Soulagement pour les membres de la communauté juive Kiryas Tosh établis à Boisbriand, en quarantaine depuis le mois dernier. Le CISSS des Laurentides a annoncé mardi soir la levée du confinement.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Depuis le 29 mars, la Régie intermunicipale de police Thérèse-De Blainville contrôlait les entrées et sorties de la communauté, avec la collaboration de volontaires Tosh chargés de maintenir l’ordre. Seuls les déplacements jugés essentiels étaient permis.

On ne dénombre aucun décès, bien que 70 membres aient été déclarés positifs, selon le bilan du CISSS des Laurentides.

Ezra Kahan a vite récupéré de la COVID-19. Il avait même l’air en pleine forme mercredi matin, rencontré par La Presse devant son domicile. Juif orthodoxe et résidant de Boisbriand, il fait partie de la communauté Kiryas Tosh, mais n’habite pas à l’intérieur du secteur touché par l’éclosion.

Il passe ses journées à la maison à s’occuper de ses trois enfants qui débordent d’énergie. « Nous n’avons pas d’ordinateur à la maison, ça rend le télétravail compliqué », dit-il en ajustant le foulard et le manteau de sa plus jeune fille, sortie prendre l’air avec son père.

M. Kahan a été déclaré positif à la COVID-19 le 25 mars, après avoir ressenti des symptômes. Fatigue extrême et toux incessante. Il s’est donc isolé pour la période recommandée. Depuis que les professionnels de la santé l’ont avisé de la fin de son isolement, il sort uniquement pour aller faire l’épicerie.

Au Dollarama de Rosemère il y a quelques jours, on l’a approché pour lui demander s’il était autorisé à y faire ses emplettes. Il a montré son autorisation et a pu poursuivre sans problème. « Je n’ai pas eu de problème majeur, mais j’ai entendu dans la communauté des histoires où les gens n’avaient pas accès aux magasins, même s’ils n’habitaient pas dans la communauté », note-t-il.

La première ordonnance de confinement visait la communauté Kiryas Tosh en entier. Or, certains habitent à Boisbriand, sont de confession juive hassidique, mais n’habitent pas le secteur de l’éclosion, où se trouvaient les points de contrôle policiers. Ils ont par la suite été autorisés à sortir de chez eux, mais continuaient à susciter la méfiance chez certaines personnes. « Les gens voient aux nouvelles qu’il y a une éclosion dans la communauté. Dans notre cas, on nous reconnaît par nos habits. Tout ce qu’ils voient, c’est quelqu’un de potentiellement infecté, qu’on habite dans le périmètre ou pas », explique M. Kahan.

Les membres de la communauté Tosh doivent continuer à suivre les mêmes consignes d’hygiène et de distanciation que le reste du Québec, confirme le CISSS. « Je lis des commentaires de gens qui pensent que tout d’un coup nous ne sommes plus soumis aux mêmes règles qu’eux, qu’on nous donne un traitement privilégié. C’est faux », pense M. Kahan.

Isolement difficile

Cette quarantaine a été instaurée pour préserver la santé de tous. Ezra Kahan en est très conscient ne pense pas que la mesure a été prise sur la base de l’appartenance religieuse, dit-il. La période a tout de même été difficile à vivre pour une communauté tissée serrée. « Personne ne pouvait sortir du secteur. Pas moyen d’aller à la pharmacie ou à la banque. Dans la communauté, il n’y a même pas de guichet fonctionnel pour retirer de l’argent. »

Il a fallu changer des habitudes bien ancrées. Finies les visites à la synagogue trois fois par jour. Les rassemblements familiaux de la Pâque juive ou Pessa'h, une fête qui célèbre la liberté, ont manqué à tous cette année. « C’était assez inhabituel. Je n’ai jamais eu une fête de Pâques comme ça », décrit M. Kahan tout en gardant le sourire. Il ne cache pas que l’image des voitures de police au point de contrôle a choqué les enfants.

Les quelques pâtés de maisons où habitent 4000 membres de la communauté Tosh étaient devenus un foyer d’éclosion de la COVID-19 vers la fin mars. Des voyages dans l’État de New York après la fête de Pourim entre le 9 et 10 mars seraient à l’origine de la propagation.

Le CISSS ignore le nombre de personnes guéries parmi les 70 personnes infectées. Il n’y a désormais pas plus de risque d’attraper le nouveau coronavirus dans ce secteur de la ville qu’ailleurs, juge la santé publique des Laurentides.

« Depuis quelques semaines, la plupart des régions du Québec, dont la nôtre, sont en transmission communautaire soutenue. Une baisse du nombre de cas de COVID a été remarquée dans le secteur visé par l’ancien confinement depuis plusieurs jours et ceci fait en sorte que ce secteur précis de la ville de Boisbriand se compare désormais davantage à la MRC de Thérèse-De Blainville », détaille Julie Lemieux-Côté, porte-parole.

Un confinement ardu et ponctué de tensions pour certains membres de la communauté. Au début du mois d’avril, en pleine nuit, ils étaient 200 à manifester leur mécontentement face à la quarantaine qui leur était imposée. Les policiers n’avaient distribué aucune contravention au moment des faits, mais une enquête a été lancée pour identifier les contrevenants.