La direction du CHSLD de Sainte-Dorothée, l’un des pires sites d’éclosion de COVID-19 au Québec, a tardé à mettre en place certaines mesures « essentielles » visant à prévenir la propagation du virus même après l’apparition de la maladie dans l’établissement, tranche la CNESST dans un rapport obtenu par La Presse.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Parallèlement, le Centre intégré de santé et de services sociaux de Laval, qui chapeaute l’établissement, a confirmé hier la mort de 32 résidants.

Un inspecteur de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est intervenu dans la semaine du 6 avril dans ce CHSLD de Laval à la demande des syndicats du personnel médical, inquiets de mesures jugées « inadéquates » et d’un haut risque d’infection.

Le rapport de la CNESST, daté du 12 avril, relève plusieurs lacunes.

Il confirme notamment que « certains travailleurs présentant des symptômes compatibles avec le COVID-19 ont continué à travailler », comme le révélait La Presse le 8 avril

L’inspecteur Azzedine Kabbes note aussi que du personnel soignant a continué à se déplacer d’une unité à l’autre et d’un établissement à l’autre pendant l’éclosion de coronavirus, qui a contaminé à ce jour 120 résidants de l’endroit et une cinquantaine d’employés. 

Des infirmières ont quant à elles dû réaliser certaines interventions médicales précises comportant un grand risque de contagion sans avoir accès à un masque N95. Ce dernier assure un plus haut degré de protection que le masque dit « d’intervention », que portent généralement les employés. 

La CNESST note finalement des problèmes dans la formation et dans la transmission d’informations à certains employés concernant les équipements de protection individuelle et les mesures de prévention et de protection.

« Ces situations devaient être éliminées au moins dès l’éclosion de la maladie, conformément aux recommandations de l’Institut national de santé publique du Québec », écrit l’inspecteur, qui indique que la situation est maintenant résolue au CHSLD de Sainte-Dorothée.

« Compte tenu des mesures mises en place par la suite, incluant celles ajoutées lors de l’intervention, j’estime que les situations […] relevées sont maintenant corrigées », lit-on.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Un inspecteur de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est intervenu dans la semaine du 6 avril au CHSLD de Sainte-Dorothée à la demande des syndicats du personnel médical, inquiets de mesures jugées « inadéquates » et d’un haut risque d’infection.

Dans le cadre de la même intervention, les syndicats représentant les infirmières, les préposés aux bénéficiaires et les employés de soutien demandaient que tout le personnel soit équipé de masques N95. La CNESST, citant les recommandations de la Santé publique, estime que cela n’est pas justifié.

« La situation évolue très rapidement »

Invité à commenter les conclusions du rapport, le CISSS de Laval a expliqué que les façons de faire avaient évolué depuis le début de la crise.

« Avant le 2 avril, les priorités de dépistage étaient différentes. On ne soupçonnait donc pas nécessairement une personne infectée à la COVID si elle présentait peu de symptômes. À partir du 2 avril, on a élargi ces priorités. Même qu’au CISSS de Laval, on a envoyé une personne à la porte de chaque établissement pour constater l’état de santé de nos employés. La situation que l’on vit actuellement évolue très rapidement et les priorités, directives et procédures peuvent aussi changer rapidement. »

Au chapitre de l’équipement, la porte-parole Judith Goudreau poursuit : « Le CISSS s’assure de faire le suivi des équipements de protection. Il y en aura suffisamment pour chaque employé qui devra en porter. Deux livraisons par jour sont assurées pour l’instant. »

Le syndicat SIIIAL-CSQ, qui représente les infirmières et les infirmières auxiliaires, a demandé que les correctifs apportés à Sainte-Dorothée le soient également dans les autres CHSLD lavallois. « On a demandé que ce soit la même chose sur les autres sites, mais pour le moment, l’employeur n’a pas voulu s’engager », affirme Déreck Cyr, vice-président du syndicat. Déjà, deux de ses membres qui avaient été réaffectées de l’hôpital vers le CHSLD ont été déclarées positives à la COVID-19. Elles n’étaient pas malades au moment du transfert.

Au total, 277 employés du CISSS de Laval ont contracté le virus. On ignore dans quelles proportions les infections se sont produites au travail ou dans la collectivité.