Incapables de transférer des patients vers les CHSLD qui sont en crise, des hôpitaux de Montréal, comme l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’hôpital du Sacré-Cœur, débordent. Leurs lits d’hospitalisation sont occupés presque au maximum de leur capacité par des patients qui ne nécessitent plus de soins, mais qui ne peuvent obtenir leur congé parce qu’ils n’ont nulle part où aller.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« Oui, les lits d’hôpitaux se font de plus en plus rares à Montréal », affirme le président de l’Association des spécialistes de médecine interne du Québec, le Dr Hoang Duong.

« Le problème, c’est qu’on se sert des hôpitaux pour être des hôtels », ajoute le président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, le Dr Gilbert Boucher.

Émilie Jacob, porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île-de-Montréal, confirme que l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal est « à pleine capacité ». « Pour ce qui est de l’hôpital Fleury et de l’hôpital Jean-Talon, seulement quelques lits sont actuellement disponibles, dit-elle. La gestion des lits représente un défi en ce temps de crise, mais nous suivons la situation de près. »

Les urgences plus occupées

Conséquence de cette surcharge des lits d’hospitalisation, les taux d’occupation aux urgences, qui étaient très bas depuis le début de la pandémie de COVID-19, recommencent à monter dans certains hôpitaux.

Lundi, le taux d’occupation aux urgences était de 124 % à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, de 132 % à l’hôpital Santa Cabrini et de 115 % à l’hôpital Royal Victoria du CUSM.

À mon hôpital, on était à 60 % d’occupation depuis le début de la crise. Aujourd’hui, on est à 100 %.

Le Dr Hoang Duong, qui travaille à l’hôpital Pierre-Le Gardeur à Terrebonne

« Les taux d’occupation aux urgences recommencent à remonter. Ce n’est pas égal partout », observe le Dr Boucher, qui souligne que les grands hôpitaux comme le Royal Victoria et Maisonneuve-Rosemont sont plus touchés. « Pas beaucoup de patients viennent nous voir. Mais aucun patient ne sort. »

En conférence de presse lundi, le premier ministre François Legault a dit que la situation dans les hôpitaux québécois était « sous contrôle ». « On a, comme je vous le disais, à peu près 1500 lits qui sont utilisés, mais on va vous arriver demain [mardi] avec des chiffres. Il y a une partie, même, de ces lits qui sont occupés par des personnes qui devraient être retournées dans les CHSLD, mais compte tenu de la situation dans les CHSLD, on aime mieux les garder à l’hôpital même s’ils ont eu les traitements qu’ils devaient avoir. Donc, on peut dire vraiment que la situation est sous contrôle dans nos hôpitaux. »

Pour le Dr Duong, le Dr Boucher et le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, si la situation dans les hôpitaux est effectivement en général maîtrisée dans la province, la problématique des lits d’hospitalisation qui sont de plus en plus occupés à Montréal commence à inquiéter.

Impact sur les opérations

Quand la situation a commencé à dégénérer dans les CHSLD à cause de la pandémie de COVID-19, au début d’avril, les transferts de patients vers ces établissements ont cessé.

Certains patients de CHSLD, qui avaient contracté la COVID-19, ont même été transférés vers les hôpitaux. « On était d’accord avec ça. Il fallait aider », note le Dr Boucher.

Mais depuis l’arrêt des transferts vers les CHSLD, les patients s’accumulent dans les hôpitaux. Et puisque la situation est toujours problématique dans les CHSLD, on ne peut toujours pas y transférer de patients.

Même si certains ne nécessitent plus de soins actifs à l’hôpital, ils doivent y rester. Le Dr Duong explique que, par exemple, des patients guéris de la COVID-19 ou avec peu de symptômes ne peuvent être retournés dans leur CHSLD.

Certains patients n’étaient pas en CHSLD avant, mais ils se sont déconditionnés à l’hôpital et ne peuvent retourner à domicile. Mais les CHSLD et les centres de réadaptation ne peuvent pas les prendre. Donc on ne parvient pas à les sortir.

Le Dr Hoang Duong

Cet achalandage n’est pas sans conséquence. La semaine dernière, Québec a annoncé vouloir augmenter le nombre d’interventions chirurgicales, notamment en oncologie, pouvant être réalisées dans les hôpitaux. Le Dr Duong souligne que la relance de ces opérations dépend en partie des lits d’hospitalisation disponibles. Le Dr Boucher ajoute que plusieurs des hôpitaux actuellement très occupés sont ceux qui sont très impliqués dans les opérations pour le cancer, entre autres. « On veut reprendre les chirurgies. Mais ça prend des lits », dit-il.

Solution : se tourner vers les hôtels

Différentes solutions peuvent être envisagées pour soulager les hôpitaux congestionnés, estime le Dr Godin. Notamment « créer des conditions en CHSLD » pour que les transferts puissent y reprendre.

Des installations hors des hôpitaux commencent aussi à être aménagées pour accueillir ces patients, note le Dr Godin. Par exemple, l’Hôtel-Dieu pourra accueillir d’ici la fin de la semaine jusqu’à 200 patients. Un hôpital de la Croix-Rouge a aussi été construit dans un aréna de LaSalle.

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Un hôpital de la Croix-Rouge a été construit dans un aréna de LaSalle.

Le CISSS de la Montérégie-Ouest a annoncé la semaine dernière que l’hôtel Plaza de Salaberry-de-Valleyfield serait utilisé pour accueillir un total de 20 lits réservés aux personnes de résidences privées pour aînés soufrant de la COVID-19 ayant des symptômes légers à modérés.

Des patients des CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal sont actuellement traités à l’hôtel Place Dupuis. Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a aussi installé 21 lits dans un hôtel du centre-ville pour des patients COVID en attente d’être transférés en ressource intermédiaire ou en résidence pour aînés. Un deuxième étage de capacité similaire a aussi été ouvert lundi.

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L’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne

À l’hôpital Pierre-Le Gardeur, 28 lits de réadaptation ont été ouverts au Centre Claude-David.

Mais pour le Dr Duong, certaines difficultés se posent. « Parce qu’il faut quand même trouver du personnel pour ces unités en site non traditionnel », dit-il. Le Dr Duong souligne que le personnel des hôpitaux a déjà été en partie transféré vers les CHSLD et que le personnel restant doit participer à la relance des interventions chirurgicales dans les hôpitaux. « C’est pour ça que déployer des étudiants en médecine et en nursing dans les CHSLD est urgent », plaide-t-il.

Des transferts de patients vers des hôpitaux moins achalandés pourraient aussi être envisagés, note le Dr Boucher.