Prestation fédérale d’urgence, vente factice de masques, produits désinfectants et liquides nettoyants pour les mains, traitements miracles, faux vaccins, « tests de dépistage » prétendument plus rapides – la COVID-19 est une mine d’or pour les fraudeurs. 

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Depuis le début de la pandémie, le Centre antifraude du Canada a enregistré plus de 460 arnaques liées au coronavirus touchant une centaine de victimes qui ont perdu plus de 120 000 $.

« Lorsque l’on regarde toutes les catégories de fraudes, il peut arriver dans un mois que l’on en voie une centaine pour un seul sujet, ce qui est déjà élevé. Mais 400 rapports reliés à la COVID-19, c’est quatre fois plus élevé que la normale », affirme Jeffrey Thomson, analyste aux renseignements criminels de la Gendarmerie royale du Canada et patron de la division de la prévention au Centre antifraude du Canada. 

Le centre antifraude est géré par la GRC, en collaboration avec la Police provinciale de l’Ontario et le Bureau de la concurrence du Canada. C’est là que sont acheminées toutes les informations sur les fraudes dont sont victimes les Canadiens.

Entre le 6 mars et le 15 avril, le Centre a enregistré 462 « rapports » de fraudes reliées à la COVID-19. Il dénombre 106 victimes pour des pertes minimales de 122 000 $, sans compter que des gens se sont fait voler leurs données personnelles ou ont été infiltrés par un logiciel malveillant.

Un rapport n’est pas nécessairement une plainte; cela peut être également une question d’un citoyen sur un message texte ou un courriel qu’il a reçu et qui lui semble louche. 

Sur ces 462 rapports, 51 émanent du Québec (11 %) et ont fait 10 victimes.

En mars, les fraudes reliées à la COVID-19 représentaient 2 % de toutes celles qui ont été signalées, mais il se peut que cette proportion ait augmenté depuis le début avril. 

Les employés du Centre constatent en effet une hausse du nombre de signalements rédigés en ligne, mais ils ne peuvent dire pour le moment s’il y a plus de fraudes en général depuis le début de la pandémie, car ils fonctionnent avec un effectif réduit durant la crise. La prise de signalements par téléphone est suspendue jusqu’à nouvel ordre et seuls ceux reçus en ligne sont traités.

Exemples de messages frauduleux reçus

  • Depuis le début de la pandémie, le Centre antifraude du Canada a enregistré plus de 460 arnaques liées au coronavirus.

    CAPTURE D’ÉCRAN FOURNIE PAR LE CENTRE ANTIFRAUDE DU CANADA

    Depuis le début de la pandémie, le Centre antifraude du Canada a enregistré plus de 460 arnaques liées au coronavirus.

  • Depuis le début de la pandémie, le Centre antifraude du Canada a enregistré plus de 460 arnaques liées au coronavirus.

    CAPTURE D’ÉCRAN FOURNIE PAR LE CENTRE ANTIFRAUDE DU CANADA

    Depuis le début de la pandémie, le Centre antifraude du Canada a enregistré plus de 460 arnaques liées au coronavirus.

  • Depuis le début de la pandémie, le Centre antifraude du Canada a enregistré plus de 460 arnaques liées au coronavirus.

    CAPTURE D’ÉCRAN FOURNIE PAR LE CENTRE ANTIFRAUDE DU CANADA

    Depuis le début de la pandémie, le Centre antifraude du Canada a enregistré plus de 460 arnaques liées au coronavirus.

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Moins d’appels, plus de messages

« La principale tendance que l’on observe depuis le début de la crise, c’est qu’il y a moins de signalements d’escroquerie par téléphone, probablement en raison des nombreux pays dont les citoyens sont en confinement. En même temps, nous avons constaté qu’il y a une augmentation des fraudes par messages textes et courriels, tel l’hameçonnage », décrit M. Thomson.

L’une des fraudes les plus fréquentes depuis le début de la pandémie est l’envoi d’un message texte par lequel les fraudeurs demandent aux citoyens d’envoyer leurs données personnelles pour obtenir la prestation fédérale d’urgence de 2000 $ par mois.

« Presque toutes les fraudes que l’on voit aujourd’hui, ce sont des fraudes internationales. On a des fraudeurs dans un pays qui attaquent les citoyens d’un autre pays et les fonds sont ensuite envoyés dans un troisième pays. Parfois, par les technologies utilisées, on sait qu’il y a un quatrième et un cinquième pays impliqués, où l’on doit aller pour trouver des preuves. »

On ne sait pas si la fraude de l’aide canadienne provient d’ici ou d’un autre pays. Les numéros qui apparaissent sur les téléphones des victimes sont des numéros canadiens, mais on sait qu’ils peuvent pirater ces numéros, alors c’est difficile pour nous de dire d’où ces messages textes proviennent.

