Les professeurs ne veulent pas « aller au front sans armure » et doivent avoir la certitude que l’ouverture des écoles primaire n’est pas vue par Québec comme une « réouverture de la garderie », disent les deux principaux syndicats enseignants de la province.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

« Nous n’accepterons pas que les profs ne soient pas protégés et qu’ils aillent au front sans armure », réagit Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement qui représente quelque 45 000 enseignants, notamment au primaire et au secondaire.

Selon la FAE, la réouverture des écoles laisse croire que le premier ministre François Legault et le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge « ont décidé de transformer les écoles primaires en garderies, dont le seul objectif sera de répondre à des impératifs économiques ».

À la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), on utilise la même analogie. « Venez nous parler des vrais objectifs du retour, exhorte sa présidente, Josée Scalabrini. Il faut que les enseignants arrêtent d’avoir l’impression qu’on veut rouvrir la garderie. »

Il faudra s’assurer que tous les enseignants qui retourneront à l’école soient en sécurité, dit la FSE. Comment se fait-il, demande sa présidente, que Québec demande à une éducatrice en garderie de porter un masque, mais qu’on ne le demande pas à des enseignants qui côtoient eux aussi des élèves en bas âge ?

Dans un communiqué intitulé « Oui, non, peut-être, ça dépend, on ne le sait pas trop, c’est pas certain, on verra », la FAE dénonce pour sa part le fait que les enseignants soient mis devant le fait accompli et que trop de questions demeurent sans réponse.

La FAE rappelle que les avis scientifiques concernant le principe d’immunité collective, sur lequel le premier ministre François Legault lui-même nourrit des doutes, sont remis en question et que « de trop nombreuses interrogations concernant la sécurité du personnel enseignant et des élèves qui leur sont confiés demeurent sans réponse ».

La FAE note aussi que « l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prône la plus grande prudence puisqu’il n’y a pas de preuves, à ce jour, que des personnes déjà infectées soient immunisées ».

La FAE ajoute que l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Dre Teresa Tam, partage l’avis de l’OMS et a émis des doutes à l’effet qu’un déconfinement progressif du Québec puisse contribuer à immuniser la population contre la COVID-19.

De son côté, la Fédération des syndicats de l’enseignement rappelle l’importance de « rassurer » les enseignants et estime qu’il reste « énormément de travail » pour que leur retour en classe se fasse en sécurité.

« C’est un gros défi qui ne peut être relevé qu’avec beaucoup de prudence, et nous y veillerons, au plus grand bénéfice de nos élèves, surtout les plus vulnérables », a déclaré par voie de communiqué Josée Scalabrini, présidente de la FSE-CSQ.

Selon la FAE, le gouvernement doit aussi expliquer pourquoi il fait le choix de procéder à la réouverture graduelle des écoles primaires tout en prolongeant la période de fermeture des écoles secondaires jusqu’au 1er septembre prochain.

Beaucoup de questions

Les enseignants « veulent se relever les manches », dit la FSE, mais beaucoup de questions demeurent. « Je pense qu’on aurait dû prendre le temps de répondre à plus de questions », dit sa présidente, Josée Scalabrini.

La FAE en énumère plusieurs dans son communiqué. Comment la distanciation sociale sera-t-elle assurée au préscolaire et au primaire ? Et durant les récréations ? Lors des déplacements des élèves ? Dans la cour d’école ? Durant le cours d’éducation physique ? En classe ? Durant les périodes de dîner ? Lors du transport scolaire ? Dans les classes et les écoles spécialisées avec des élèves nécessitant des services et des soins à moins de deux mètres de distance ? Les règles d’hygiène et de protection, comme le nettoyage, le port du masque et de gants seront-elles obligatoires ou non ? Qui sera chargé d’assumer les responsabilités en lien avec la santé et la sécurité des élèves et des personnels ? Comment le tout sera-t-il contrôlé par la Direction de la santé publique ?

« Nous ne sommes pas opposés à l’idée de rouvrir graduellement les établissements scolaires, mais nous exigeons du premier ministre François Legault qu’il clarifie la situation », a indiqué M.  Mallette.

La FAE s’interroge aussi sur ce qui arrivera aux profs qui ne pourront retourner en classe pour des raisons de santé, la leur ou celle d’un proche dont ils s’occupent ou avec lequel ils vivent ? Quels profs seront exclus par la Direction de la santé publique ? Quels seront les motifs de santé retenus ? Va-t-on tester les membres des personnels des écoles pour la COVID-19 ?

La FAE exige enfin que des précisions soient apportées en ce qui concerne le suivi pédagogique effectué auprès des élèves, sachant que le retour en classe sera facultatif. Entre autres choses, « comment une enseignante ou un enseignant qui est en classe pourra faire les suivis requis alors que la moitié des élèves qui composent son groupe est absente ? Qui pourra effectuer le suivi hebdomadaire auprès des élèves absents ? », s’interroge la FAE.