Les liens affectifs entre des enfants de la DPJ et leurs parents biologiques sont menacés par la suspension des accès décidée par Québec pour cause de COVID-19, selon une avocate qui veut faire invalider cette directive.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Valérie Assouline, qui représente plusieurs familles contre des directions de la protection de la jeunesse (DPJ), vient de lancer une poursuite contre l’État québécois pour que les contacts reprennent.

« Dans certains cas, le lien d’attachement va être vraiment effrité. Un mois pour un enfant, c’est pas un mois pour un adulte », a-t-elle expliqué en entrevue téléphonique. « Il y a des mères qui allaitaient, à qui on a enlevé un enfant à l’hôpital et qui n’ont pas pu voir leur poupon depuis six semaines… Des enfants de 2 ou 3 ans placés en famille d’accueil qui n’ont pas vu leurs parents depuis six semaines. »

Le 22 mars, un décret d’urgence a confié aux DPJ le pouvoir de suspendre les droits d’accès des parents biologiques à des enfants hébergés en famille d’accueil ou en centres jeunesse, afin de limiter la propagation du coronavirus. Les services sociaux ne devraient agir ainsi qu’en cas de danger, mais Me Assouline affirme qu’une suspension complète des contacts est imposée dans la grande majorité des dossiers.

Période « difficile et anxiogène »

C’est le cas de Nathalie*, mère de famille représentée par l’avocate qui conteste l’arrêté de Québec. Selon le document de la poursuite, deux de ses enfants sont hébergés en famille d’accueil, mais réintégraient progressivement son domicile. Ce processus a été brusquement stoppé par la pandémie : les services sociaux ont complètement arrêté les contacts.

Cette application est « inacceptable socialement et affecte directement les jeunes enfants de la Demanderesse, ainsi que tous les enfants dont la situation est prise en charge par la DPJ et qui sont privés de contacts avec leurs parents durant cette période de pandémie, qui est difficile et anxiogène et où les enfants requièrent plus que jamais de la stabilité », écrit Me Assouline dans sa poursuite.

L’avocate souligne que les jugements de garde d’enfants entre deux parents séparés doivent pour leur part toujours être respectés. « Ça ne fait pas de sens. C’est deux poids, deux mesures », a-t-elle dénoncé.

« L’arrêté sera renouvelé »

Au cabinet du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, on annonce d’ores et déjà que les mesures en place ne seront pas levées cette semaine.

« L’arrêté sera renouvelé et nous adapterons le tout selon le plan de déconfinement qui sera mis en place par le gouvernement. Ne pas le renouveler serait irresponsable de notre part et pourrait provoquer plus d’inquiétude qu’autre chose », a affirmé l’attachée de presse Camille Lambert-Chan par courriel. Le cabinet n’a pas voulu directement commenter la poursuite de Me Assouline, puisqu’elle doit être entendue par la justice.

« Nous comprenons les parents qui ont hâte de voir leurs enfants, c’est normal. Mais les étapes doivent se faire dans l’ordre et correctement. »