Le duo Arruda-Legault en parle depuis quelque temps déjà, mais la population demeure sceptique. Avons-nous vraiment dépassé le fameux pic de la courbe, annonciateur de jours meilleurs ?

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

De toute évidence, le gouvernement du Québec a bon espoir d’avoir franchi le Rubicon, sans quoi il n’aurait pas lancé son plan de déconfinement, notamment la réouverture des écoles. Bien des observateurs n’y croient pas, cependant, à la vue du grand nombre de morts rapportés chaque jour. Qu’en est-il au juste ?

Pour y voir clair, j’analyse quotidiennement les données publiées par l’Institut national de santé publique (INSPQ). Et selon moi, les deux meilleurs indicateurs sont les décès quotidiens, d’une part, et le volume de patients alités aux soins intensifs, d’autre part.

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Pour effacer le bruit des variations quotidiennes, j’utilise une moyenne mobile de trois jours, soit une moyenne des trois derniers jours pour chaque journée depuis un mois. Selon plusieurs analystes, il faut oublier le nombre de cas positifs à la COVID-19 recensés, car la statistique est trop dépendante du volume de tests et du choix des personnes testées.

Premier constat : les décès quotidiens ont atteint un sommet le 18 avril, avec une moyenne de 106, soit exactement la journée du pic qu’avait prévu le ministère de la Santé et des Services sociaux dans sa présentation du 7 avril. Après cette date, les décès quotidiens se sont mis à reculer jusqu’à 79, le 21 avril. Malheureusement, le chiffre est reparti à la hausse par la suite – vraisemblablement en raison des CHSLD – mais alléluia, il a recommencé à redescendre significativement depuis deux jours.

Le graphique des décès n’est pas le seul à mettre en évidence ce qui semble être un plateau dans la propagation de la maladie. Le volume de patients aux soins intensifs donne aussi une indication similaire. Après un sommet de 225 personnes le 15 avril, le volume a suivi un chemin sinueux, pour finalement recommencer à descendre depuis deux jours. Bref, deux statistiques indiquent qu’on a atteint un plateau – et, espérons-le, le pic –, un peu comme on l’a vu ailleurs dans le monde une trentaine de jours après les premiers décès.

La poursuite de la descente de la courbe dépendra beaucoup de la maîtrise de la situation dans les centres pour aînés. Dans la conférence de presse de lundi, François Legault a indiqué que 89 % des décès de la veille venaient des CHSLD.

De plus, précisons que les aînés de ces centres ne se trouvent pas souvent dans les statistiques d’hospitalisations quotidiennes ni dans celles des soins intensifs. Le gouvernement fera une ventilation des données à ce sujet dans le courant de la semaine.

Peu de morts en région

Ces faibles nombres de cas hors des centres pour aînés et à l’extérieur de la région de Montréal expliquent pourquoi le gouvernement trouve le déconfinement justifié en région.

De fait, très peu de décès surviennent à l’extérieur de la région de Montréal. Le sommet en région est survenu à la mi-avril, avec une moyenne de 12 morts par jour, avant de redescendre en escalier jusqu’à une moyenne de 6 morts, dimanche. On est très loin des quelque 80 décès quotidiens de la grande région de Montréal.

Dimanche, une étude publiée par l’INSPQ concluait justement que la propagation est maîtrisée au Québec (1). Selon l’étude, les mesures de distanciation physique ont fortement diminué la propagation et stabilisé le nombre de nouvelles hospitalisations.

Si la tendance favorable se maintient, le nombre de personnes hospitalisées ne devrait pas augmenter fortement d’ici à la fin de mai. Les auteurs croient que la reprise des activités doit tenir compte des réalités propres aux différentes régions du Québec.

New York, Boston, Toronto…

Dernière question qui me chicote : comment se compare Montréal avec les autres grandes régions métropolitaines du monde, notamment de l’Amérique du Nord ? En bien, pas si mal, contrairement à ce qu’on peut penser (et bien que le décompte précis des décès liés à la COVID-19 prête à discussion).

Ainsi, depuis le début de la pandémie, la grande région de Montréal compte 262 morts par million d’habitants. C’est plus que dans la région de Toronto (93) ou de Chicago (230), mais bien moins que dans celles de New York (1985), Boston (449) ou Madrid (1942), en Espagne.

La comparaison vient d’un travail minutieux de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Les grandes villes ne sont pas toutes rendues au même stade de la pandémie, cela dit. Ainsi, au sommet de sa courbe, le 7 avril, la région de la ville de New York recensait environ 65 décès quotidiens par million d’habitants, contre environ 25 pour la grande région de Montréal au sommet du 18 avril.

New York a toutefois reculé rapidement depuis le 7 avril, et samedi, seulement 7 décès par million d’habitants étaient recensés, contre presque 20 à Montréal.

1. L’étude a été réalisée par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) et les experts de l’Université McGill (sous la coordination de David Buckeridge et Mathieu Maheu-Giroux).