Promise depuis 19 jours déjà, la prime que doivent recevoir des préposés aux bénéficiaires tarde à leur être versée. Le propriétaire de plusieurs résidences privées pour aînés sonne l’alarme : chaque jour de retard rend la rétention du personnel un peu plus difficile.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Le 2 avril dernier, lorsque le gouvernement Legault a annoncé qu’il bonifiait le salaire du personnel de la santé « pour mieux soutenir nos anges gardiens », Anthony Falvo, propriétaire de huit résidences privées dont six ressources intermédiaires, a affiché avec fierté le communiqué de presse dans les locaux des préposés aux bénéficiaires. La compensation allait prendre la forme d’une prime de 4 $ par heure travaillée.

Pensez-vous qu’il y en a beaucoup des gens qui veulent donner des soins à des personnes atteintes de la COVID ?

Anthony Falvo, propriétaire de huit résidences privées pour aînés

« Alors, si au moins, la pauvre préposée qui se fend en quatre peut recevoir une prime, ça met un baume sur son cœur », a fait remarquer le propriétaire, admettant qu’il y a eu des morts de la COVID-19 dans ses résidences.

Sauf que 19 jours après l’annonce, les préposées œuvrant dans les ressources intermédiaires (RI) n’ont toujours pas reçu leur prime. « Elles nous demandent où est leur prime, si nous l’avons mise dans nos poches ! » lance avec consternation Anthony Falvo.

Déjà « plus de 40 % » de ses préposées ont quitté leur emploi depuis le début de la crise. Si le gouvernement tarde trop, il croit qu’il n’aura plus personne à qui « remettre la prime ». Des employées, payées pratiquement au salaire minimum, sont parties pour travailler dans les CHSLD, où elles sont mieux payées ; d’autres s’occupent de leurs enfants à la maison tout en recevant la prestation d’urgence du gouvernement fédéral.

« Sur chaque étage, j’ai normalement quatre préposées. Là, il m’en reste une ou deux. C’est effrayant ! Celles qui restent, ce sont des héros ! Je le dis et j’ai les larmes aux yeux. Elles restent parce qu’elles sont complètement dévouées à leur travail », ajoute le propriétaire.

Retards

Le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît des retards pour le personnel œuvrant dans les ressources intermédiaires. Une partie de ces employés recevront le versement des sommes cette semaine. Ces primes sont d’ailleurs rétroactives au 13 mars dernier.

« C’est indécent de demander à des gens qui gagnent 13-14 $ de l’heure d’attendre », fulmine Johanne Pratte, directrice générale de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ).

« Quand tu gagnes ce salaire, tu veux ton argent, parce que tu en as besoin et que tu travailles dans une situation de crise », ajoute-t-elle.

« Je trouve incroyable que le gouvernement s’en sorte sans jamais parler de nous. C’est du financement public, les ressources intermédiaires ! Personne ne choisit de venir vivre dans ce type d’hébergement et aucun propriétaire ne choisit ses clients », explique Mme Pratte.

Alors que les préposées « tombent comme des mouches » et que personne ne veut venir les remplacer, la directrice lance un cri d’alarme : « Nous sommes à la guerre avec des fusils à l’eau ! »