(Ottawa) Le Canada et les États-Unis ont convenu de prolonger de 30 jours la fermeture de leur frontière commune. Mais les libéraux et les conservateurs, eux, n’ont toujours pas convenu d’une réouverture du parlement.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« C’est une décision importante qui va protéger les gens des deux côtés de la frontière », a fait valoir le premier ministre Justin Trudeau lors de sa conférence de presse quotidienne à Rideau Cottage, samedi.

Il a précisé que la circulation de biens essentiels, comme des médicaments ou des denrées alimentaires, se poursuivrait. « C’est les mêmes mécanismes », a-t-il dit au sujet de la mesure, qui sera donc en vigueur jusqu’au 21 mai prochain.

« On prévoit que les denrées essentielles, les fournitures médicales doi[vent] continuer à traverser notre frontière partagée, et c’est ce qu’on va continuer d’assurer », a spécifié le premier ministre.

Ottawa et Washington avaient convenu le 21 mars dernier d’interdire les déplacements non essentiels. Ces derniers jours, Justin Trudeau avait signalé clairement qu’il n’était pas favorable à une réouverture, alors que Donald Trump avait évoqué un relâchement prochain.

Le gouvernement Trudeau n’est toutefois pas parvenu à trouver une façon d’exempter le Canada du décret protectionniste de Donald Trump concernant l’approvisionnement en équipement médical de protection comme les masques N95.

Interrogé à ce sujet, le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, a argué que « d’autres discussions importantes pour la continuation de la relation d’approvisionnement » se poursuivent et vont « continuer à demander beaucoup d’attention et de travail ».

« C’est une relation qui va continuer d’être testée au cours des prochaines semaines, et « on va continuer à devoir être vigilants pour s’assurer que cette relation, qui est bonne présentement, continue d’être bonne », a-t-il exposé.

Au début du mois d’avril, dans un contexte où tous les pays du monde s’arrachaient les masques N95, la compagnie 3M s’était rebellée contre l’ordre de la Maison-Blanche. Les exportations de masques vers le Canada avaient finalement repris après une interruption de quelques jours.

Vers une entente sur la reprise des travaux?

Les âpres négociations entourant la poursuite des travaux n’avaient toujours pas abouti, samedi, alors qu’en théorie, en l’absence d’un consensus entre partis, la suspension temporaire des travaux prend fin lundi prochain.

Mais le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, a toutefois annoncé samedi sur son compte Twitter qu’il avait présenté aux partis d’opposition une proposition «responsable», qui «respecte les conseils de la santé publique et permet aux députés de demander des comptes au gouvernement».

En vertu de celle-ci, 32 des 338 députés siègeraient aux Communes une fois par semaine, le mercredi, pendant cinq heures, incluant une période de questions d’une durée de 2 h 15. L’exercice se ferait en présence du premier ministre Justin Trudeau. Les travaux du mardi seraient virtuels; pendant une heure et demie, tous les députés et ministres pourraient échanger.

Les conservateurs étaient réunis en caucus pour étudier l’offre, samedi après-midi.

Le premier ministre a réitéré que de revoir la colline fourmiller de députés serait malavisé.

« La réalité, c’est que lundi matin, 338 députés et leur équipe sont censés être à Ottawa pour que le Parlement siège à nouveau. Évidemment, ce ne serait pas une bonne idée dans le contexte actuel, a-t-il lancé. Ce serait une erreur.»

Alors que ces pourparlers achoppaient déjà entre les libéraux et les conservateurs, qui n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente sur la façon dont le Parlement doit fonctionner en ce contexte de pandémie, les verts ont jeté un pavé dans la mare, samedi.

Car au Parti vert, on considère que les « deux options sont inacceptables », et on n’appuiera ainsi « aucune proposition visant à introduire des séances régulières à la Chambre des communes pendant la pandémie de COVID-19 », a-t-on signalé par voie de communiqué.

« Il n’est pas raisonnable que la Chambre des communes organise des réunions en personne sauf si nous devons adopter une loi pour aider les Canadiens, » a déclaré la chef parlementaire du parti, Elizabeth May.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La chef parlementaire du Parti vert, Elizabeth May, et la leader par intérim de la formation, Jo-Ann Roberts

La leader sortante s’est vigoureusement attaquée au chef intérimaire conservateur.

« Andrew Scheer est peut-être prêt à faire passer son désir de couverture médiatique avant la santé publique, mais je pense que les Canadiens attendent un meilleur exemple de la part de leurs représentants élus », a-t-elle fait valoir.

En coulisses, chez les libéraux, on a cherché à minimiser la dissidence verte. « On va finir par s’entendre. On est d’accord sur le principe », a chuchoté un stratège à La Presse.

Dans les rangs conservateurs, on accuse les libéraux de vouloir se défiler, Andrew Scheer plaidant que « maintenant plus que jamais », le Parlement est « un service essentiel », et en reprochant au gouvernement de vouloir « le fermer ».

Chez les bloquistes, peu importe ce qu’il adviendra, on enverra trois députés à Ottawa, point. « Personne n’envisage une élection en pleine pandémie. Par respect pour les règles et la santé des Québécois, le Bloc québécois n’y enverrait cette fois aussi que 3 élus. Pas - . Pas +. », a écrit le chef, Yves-François Blanchet, sur Twitter.

Depuis que les travaux ont été interrompus, le 13 mars dernier, le Parlement a été rappelé d’urgence deux fois pour adopter des projets de loi de soutien économique. Mais lors de ses séances, les banquettes étaient clairsemées, chaque formation y envoyant une quantité réduite de représentants (14 libéraux, 11 conservateurs, trois bloquistes, trois néo-démocrates et un vert).

Aide aux communautés autochtones

Le premier ministre a par ailleurs annoncé samedi que le gouvernement fédéral allait verser 306 millions de dollars en aide pour les entreprises autochtones, afin de leur permettre d’obtenir un prêt sans intérêt à court terme ainsi que des contributions non remboursables.

Ces fonds permettront aux entreprises d’obtenir des prêts à court terme sans intérêt et des contributions non remboursables d’institutions financières autochtones qui offrent des services de financement et de soutien aux entreprises des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

Ces mesures aideront 6000 entreprises appartenant à des Autochtones à traverser cette période difficile, selon un communiqué gouvernemental.