(Québec) Pour éviter à tout prix des morts inutiles, les Québécois de plus de 60 ans ne devront pas serrer leurs petits-enfants dans leurs bras « pour un certain temps » encore a confirmé vendredi le premier ministre du Québec.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Je sais que c’est dur. C’est triste », a lancé François Legault. « Malheureusement, je ne conseille pas aux gens qui ont plus de 60 ans de serrer leurs petits-enfants dans leurs bras encore pour un certain temps », a dit M.  Legault. « Surtout qu’on veut rouvrir graduellement nos écoles. »

Les enfants et les jeunes risquent d’être des vecteurs encore plus importants du virus dans les prochaines semaines, à mesure que les garderies et les écoles vont rouvrir. Le gouvernement a expliqué jeudi comment les Québécois les moins vulnérables – soit les jeunes – devront attraper le virus pour développer une immunité naturelle dans la société.

« La crainte la plus importante que j’ai, en rouvrant les écoles, c’est que les enfants aillent voir non pas leurs parents, mais leurs grands-parents, puis les infectent, a dit le premier ministre. Il faut protéger les personnes de plus de 60, 70 ans. C’est très, très, très important, parce qu’elles sont vulnérables. »

Au Québec, 97 % des 1340 morts de la COVID-19 avaient plus de 60 ans.

Mince réconfort, M. Legault a tout de même laissé entendre que voir ses petits-enfants en gardant ses distances pourrait être possible. « Est-ce qu'on sera capable, dans les prochaines semaines au moins, qu'ils se voient à deux mètres de distance? Ça, c'est peut-être plus envisageable. »

Des grands-parents déçus

Michèle Boisclair et son mari ont regardé vendredi la conférence de presse du premier ministre en direct. La consigne de M.  Legault les a attristés, à défaut de les surprendre.

« On s’est regardés un petit peu désappointés. C’est décevant. Je ne lèverai pas mon verre à cette décision-là, même si je la comprends », a expliqué la grand-mère de 67 ans.

Ancienne infirmière et longtemps vice-présidente de la Fédération des infirmières du Québec (FIQ), Mme Boisclair dit saisir les raisons derrière cette recommandation. Elle croit en la stratégie d’immunité naturelle du gouvernement. Et elle consciente que ses deux petites-filles vont peut-être devenir dans les prochaines semaines « des vecteurs de transmission sur deux pattes !  »

« Ma tête d’infirmière comprend, mais mon cœur de grand-mère est en miettes », résume la dame de Pierrefonds.

Récemment, elle a célébré les 6 ans d’une de ses petites-filles sur Messenger. Elles se parlent sur Facetime. Mais tout le monde s’ennuie.

« Elles veulent aller voir leurs grands-parents. La plus jeune l’autre fois s’est collée sur son père et s’est mise à pleurer : " quand est-ce qu’on va voir grand-maman et grand-papa ? ". »

Le camping prévu pour cet été avec leurs petites-filles est probablement à l’eau, reconnaît Mme Boisclair. À moins que le gouvernement change les recommandations en cours d’été.

« Peut-être que le premier ministre nous prépare au pire et que c’est en fait une stratégie de communication, se demande-t-elle. Si en juillet il nous dit qu’on peut revoir nos petits-enfants, on va le trouver fin pas à peu près François Legault. »

Donald Legault, de l’Outaouais, a quant à lui l’habitude de voir ses deux petits-enfants très souvent l’été. « On demeure à la campagne alors l’été ils viennent passer toutes leurs fins de semaine ici. »

Mais l’homme de 70 ans a bien compris que cet été serait différent. « On parle des petits-enfants, mais il y a nos enfants dans le milieu. Eux aussi, on ne pourra plus les voir, dit-il. Ça veut dire que je ne peux pas voir personne. »

« Ce n’est pas une idée réjouissante », dit-il sobrement. Son espoir ? Que des tests sérologiques permettent de dépister rapidement ceux qui ont eu la COVID-19 et sont immunisés. Des enfants et des petits-enfants immunisés pourraient soudainement redevenir fréquentables.

Horacio Arruda a dit comprendre vendredi « le sacrifice que ça représente ». Mais selon le directeur national de la Santé publique, il s’agit d’un moindre mal.

« Ce qu’on veut c’est qu’ils puissent prendre (leurs petits-enfants) dans leurs bras le plus longtemps possible. Si cette hâte-là se transforme en un décès, bien ça va devenir un drame, a prévenu M.  Arruda. Puis l’enfant ne pourra pas profiter de cet amour pendant quelques années de plus. »