Une préposée aux bénéficiaires qui travaillait dans un CHSLD montréalais durement touché par la COVID-19 est morte au cours des derniers jours après avoir contracté la maladie. Victoria Salvan considérait les résidants comme ses propres enfants, et elle a enchaîné les quarts de travail supplémentaires jusqu’à ce qu’elle soit infectée, ont confié ses proches.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

« Je veux qu’on se souvienne de son travail », a confié le fils de la dame, en entrevue avec La Presse samedi. Malgré son deuil, il se dit très fier de sa mère.

« Elle était très dévouée. Elle a pris plus d’heures supplémentaires jusqu’à la fin, à cause du manque de personnel. Pour elle, c’était une obligation de continuer », a-t-il raconté.

« Les résidants dont elle s’occupait, elle les considérait comme ses bébés. Et eux la considéraient comme une mère. Ses collègues de travail, c’étaient comme ses frères et sœurs », ajoute-t-il.

Victoria Salvan avait immigré des Philippines en 1986. Elle avait deux fils adultes et travaillait comme préposée aux bénéficiaires depuis plus de 25 ans. Elle était en poste au Centre de soins prolongés Grace Dart, rue Sainte-Catherine Est. Le centre héberge environ 250 personnes, dont une quarantaine ont contracté la COVID-19.

PHOTO FOURNIE PAR VALÉRIE VERRET

Victoria Salvan

La mère de famille a travaillé jusqu’au 11 avril. Dès qu’elle a commencé à faire de la fièvre, elle s’est placée en isolement à la maison. C’est là qu’elle a rendu l’âme, sans même avoir été hospitalisée, raconte son fils. Selon un message de la direction du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui chapeaute le Centre de soins prolongés Grace Dart, adressé à ses collègues, les antécédents médicaux de la travailleuse ont entraîné des complications lorsqu’elle a été infectée par le virus.

Répondre présent, avec courage

La section locale 2881 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les préposés aux bénéficiaires de l’établissement, a souligné « la vocation » de la travailleuse.

PHOTO PATRICK SANFACON, LA PRESSE

Un membre du personnel du CHSLD Grace Dart

« Dans les circonstances les plus difficiles, elle était dévouée aux résidants et leur sort lui tenait réellement à cœur. Ces derniers temps, elle a fait plusieurs quarts de travail supplémentaires pour combler les besoins essentiels », a déclaré Jonathan Deschamps, président du syndicat.

« Nos pensées sont avant tout avec sa famille et ses collègues et nous leur transmettons nos plus sincères condoléances », a-t-il ajouté.

Ça crée une onde de choc, peut-être une certaine crainte. Nos membres voyaient ça venir. Ça ne les a pas empêchés d’être au front chaque jour, de répondre présent, avec courage.

Jonathan Deschamps, président de la section locale 2881 du Syndicat canadien de la fonction publique

« Victoria était la maman de Grace Dart, elle apportait toujours quelque chose à partager. Elle cuisinait souvent pour ses collègues, prenait soin de nous et faisait son travail d’une main de maître, avec empathie et vigueur », a souligné Valérie Verret, une infirmière auxiliaire qui s’affairait sur le plancher samedi.

« Elle était à quelques mois de sa retraite et continuait malgré l’âge et la fatigue son travail pour le bien-être de ses deux fils. Ils étaient tous les deux bénévoles au Centre de soins prolongés Grace Dart. Deux jeunes garçons très bien élevés, intelligents, éduqués et gentils. Ils ont pu aller à l’université grâce à leur mère qui travaillait trois à quatre “doubles” par semaine. Des 16 heures ! Elle dormait même parfois au centre », a ajouté Mme Verret.

« Elle aura donné sa vie à Grace Dart… et elle en est morte », a conclu l’infirmière auxiliaire.

Fatigués, anxieux, tristes

La direction du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a précisé que tous les employés du centre seraient testés pour la COVID-19 lundi.

« Nous offrons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches », a déclaré la direction au sujet du décès de Victoria Salvan.

« Nous sommes conscients aussi qu’il s’agit d’un évènement difficile pour les collègues de travail et nous avons déployé des équipes pour les soutenir », a ajouté la direction. Le chef de psychiatrie du CIUSSS, le DGustavo Turecki, s’est rendu personnellement sur place pour rencontrer les équipes.

« Il semble que les mots ne suffisent pas pour décrire les défis de notre situation actuelle. Je sais que vous êtes fatigués. Je sais que vous êtes anxieux. Je sais que vous êtes tristes. Nous le sommes tous », a ajouté la PDG du CIUSSS, Lynne McVey.