Ils désinfectent les rampes d’accès, nettoient l’intérieur des stations de métro, conduisent les autobus, s’assurent du bon fonctionnement du réseau de transport en temps de crise. Pourtant, les employés de la STM ne peuvent avoir recours aux services de garderies prodigués aux travailleurs essentiels, et ce malgré les demandes.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« Nous avons relancé plusieurs fois le gouvernement pour bénéficier des garderies pour les travailleurs des services essentiels, mais malheureusement toutes nos démarches se sont avérées infructueuses », peut-on lire dans un communiqué destiné aux employés de la STM datant du 15 avril.

Certains employés continuent à se présenter au travail, mais se retrouvent dans des situations précaires en raison d’enjeux familiaux, indique-t-on. Les familles monoparentales sont particulièrement touchées.

Aucun employé de la STM, peu importe son secteur, n’a droit à ces services de garde pour le moment, selon Philippe Déry, porte-parole de la Société de transports de Montréal (STM).

Pourtant, une demande officielle a été faite au gouvernement. « Nous serions potentiellement dans les prochaines vagues de groupes d’employés à avoir droit à ce service », confirme M.  Déry.

À l’heure actuelle, ceux qui ont des obligations familiales en temps de crise vident leur banque de congés de maladie ou de vacances. Quand cette banque sera vidée, les travailleurs useront de la prestation canadienne d’urgence.

« L’élargissement progressif de l’accès aux services de garde est présentement analysé. Par contre, on ne peut dire pour le moment quand cela sera effectif. Le tout dépend entre autres des directives de la santé publique », explique Bryan St-Louis, relationniste au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur

Renforts demandés

En date du 17 avril, 40 travailleurs de la STM avaient contracté le virus, majoritairement des employés d’entretien et de l’exploitation.

Le taux d’absentéisme global - 8 % en temps normal - a plus que doublé. Il se situe aux alentours de 20 % actuellement.

Différents facteurs expliquent ce manque à combler : retrait préventif d’employés jugés vulnérables selon les critères de la santé publique, isolement volontaire suite à un voyage, contact potentiel avec une personne malade et garde d’enfants.

« Cette situation représente un défi pour notre organisation et nous travaillons sur différentes pistes de solutions », note M.  Déry.

Certains groupes d’employés, le personnel administratif par exemple, sont confinés à la maison. La direction de la STM souhaite les mobiliser pour des opérations d’entretien et de désinfection. Les modalités de cet engagement restent à définir. Il faudrait notamment fournir de l’équipement de protection à tous les travailleurs qui seront déployés.

La STM a également lancé un appel aux étudiants habituellement embauchés pendant l’été pour qu’ils viennent prêter main-forte.

Éviter l’achalandage

« On comprend que ces travailleurs ont été fortement déçus », assure Lucie Longchamps, vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). Le gouvernement aurait limité l’accès aux garderies au personnel du milieu de la santé pour éviter l’achalandage dans les garderies, qui rendrait la distanciation sociale difficile, explique-t-elle. Les pompiers, les policiers et les éboueurs peuvent également en bénéficier. « Ce n’est pas contre un titre d’emploi ou un autre, c’est une question de distanciation sociale dans les garderies », répète Mme Longchamps.

Pour respecter certaines normes de santé publique, le service est réservé au domaine de la santé. « On veut contenir la contagion […] Si on rend malades nos travailleuses, il n’y aura plus personne pour s’occuper des tout petits, je pense qu’il y a tous ces calculs-là. Ce n’est pas un choix illogique de la part du gouvernement. »

On ne fournit ni gants ni masques aux travailleuses dans les services de garde. On s’en remet aux lavages de mains réguliers et au nettoyage assidu.

Les salariés de la STM ne sont pas les seuls à faire face à ce problème. Les employés de la SQDC et de la SAQ ne sont pas inclus dans la liste des secteurs ayant droit à des services de garde d’urgence, tout comme ceux qui travaillent dans les épiceries.