Des étudiants qui comptaient sur des bourses d’études ou sur la saison estivale pour regarnir leurs coffres déplorent être les grands oubliés des mesures d’aide des gouvernements. Jusqu’ici, leur demande d’étendre l’admissibilité à la Prestation canadienne d’urgence aux étudiants et au personnel contractuel des universités et collèges est restée lettre morte, ce qui suscite bien des inquiétudes.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Pénélope Nadon Daigle a effectué un retour aux études il y a quatre ans et termine ce printemps une technique en éducation spécialisée. Mère de trois enfants âgés de 5 à 11 ans, elle avait comme principal revenu ses bourses d’études. « Le temps que je ne mettais pas sur mes études, je le mettais sur mes enfants », dit la femme de 33 ans.

Sa formation prend maintenant fin et le versement de ses bourses cesse le mois prochain. Pénélope Nadon Daigle recevra son diplôme en mai et si rien ne change, elle devra se résoudre à demander de l’aide sociale. Comment trouver un emploi dans son domaine en pleine période de pandémie ? Qui s’occupera de ses enfants le jour tant que les écoles et les garderies sont fermées ?

Comme plusieurs autres étudiants, elle déplore que les bourses d’études ne soient pas considérées comme un revenu dans l’attribution de la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants demande depuis plusieurs semaines au gouvernement fédéral d’inclure tous les étudiants et les diplômés récents dans la PCU, quel que soit leur statut d’employé ou leur revenu.

Il y a quelques jours, le premier ministre Justin Trudeau a promis que des mesures d’aides pour les étudiants des collèges et universités seraient bientôt annoncées. Elles se font toujours attendre.

« Si je n’avais pas eu d’enfants, j’aurais pu travailler en faisant ma technique, constate Pénélope Nadon Daigle. Je l’aurais eu, la PCU. Il y a des étudiants qui vivent chez leurs parents et travaillaient à temps partiel qui reçoivent 2000 $ par mois. »

Pénélope Nadon Daigle envisage les prochains mois avec beaucoup d’inquiétude. « C’est stressant. Je sais qu’il y a de l’aide alimentaire qui existe. Il va falloir que je regarde ça », dit-elle. Trois enfants qui ne vont ni à la garderie ni à l’école, « ça mange en tabarouette », constate-t-elle.

Stacy Vilo est elle aussi dans une situation financière très précaire. Finissante en maroquinerie au Cégep du Vieux-Montréal, elle gruge dans ses économies depuis qu’elle a perdu l’emploi à temps partiel qui lui permettait de vivre tout en étudiant. Elle n’est pas admissible au PCU.

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Stacy Vilo

Qu’arrivera-t-il quand ses économies seront à sec ? « Je ne sais pas ce que je vais faire. Ça me fait paniquer », dit-elle. Elle attend avec impatience les mesures fédérales destinées aux étudiants des collèges et universités et souhaite que cette fois-ci, elle ne « passe pas entre les mailles du filet ».

La Française d’origine soupèse ses options. Son visa d’étudiante viendra à échéance à la fin de l’été, le projet qu’elle avait d’aller travailler en région lui semble devenir inatteignable. Six ans après son arrivée au Québec, elle songe à retourner vivre chez ses parents dans les Antilles le temps que les choses se placent.

La jeune femme de 28 ans dit qu’elle est « du genre à toujours prévoir à l’avance », mais une pandémie de cet acabit, « personne ne pouvait prévoir ça ».

De l’aide d’urgence des cégeps et universités

Plusieurs universités ont mis sur pied des fonds d’urgence pour pallier aux problèmes financiers de leurs étudiants. À l’Université McGill, par exemple, 1 million a été amassé jusqu’ici pour venir en aide aux étudiants dans le besoin en raison de la pandémie. Les montants versés aux étudiants varient entre 500 $ et 3000 $ pour ceux ayant plusieurs enfants à charge. Certains cégeps ont aussi de tels fonds d’urgence. Au Cégep du Vieux Montréal, par exemple, il s’élève à 10 000 $.