(Ottawa) Le fédéral planche sur un plan d’assistance afin d’épauler les travailleurs de la santé du Québec après avoir reçu une demande du gouvernement Legault, a annoncé jeudi Justin Trudeau.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« [Mercredi] soir, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a reçu une demande d’aide officielle du gouvernement du Québec pour prêter main-forte aux travailleurs de la santé » a affirmé le premier ministre en conférence de presse à Rideau Cottage, jeudi.

« Nous travaillons de près avec Québec pour finaliser un plan d’assistance et nous aurons plus de nouvelles à vous partager bientôt. Mais je peux vous dire que nous allons leur donner toute l’aide possible, y compris avec la Croix-Rouge canadienne, les Forces armées canadiennes et les bénévoles spécialisés qui se sont inscrits auprès de Santé Canada », a-t-il enchaîné.

Le fédéral étudie actuellement la requête, car celle-ci se distingue des demandes d'intervention « habituelles », selon ce qu'a souligné Justin Trudeau. « C'est un peu différent de ce qu'on demande souvent aux Forces armées de faire », a-t-il noté, ajoutant que le nombre de médecins au sein des rangs de l'armée était limité.

« Nos Forces armées ont des médecins, mais n'en ont pas tant que ça, et on est en train de regarder comment on va pouvoir aider à ce niveau-là. [...] Quand vient le temps d'aider avec des inondations, les Forces armées sont formées pour aider. [...] Ça, c'est une situation nouvelle », a expliqué le premier ministre.

À l'Assemblée nationale, son homologue François Legault a signifié qu'il avait demandé au fédéral de déployer du personnel militaire détenant une formation médicale. « On n'aura pas 1000 personnes qui vont nous arriver [...] On va peut-être en avoir 60, une centaine. Mais on ne refuse personne », a-t-il fait valoir.

Et si on privilégie ces troupes en particulier, c'est parce qu'on compte les dépêcher là où les besoins sont les plus criants : les centres de soins pour aînés, et qu'« on ne veut pas envoyer dans les CHSLD des gens qui n'ont pas de formation médicale », a argué le premier ministre du Québec.

Aide aux entreprises élargie

Un jour après avoir annoncé un élargissement de la prestation canadienne d’urgence (PCU), le premier ministre Trudeau a par ailleurs annoncé un assouplissement des critères d’admissibilité au Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes.

« Maintenant, les entreprises ayant dépensé entre 20 000 $ et 1,5 million de dollars en masse salariale en 2019 pourront présenter une demande pour obtenir un prêt garanti », a-t-il souligné au micro.

Le Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes est un programme qui offre 25 milliards de dollars aux institutions financières admissibles afin qu’elles accordent aux PME des prêts sans intérêts pouvant s’élever à 40 000 $. Les entreprises qui rembourseront leur emprunt d’ici le 31 décembre 2022 auront une remise de 25 % jusqu’à concurrence de 10 000 $.

Auparavant, les entreprises devaient démontrer qu’elles avaient payé entre 50 000 $ et 1 million de dollars en masse salariale totale en 2019. Et déjà, le gouvernement a approuvé plus de 195 000 prêts, ce qui représente plus de 7,5 milliards de dollars en crédit pour les petites et moyennes entreprises, a spécifié Justin Trudeau.

Aide pour le loyer commercial

Le gouvernement a aussi concocté un autre programme de soutien financier : l’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial. « Cette mesure va fournir du soutien pour aider les petites entreprises avec leur loyer pour les mois d’avril, mai et juin », a exposé le premier ministre.

« Pour mettre en place ce programme, on doit collaborer avec les provinces et les territoires puisqu’ils sont responsables de gérer tout ce qui a trait au loyer et on espère avoir plus de détails bientôt », a-t-il expliqué.

Frontière : « encore bien des semaines »

Le président américain a causé la surprise, mercredi, en évoquant la réouverture de la frontière canado-américaine.

Les déplacements non essentiels entre les deux pays sont interdits au moins jusqu’au 21 avril prochain, et jusqu’à nouvel ordre.

L’entente entre Washington et Ottawa doit faire l’objet d’une révision avant une prolongation, mais selon ce qu’a suggéré Justin Trudeau, on est encore loin de rouvrir les vannes.

« Nous allons continuer de coordonner, de collaborer, mais la réalité, c'est qu'il faudra encore bien des semaines avant qu'on puisse parler de relâcher les restrictions par rapport à nos frontières », a-t-il insisté jeudi.

Sa vice-première ministre, Chrystia Freeland, a abondé dans le même sens : le Canada estime que « la bonne chose à faire serait de prolonger l'entente » conjointe, qui prévoit l'interdiction des déplacements non essentiels.

Et ultimement, « les décisions sur les frontières du Canada sont prises par les Canadiens, point final », a-t-elle tranché en conférence de presse, précisant que des négociations sont en cours entre les deux pays depuis quelques jours.

Le G7 et l’OMS

Avant de se présenter au lutrin, le premier ministre s’est entretenu avec ses homologues du G7 par visioconférence.

Il a notamment été question de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’agence sanitaire onusienne à laquelle le président américain Donald Trump a coupé les vivres.

Le locataire de la Maison-Blanche a justifié ce geste en reprochant à l’OMS une trop grande proximité avec la Chine, où la COVID-19 a d’abord fait son apparition, en décembre dernier.