Alors que le plus récent bilan présenté par les autorités dimanche révélait le nombre le plus bas de nouveaux morts causés par la COVID-19 au Québec depuis les six derniers jours, l’INSPQ a dévoilé des projections encourageantes pour les semaines et les mois à venir, notamment concernant les hospitalisations.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

La province a enregistré 69 nouveaux décès sur une période de 24 heures, pour un total de 1515, indiquent des données rendues publiques dimanche après-midi. Les décomptes des derniers jours tournaient tous autour des 100 morts quotidiens. Il faut remonter au 19 avril, avec 62 morts, pour trouver un meilleur bilan que celui de dimanche.

Le nombre d’hospitalisations se chiffre désormais à 1518, soit 9 de plus que samedi, et 215 malades sont aux soins intensifs – il y en avait 217 samedi.

La bonne nouvelle, s’il en est une, c’est que le taux d’occupation en milieu hospitalier ne devrait pas augmenter d’ici à la fin de mai, selon les estimations de chercheurs.

Depuis le début de la pandémie, des experts de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) et de l’Université McGill (sous la coordination de David Buckeridge et de Mathieu Maheu-Giroux) se penchent sur la propagation de la COVID-19 dans la population québécoise. Ils parviennent maintenant à estimer en continu la propagation du coronavirus au sein de la population et à prévoir pour une période de quelques semaines ses répercussions sur les admissions dans les centres hospitaliers.

Selon leur résumé Projections du nombre d’hospitalisations pour les personnes atteintes de la COVID-19 publié en fin de semaine sur le site internet de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les auteurs peuvent établir qu’en « assumant un taux de reproduction constant, le nombre de personnes hospitalisées projeté ne devrait pas augmenter fortement dans les prochaines quatre semaines ».

Une « marge de manœuvre »

Leurs projections indiquent du même coup que « l’occupation des lits sur les étages ainsi qu’aux soins intensifs, par des personnes atteintes de la COVID-19, devrait rester dans les limites des capacités hospitalières ». Ainsi, ils suggèrent une reprise graduelle des activités dans les centres hospitaliers. 

« Les projections suggèrent qu’il existe une marge de manœuvre pour permettre la reprise prudente de certaines activités cliniques. Les décisions concernant cette reprise pourraient être modulées en fonction des réalités propres aux différentes régions du Québec », peut-on lire.

Des « dizaines de milliers de vies » sauvées

En complément, un autre groupe de chercheurs formé d’experts de l’INSPQ et de l’Université Laval (Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses, dirigé par Marc Brisson) s’est intéressé à l’efficacité de la distanciation physique et aux projections de l’évolution de l’épidémie lors de la mise en place de mesures d’assouplissement.

D’abord, les chercheurs des deux groupes précédemment mentionnés s’entendent pour dire que la distanciation physique a amené une forte diminution du taux de reproduction du virus. 

« Ces mesures pourraient avoir sauvé plusieurs dizaines de milliers de vies », peut-on lire dans le deuxième rapport, Mesures de distanciation et de confinement au Québec : impact et projections, qui dévoile une projection de l’évolution de l’épidémie si on maintient les mesures de distanciation et une autre dans l’éventualité d’un assouplissement avec l’augmentation de contacts dans la population de 10 à 20 % à partir du 11 mai. Les projections sont faites selon deux scénarios : optimiste et pessimiste. Conclusion ?

« Il y a une petite marge de manœuvre pour assouplir graduellement les mesures de confinement tout en minimisant les risques à la santé de la population », résument les chercheurs, tout en insistant sur le fait qu’une surveillance continue est essentielle et que « les prochains jours sont cruciaux pour anticiper l’évolution de l’épidémie et disposer des stratégies de déconfinement ».

CHSLD, classe à part

Les données ne tiennent pas compte de la situation en CHSLD. « Le phénomène des éclosions dans les CHSLD suit une dynamique distincte et mérite une attention particulière. Il fera donc l’objet d’une analyse ultérieure », peut-on lire dans le rapport Projections du nombre d’hospitalisations pour les personnes atteintes de la COVID-19.

Les lieux d’hébergement pour aînés au Québec sont encore les milieux qui enregistrent le plus de morts. Les CHSLD en comptent 982 et les résidences privées pour aînés, 219, sur le total de 1515.

Samedi, date de la dernière mise à jour concernant la situation dans les établissements pour personnes âgées, 66 milieux de vie avaient plus de 25 % de leur clientèle infectée par la COVID-19.

En chiffres absolus, le CHSLD Laurendeau de Montréal trône en tête de liste avec 177 cas, soit 59 % des résidants atteints, suivi du centre Vigi Mont-Royal, avec 172 malades (63 % des habitants).

En pourcentage, la Résidence Notre-Dame de la Victoire de Longueuil voit 92 % (46 personnes) de ses locataires infectés.

840 nouveaux cas

En tout, les autorités de santé publique font état de 840 nouveaux cas de COVID-19 dans la province. Cela porte le nombre total de personnes infectées à 24 107, dont 5342 sont officiellement rétablies ; 2810 cas sont actuellement en investigation.

Les régions de Montréal et de Laval restent de loin les plus touchées, avec 572 cas pour 100 000 habitants. Les autres régions à proximité de la métropole, soit la Mauricie–Centre-du-Québec, l’Estrie, Lanaudière, les Laurentides et la Montérégie, en comptent 214 pour le même ratio, alors que le reste du Québec est à 88 cas pour 100 000 personnes.

En chiffres absolus, la métropole enregistre 11 621 cas de coronavirus, Laval en a 2711 et la Montérégie, 2789.

Depuis quelques jours, la Santé publique du Québec recommande le port du couvre-visage dans les lieux publics « lorsque la distanciation physique (2 mètres) n’est pas possible, par exemple dans les transports en commun ».

Le premier ministre François Legault et ses acolytes, le Dr Horacio Arruda et la ministre de la Santé Danielle McCann, étaient en congé dimanche. Le gouvernement a toutefois publié un communiqué de presse rappelant certaines mesures de précaution.

« Le port du couvre-visage dans les lieux publics doit obligatoirement s’accompagner des autres mesures de protection déjà mentionnées. » On parle ici du lavage des mains et de la distanciation physique.

Les personnes qui ont des symptômes doivent s’isoler, rappellent les autorités.