(Ottawa) À l’aube du dépôt du projet de loi sur la prestation d'urgence pour étudiants, une mesure qui ne fait pas consensus, Justin Trudeau a consacré l’essentiel de son allocution quotidienne à la vendre.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Habituellement, les étudiants attendent avec impatience l’arrivée du mois de mai. Les cours sont terminés, il ne vous reste qu’un ou deux examens. Vous avez hâte de commencer votre job d’été et de passer plus de temps avec vos amis. Mais cette année, c’est différent », a relevé le premier ministre en ouverture de son habituelle conférence de presse à Rideau Cottage.

« La pandémie crée beaucoup d’incertitude et d’instabilité pour tout le monde, y compris nos jeunes. Ceux qui sont sur le point d’obtenir leur diplôme n’ont pas pu profiter du dernier semestre comme ils avaient prévu. Et maintenant, ils ont du mal à entrer sur le marché du travail », a-t-il poursuivi.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement a mis de l’avant son projet de loi dont le coût est évalué à 9 milliards de dollars, et dont la mesure phare est une prestation mensuelle de 1250 $ qui sera versée aux étudiants entre les mois de mai et d’août. Or, la mesure législative se heurte à des résistances de l'opposition, pour diverses raisons.

Les partis ont le texte législatif entre leurs mains depuis plusieurs jours, ce qui leur a donné l’occasion de l’étudier et de faire des propositions au gouvernement. Des discussions ont donc déjà eu lieu.

Le débat sur ce plan, qui prévoit aussi la création de 76 000 emplois et de l’aide financière à la recherche scientifique, se mettra cependant en branle de manière officielle mercredi après-midi à la Chambre des communes, où siégeront une trentaine de députés de toutes les formations.

Et Justin Trudeau entretient l'espoir que le processus législatif se déroulera sans anicroche, car «oui, même si les discussions continuent avec les partis, nous sommes tous d'accord qu'il faut aider les étudiants, et je sais que ça va finir par fonctionner», a-t-il avancé.

Pas d’unanimité

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

Jagmeet Singh

Dans les camps conservateur et bloquiste, on craint que le chèque que toucheront les étudiants qui se qualifient les incite à bouder le travail, notamment dans le secteur agricole, où le spectre d’une pénurie de main-d’œuvre pour la saison estivale plane.

Au NPD, le chef Jagmeet Singh est en désaccord avec la « complexité » que viennent ajouter les propositions conservatrices au projet de loi, mais « on est prêt à l’appuyer » si le gouvernement accepte de faire passer de 1750 $ à 2000 $ par mois, pendant quatre mois, la prestation pour les étudiants qui ont une personne à charge ou qui ont un handicap.

« C’est l’enjeu primordial », a-t-il insisté en conférence de presse mercredi matin au parlement.

Des « préjugés montés en épingle »

À la veille du dépôt de la mesure législative, le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) s’est offusqué des « préjugés montés en épingle sur la place publique » et de la « montée d’un discours conservateur voulant que les programmes gouvernementaux agissent comme un désincitatif » au travail pour les citoyens dont le gagne-pain est affecté par la COVID-19.

« En laissant entendre que c’est leur paresse et leur accès à un programme de remplacement de revenu temporaire qui empêche la relance, on fait porter aux travailleurs et étudiants un blâme odieux. C’est inadmissible ! », a déclaré Pierre Céré, porte-parole de l’organisme, par voie de communiqué, mercredi matin.

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Philippe Clément, a fait écho à ces propos dans une enfilade de tweets visant à «recadrer un peu le débat».

«Les étudiants ont été dépeints dernièrement comme des paresseux qui ne voudront pas travailler. Pourtant, ils sont au front en milieux de soins (ou ont hâte d'y aller) et plusieurs sont parmi les 4000 CV déjà envoyés à l'@UPA. Personne ne veut rester assis tout l'été», a-t-il plaidé.

Les Snowbirds en appui (moral)

Les Snowbirds des Forces armées canadiennes parcourront le pays pour saluer les Canadiens et qui contribuent aux efforts dans la lutte contre la propagation de la COVID-19, dans une mission qui a été baptisée Opération INSPIRATION.

«La formation signature de l’équipe, composée de neuf avions à réaction avec leurs traînées de fumée blanche caractéristiques, survoleront les villes canadiennes d’un océan à l’autre, en commençant par la Nouvelle-Écosse ce week-end», a-t-on précisé au ministère de la Défense.

Les Snowbirds se déplaceront ensuite vers l’ouest tout au long de la semaine.