Les physiothérapeutes, qui sont formés entre autres pour déplacer des personnes âgées de façon sécuritaire, demandent à être mis à contribution pour pallier la pénurie de personnel dans les CHSLD, d’autant plus qu’ils sont nombreux à être disponibles en raison de la fermeture des cliniques privées et du ralentissement des activités dans le réseau public.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

« Nos membres sont choqués de voir que leur expertise n’est pas mise à contribution, alors que plusieurs sont disponibles et coûtent beaucoup moins cher que les médecins spécialistes », déplore Simon Dalle-Vedove, président de l’Association québécoise de la physiothérapie. « Les médecins spécialistes font un travail très important, mais en temps de crise, leur expertise serait peut-être mieux utilisée ailleurs. »

M.  Dalle-Vedove a d’ailleurs écrit la semaine dernière au premier ministre François Legault et à la ministre de la Santé, Danielle McCann, pour souligner que plusieurs physiothérapeutes et thérapeutes en réadaptation physique (TRP) ont offert d’aller prêter main-forte en CHSLD, par l’intermédiaire de la plate-forme « Je contribue », mais que plusieurs propositions sont restées lettres mortes, ou ont été carrément rejetées.

« Les physiothérapeutes et TRP possèdent énormément de connaissances en gériatrie et en déplacement sécuritaires des bénéficiaires, et sont même très souvent responsables de l’enseignement de ces techniques aux préposés aux bénéficiaires et au personnel de soins. Toutefois, nous sommes complètement oubliés dans cette crise », a dénoncé la physiothérapeute Catherine Landry, dans une publication sur Facebook.

« Mais bienvenus aux médecins spécialistes et à ceux des Forces armées… Voulez-vous me dire à quoi ils vont servir ? Ils n’ont aucune idée du fonctionnement d’un lève-personne ou encore de la procédure pour changer une culotte. »

« Pas que des médecins et des infirmières »

« Ce qui me scandalise, c’est de voir que le gouvernement a sous son nez des milliers de professionnels possédant une formation en santé aptes à soutenir le réseau, mais il les ignore ! », renchérit Tatiana Vukobrat, physiothérapeute dans un groupe de médecine familiale de la région de Montréal, dans une lettre ouverte publiée sur le site de l’AQP.

« Faut-il rappeler que le milieu de la santé n’est pas composé que de médecins et d’infirmières, il y a aussi des physiothérapeutes, des ergothérapeutes, des nutritionnistes, des technologues et j’en passe beaucoup d’autres ! […] Dans un milieu de soins de longue durée, ce groupe de professionnels peut : évaluer la condition physique et les risques de déconditionnement ; aider à maintenir un niveau d’activité quotidien ; prévenir certaines complications ; assurer des déplacements sécuritaires ; diminuer les risques de chutes ; répondre aux besoins d’une clientèle gériatrique isolée et surtout faire preuve d’entraide et de solidarité interdisciplinaire en accomplissant toute autre tâche jugée essentielle en temps de crise humanitaire pour maintenir le bien-être de la personne en perte d’autonomie. »

« J’ai redonné mon nom quatre fois. Je suis hautement qualifié pour les tâches qu’ils demandent, comme j’ai aussi fait des contrats dans des résidences pour personnes âgées avant. Bien dommage que plusieurs personnes qualifiées et ne demandant pas 211 $/h aient été oubliés dans toute cette histoire », témoigne aussi la physiothérapeute Amélie Piscollo.

Simon Dalle-Vedove souligne que le travail des physiothérapeutes et des TRP est règlementé par un ordre professionnel. De plus, ils ont l’habitude de travailler en équipe avec d’autres professionnels, savent évaluer les risques de chutes des patients, et certains ont une expertise en problèmes cardio-respiratoires. Ils savent aussi administrer de l’oxygène aux patients pour lesquels cela est prescrit.

« Niveau d’improvisation majeur »

L’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (OPPQ), dont la mission consiste à protéger le public, a aussi manifesté son impatience dans une lettre envoyée à la ministre de la Santé, Danielle McCann, à la fin de la semaine dernière.

Selon son président, Denis Pelletier, l’appel du premier ministre Legault aux médecins spécialistes, alors que d’autres professionnels auraient de meilleures compétences pour aider à résorber la crise dans les CHSLD, dénote un « niveau d’improvisation majeur ». « Des choix discutables ont été faits », souligne M.  Pelletier en entrevue.

« Plusieurs de nos membres pratiquant dans le secteur public de la santé, nous ont informé être souvent limités dans le présent contexte de la COVID-19 à des tâches administratives ou à des travaux d’entretien ménager. Pourtant, considérant leur formation et leurs compétences, ils pourraient intervenir directement auprès des aînés et apporter ainsi une contribution beaucoup plus utile. Je porte à votre attention que la moitié de nos 8200 membres pratiquent dans le secteur public de la santé », peut-on lire dans la lettre de l’OPPQ envoyée à la ministre McCann.