Jeffrey Thomson, analyste aux renseignements criminels de la Gendarmerie royale du Canada et patron de la division de la prévention au Centre antifraude du Canada

Une autre fraude populaire ces temps-ci consiste en une invitation à répondre à un sondage qui semble provenir d’une chaîne connue de pharmacies et grâce auquel, fait-on croire à la victime, on peut recevoir un masque gratuit.

« Les fraudeurs demandent aux gens de cliquer sur un lien pour recevoir un masque. Lorsque les gens cliquent, ils arrivent à un site web qui ressemble à s’y méprendre à celui de la pharmacie. Les fraudeurs demandent de payer des frais de livraison pour l’envoi du masque. La victime doit entrer son numéro de carte de crédit pour payer la livraison. Nous croyons que c’est une arnaque d’abonnement. C’est-à-dire que si la victime s’exécute, les fraudeurs vont appliquer des frais chaque mois sur sa carte », décrit M. Thomson.

Et le crime organisé ?

On peut penser que le crime organisé s’est tourné vers la fraude reliée à la COVID-19 depuis le début de la pandémie, pour compenser ses possibles pertes subies dans d’autres activités, mais le centre n’est pas en mesure de le confirmer pour le moment. 

« Certains groupes du crime organisé pourraient transférer certaines de leurs activités vers la fraude compte tenu que la situation offre des opportunités, mais c’est difficile pour nous de le savoir. Sa présence n’est pas visible », explique M. Thomson.

Jeffrey Thomson prévient par ailleurs que l’arnaque de remboursement de taxes ou d’impôts est encore très actuelle alors que la période des impôts a été prolongée en raison de la pandémie.

Le Centre antifraude reçoit des plaintes pour une quarantaine de types de fraude différents. 

Durant tout le mois de mars, il a reçu 6566 rapports de fraude, tous types confondus, dans tout le pays. Parmi ces fraudes, plus du tiers, soit 2317, ont fait des victimes qui ont déclaré avoir perdu au total 8,3 millions. 

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000 ou écrivez à drenaud@lapresse.ca.

Quoi faire pour éviter d’être victime de fraude

– En cas d’appel douteux, raccrochez

– En cas de message texte ou de courriel douteux, ne cliquez sur aucun lien

– Ne suivez pas les instructions

– N’entrez aucune information personnelle et bancaire

– Confirmez auprès des enseignes reconnues avant de répondre

– Ne réagissez pas à une demande urgente

– Parlez-en à vos amis ou à des proches avant de répondre

– Pensez aux informations que vous mettez en ligne

– Utilisez des mots de passe plus sécuritaires

– Dotez-vous de paramètres de sécurité et de confidentialité plus solides

– Signalez la fraude à votre corps de police

– Signalez la fraude au Centre antifraude du Canada

> Consultez le site du Centre antifraude du Canada

Les fraudes les plus fréquentes liées à la COVID-19

Les fraudes de marchandises

Les fraudeurs offrent des masques gratuits, des masques qui protègent de la COVID-19, des trousses de tests de dépistage de la COVID-19 ou une huile miracle qui protège du coronavirus. Les fraudeurs demandent le numéro de carte de crédit et les messages peuvent contenir des logiciels malveillants.

L’hameçonnage

Il s’en fait actuellement beaucoup. Les fraudeurs demandent à la victime de valider des informations liées à une demande de prestation d’assurance-emploi. Ils se font aussi passer pour une agence de santé publique ou une chaîne d’épicerie reconnue qui offre des points.

Dons et organismes de bienfaisance

Une victime a reçu un courriel de l’Organisation mondiale de la santé qui demandait de l’argent pour lutter contre la COVID-19. Le client pouvait effectuer un paiement par le truchement d’un portefeuille numérique sécurisé. Une autre victime a reçu un courriel d’une personne soi-disant atteinte de la COVID-19 demandant une aide financière pour être soignée.

Arnaques d’extorsion

Une victime a reçu un appel au sujet d’un colis intercepté. Le suspect a dit que le colis contenait des pilules servant à guérir la COVID-19, que celles-ci ont été envoyées en Chine en utilisant le nom de la victime, que c’était illégal et que pour ne pas avoir de problèmes juridiques, elle devait envoyer de l’argent. Une autre victime a reçu l’appel d’un homme disant qu’elle était infectée et lui demandant des informations personnelles.

Arnaques d’emploi

Des victimes ont reçu une offre d’emploi et en raison de la COVID-19, le travail se ferait en ligne. Elles devaient traiter des paiements et garderaient un pourcentage pour leur travail. Elles ont dû fournir des renseignements personnels et des informations bancaires avant de débuter le travail. Une victime a reçu de l’argent dans son compte et a retourné des fonds dans des comptes de cryptomonnaie.