Québec recommandera le port du masque dans certains lieux publics comme les transports en commun, mais qu’en sera-t-il en milieu de travail ? Dans les restaurants, sur les chantiers de construction, dans les écoles… est-ce que les travailleurs devront désormais arborer un couvre-visage quand la vie non confinée reprendra ? La réponse n’est pas si claire.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Les policiers portent depuis mardi un masque chirurgical, des lunettes de protection et des gants lorsqu’ils patrouillent dans le métro de Montréal, selon une consigne émise par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Mais les travailleurs qui peuvent maintenir une distance de deux mètres avec les autres ne sont pas obligés de porter un couvre-visage. Même que leur employeur peut le leur interdire.

« C’est que présentement, les mesures pour se protéger du coronavirus, ce sont la distanciation [physique], les mesures d’hygiène et de nettoyage », explique Maxime Boucher, porte-parole de la CNESST.

À l’inverse, un employeur a le pouvoir d’obliger le port du masque à ses employés. Dans ce cas, il doit fournir l’équipement de protection.

Il ne faudrait toutefois pas que le masque devienne une distraction. L’employeur ne pourrait pas dire à ses employés de porter un masque et de laisser tomber la distanciation [physique].

Maxime Boucher, porte-parole de la CNESST

Katherine Lippel, professeure et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de la santé et de la sécurité du travail, est d’avis que le gouvernement devrait imposer le port du masque pour l’ensemble des travailleurs. Elle affirme que dans les magasins à grande surface et les épiceries qui demeurent ouverts pendant la crise sanitaire, les employés se font souvent interdire le port du masque.

« Les travailleurs ont tellement peu de pouvoir dans le contexte de la COVID-19. S’il y avait une obligation, ça enlèverait un poids sur les épaules des gens qui veulent le porter et qui se font dire qu’ils n’ont pas le droit », dit Mme Lippel.

Dans les succursales de la Société des alcools, par exemple, les employés qui désirent porter un masque ne peuvent pas le faire. La Société d’État mise sur la distanciation physique et le lavage des mains. Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ, affirme que la société suit de près les recommandations de la Santé publique et est prête à s’adapter advenant un changement de directive.

« Chez nous, la distanciation [physique], on s’assure qu’elle existe non seulement entre les clients eux-mêmes, mais entre les clients et les employés aussi. Il y a un nombre réduit de clients à la fois dans les magasins. Dans les files d’attente à l’extérieur, la distanciation est aussi respectée. »

Sur les chantiers, où la construction résidentielle a repris la fin de semaine dernière, les méthodes de travail ont déjà changé de façon radicale, souligne pour sa part François Simard, président-directeur général d’Équipe SST, une entreprise spécialisée en gestion de la santé-sécurité dans le domaine de la construction. Quand les ouvriers travaillent côte à côte, ils doivent enfiler un masque, des lunettes de protection et une visière.

« Tous les équipements de protection individuelle qu’on ajoute à un travailleur, ça ne facilite pas sa tâche. C’est un travail physiquement exigeant. Mais les gens sont conscients des risques associés à la COVID-19 », ajoute M. Simard.

« Une forte recommandation »

Le Dr Horacio Arruda a annoncé jeudi, lors du point de presse quotidien du gouvernement, qu’il fera « une forte recommandation » concernant le port du masque « particulièrement quand les gens vont prendre les transports en commun puisqu’ils ne pourront pas respecter la distanciation de deux mètres ». Le directeur national de santé publique a confirmé qu’il ne s’agira pas d’une obligation. La recommandation sera accompagnée d’une méthode pour fabriquer soi-même des couvre-visage artisanaux.