J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous aujourd’hui. Elles concernent le rythme de propagation de la pandémie au Québec et l’atteinte du fameux pic.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Mardi de la semaine dernière, le 7 avril, le gouvernement a présenté ses scénarios d’évolution de la COVID-19, comparant le Québec à trois autres pays. La situation au Québec se rapprochait alors bien davantage du scénario optimiste, illustré par les cas de l’Allemagne et du Portugal, que du scénario pessimiste, en l’occurrence le fiasco italien.

Or, une semaine plus tard, le Québec suit une courbe nettement moins avantageuse qu’on pouvait le prévoir. À tel point que notre situation, sans approcher le modèle italien, ressemblerait davantage au mauvais élève américain, loin du paradis allemand.

Pour illustrer la situation, j’ai eu recours aux données du site Our World in Data, produit par des chercheurs associés à l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni. L’organisme recense les données officielles de la plupart des pays.

Le meilleur indicateur de l’évolution du damné virus semble être le nombre de morts quotidiens. Depuis deux semaines, c’est ce chiffre qu’utilisent les médias pour démontrer la nette embellie en Italie. J’ai ramené ces décès quotidiens par million d’habitants, afin de rendre les pays comparables entre eux.

Au tournant du mois d’avril, donc, le Québec enregistrait en moyenne près de 2 morts par million d’habitants chaque jour. Ce taux a franchi les 4 morts le 11 avril, et aujourd’hui, nous sommes à plus de 6 morts par jour par million d’habitants, en moyenne. Visiblement, le rythme s’est accéléré avec l’explosion du nombre de cas dans les CHSLD et les résidences pour aînés.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, et François Legault, premier ministre, au cours d'un des points de presse quotidiens du gouvernement du Québec la semaine dernière

La mortalité au Portugal et en Allemagne est tout autre. En mesurant l’évolution de la situation 28 jours après leurs premiers décès, comme au Québec actuellement, le taux avoisinait plutôt les 3 décès quotidiens par million d’habitants, deux fois moins qu’au Québec.

L’Italie était, après 28 jours de ses premiers décès, à 11 morts par million d’habitants, selon les chiffres officiels. Le Canada sans le Québec ? Un seul mort quotidien par million d’habitants.

J’ai comparé le Québec à une douzaine de pays pour finalement constater que notre courbe des décès est pratiquement semblable à celle des Américains, que bien des observateurs ont fustigés pour leur lenteur à réagir.

Depuis une semaine, le premier ministre, François Legault, et le directeur de santé publique, Horacio Arruda, répètent que la situation s’améliore, que le plateau de la courbe est en voie d’être atteint, notamment au regard du nombre quotidien d’hospitalisations et de patients transférés vers les soins intensifs. D’ailleurs, le mercredi 15 avril, le nombre cumulatif de personnes aux soins intensifs reculait. Il faudra voir si la tendance se maintient.

Sur la base de ces observations, les autorités entrevoient le pic prochainement et le gouvernement a commencé à entreprendre le déconfinement. Il a même évoqué la réouverture prochaine des écoles, ce que l’Allemagne vient d’ailleurs d’annoncer pour le 3 mai.

Cependant, à voir le nombre de décès qui continue de grossir, il faut se demander si la peau de l’ours n’aurait pas été vendue avant que la bête ne soit achevée.

D’autant plus que la situation est encore loin d’être maîtrisée dans les CHSLD et les résidences pour aînés. Le mardi 14 avril, le gouvernement a annoncé que 75 décès avaient été constatés la veille au Québec, un sommet.

« La courbe a été aplatie, ç’a marché. La situation aurait été pire sans confinement », a dit M. Arruda le 14 avril. Selon lui, le recensement du nombre de décès liés à la COVID-19 est sous-estimé ailleurs dans le monde, notamment en Ontario. Des décès surviennent sans qu’on les lie au coronavirus, faute d’avoir bien vérifié, explique-t-il.

À ce sujet, François Legault a ajouté que « le Québec a toujours eu la réputation d’être plus méticuleux, d’être plus catholique que le pape ».

Peut-être. Est-il bon de faire remarquer, tout de même, que le Québec et l’Ontario comptent à peu près le même nombre de personnes aux soins intensifs (218 et 261), plus à risque de mourir, alors que l’Ontario a une population 75 % plus nombreuse ?

La bonne nouvelle maintenant. Dans ses scénarios de la semaine dernière, le gouvernement du Québec entrevoyait l’atteinte du pic vers le 18 avril, soit samedi prochain. Pour ma part, j’avais estimé, la veille de la présentation des scénarios, que ce serait quelques jours après le 19 avril, possiblement.

Lisez « Ma boule de cristal à propos du sommet »

Or, toujours sur la base du nombre de décès quotidiens par million d’habitants, on peut constater que le pic est souvent atteint entre le 26e et le 35e jour suivant les premiers décès dans divers pays occidentaux. Comme le Québec en est au 28e jour, la courbe pourrait effectivement commencer à descendre avant longtemps.

Selon moi, le moment surviendra au cours de la semaine prochaine, mais encore faut-il, soyons insistants, qu’on parvienne à soulager les problèmes des centres pour personnes âgées.