direction régionale de santé publique et le CIUSSS du Nord-de-l’Île, entre autres.

L’œil de la tempête est ici, à Montréal-Nord.

Christine Black, mairesse de Montréal-Nord

Comme le gouvernement l’a annoncé cette semaine, envoyer ses enfants à l’école n’est pas obligatoire et les parents pourront donc les garder à la maison. Sauf que Mme Black souligne qu’une « bonne partie de la population n’a pas accès à internet » et, donc, aux trousses éducatives en ligne du gouvernement. Résultat : les parents ont de la difficulté à faire l’école à la maison.

« Ils sont donc déchirés entre garder leur enfant à la maison ou l’envoyer à l’école avec les risques qui viennent avec », a noté la mairesse en entrevue avec La Presse.

C’est justement dans l’arrondissement de Montréal-Nord que le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, Pierre Arcand, a tenu une conférence de presse mercredi avec trois autres députés libéraux de la région (Paule Robitaille, Marc Tanguay et Frantz Benjamin). Ils ont voulu exprimer eux aussi leurs craintes quant au déconfinement prévu de Montréal.

« Il est clair que la santé publique doit prévaloir sur l’économie », a lancé Pierre Arcand.

Plus de tests

Le député de LaFontaine, Marc Tanguay, voit une contradiction dans cette décision du gouvernement Legault de déconfiner, alors qu’il y a une recrudescence du nombre de personnes contaminées dans la région métropolitaine.

« On veut souligner à grands traits ce paradoxe et lancer ce cri du cœur : vous ne pouvez pas améliorer ce que vous ne mesurez pas. Il n’y a pas assez de tests », lance M. Tanguay.

La députée de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, a quant à elle souligné « qu’un quart des travailleurs de la santé vient de Montréal-Nord ». « Beaucoup d’entre eux ont été infectés et ils ont emmené le virus ici. La communauté a été infectée », a-t-elle précisé.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Paule Robitaille, députée de Bourassa-Sauvé

Pour avoir un portrait plus clair de la situation et voir s’il y a des secteurs qui sont plus critiques que d’autres, elle veut donc un « centre sans rendez-vous pour dépister les citoyens ». « Parce que parmi les gens qui habitent ici à Montréal-Nord, particulièrement dans le nord-est, il y en a qui ne sont pas très riches, qui ne peuvent pas se déplacer facilement ou qui viennent d’arriver au Canada. Il faut que ce soit facile pour eux de se faire tester », a déclaré Mme Robitaille.

La Dre Mylène Drouin de la DRSP de Montréal a affirmé mardi qu’il y aurait plus de tests faits chaque jour dans Montréal-Nord, Saint-Michel et Rivière-des-Prairies pour tenter de baliser le problème.