Le copropriétaire de la résidence pour personnes âgées Notre-Dame de la Victoire, à Saint-Hubert, où la direction aurait tardé à demander de l’aide lors d’une éclosion de cas de COVID-19, a déjà perdu son permis pour un autre établissement qu’il exploitait, à la suite de la mort de deux pensionnaires.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Abraham Kaufman, un courtier immobilier d’Outremont, était copropriétaire de la résidence pour aînés Villa du Jardin Fleuri, à Trois-Rivières. Mais son permis a été révoqué à l’automne 2017 après plusieurs plaintes au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

Le CIUSSS avait notamment ouvert une enquête concernant la mort d’André Bourassa, un résidant de 79 ans mort gelé après s’être retrouvé enfermé à l’extérieur de l’établissement en février 2017. L’année précédente, une femme de 93 ans, Thérèse Roberge, était morte dans des circonstances similaires.

Une enquête du coroner avait conclu que « la Villa du Jardin Fleuri était un endroit non adapté pour les personnes en perte d’autonomie, car plusieurs chambres avaient une porte donnant directement sur l’extérieur de sorte que les personnes souffrant d’errance pouvaient se retrouver à l’extérieur de la résidence sans que le personnel ne s’en rende compte », rapportait le quotidien Le Nouvelliste en juin 2018.

L’établissement était déjà fermé au moment où le coroner a déposé son rapport, mais la famille d’André Bourassa a déposé une poursuite de 1,2 million contre ses anciens propriétaires.

En juin 2018, le bâtiment désaffecté a été détruit par un incendie.

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Le CISSS a pris en charge la gestion de la résidence Notre-Dame de la Victoire à la fin de la semaine dernière, puisque le personnel, malade, n’était plus en mesure d’assurer les services aux résidants.

Escorté par la police

Abraham Kaufman se trouvait lundi à la résidence Notre-Dame de la Victoire, sur le chemin de Chambly, à Saint-Hubert, où la quasi-totalité du personnel et la majorité des pensionnaires sont atteints de la COVID-19.

M. Kaufman a cependant refusé de répondre aux questions des journalistes au sujet de sa gestion de l’établissement. Il est parti en fin de journée, après avoir demandé l’aide de la police pour empêcher quiconque de poser le pied sur le terrain de la résidence, où 35 résidants sur 50 sont atteints de la maladie, selon les plus récentes données fournies par le CISSS de la Montérégie-Centre.

Le CISSS a pris en charge la gestion de la résidence Notre-Dame de la Victoire à la fin de la semaine dernière, puisque le personnel, malade, n’était plus en mesure d’assurer les services aux résidants.

Ce que déplorent les familles, c’est de ne pas avoir été informées de la multiplication des cas de COVID-19. Certains se demandent aussi si l’aide du CISSS a été demandée assez rapidement.

« Ça fait un mois que les résidants sont confinés dans leur chambre, mais la direction n’a pas avisé les familles qu’il y avait autant de cas », dénonce Christiane Houle-Lapointe, venue porter des muffins à son père de 87 ans. « J’essaie tous les jours de parler au propriétaire, M. Kaufman, mais sa boîte vocale est toujours pleine. »

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Christiane Houle-Lapointe, dont le père de 87 ans demeure à la résidence Notre-Dame de la Victoire

« J’ai peur de ne plus jamais revoir ma mère »

Gaétan Chabot, lui, voulait simplement se rendre à l’arrière de la résidence pour envoyer la main à sa mère de 93 ans, par la fenêtre de sa chambre, « pour la réconforter un peu ». Il affirme avoir été menacé par les agents de sécurité embauchés par le CISSS pour surveiller la résidence. « Ils m’ont dit qu’ils appelleraient la police si je restais là. »

« J’ai peur de ne plus jamais revoir ma mère. On est très proches, elle a vécu chez moi pendant 10 ans avant », confie-t-il, secoué.

« Ils ne peuvent plus sortir de leur chambre, leur résidence est surveillée par la police, les employés sont des inconnus, ça doit être terrible de vivre ça ! »