La Société de transport de Montréal (STM) compte maintenant 34 employés atteints de la COVID-19, dont 14 chauffeurs d’autobus. Pour les chauffeurs, c’est une augmentation de 10 cas confirmés en 10 jours, et leur syndicat s’impatiente.

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

Le syndicat des chauffeurs d’autobus de la STM a publié mardi une publicité, qui est aussi diffusée sous forme d’affiche, invitant les usagers des transports en commun à porter leur « masque maison » avant de monter dans un autobus ou de prendre le métro, pour leur propre protection et celle des autres.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LA SCFP

« À vos masques, prêts, montez », dit cette publicité, qui affirme que « se tenir à moins de deux mètres d’une autre personne met des vies en danger », et qui suggère « d’utiliser le transport en commun uniquement si c’est essentiel ».

En entrevue avec La Presse, le président du syndicat des chauffeurs d’autobus de la STM, Renato Carlone, a déploré l’inaction de la société, qui rechigne à limiter le nombre de passagers à 15 par autobus, comme le fait déjà le Réseau de transport de Longueuil depuis une semaine.

« Notre affiche, ce n’est pas un message syndical, a plaidé M. Carlone. C’est une question d’ordre social et de santé, et je ne comprends pas que personne ne parle que, dans les transports collectifs, présentement, on trouve ça encore acceptable d’avoir 30, 40 ou même 50 passagers dans un autobus. À la STM, on nous dit : “Vous avez juste à appuyer sur un bouton, demain, ça ne se reproduira pas.” C’est vrai. Sauf que pour ce voyage-là, le mal est fait. »

En réplique, le directeur général de la STM, Luc Tremblay, a déploré mardi que le syndicat se mêle de « faire des avis de santé publique » et a réitéré que la STM « ne laissera pas des gens sur le trottoir ».

« Actuellement, affirme le directeur général, on réalise environ 17 000 voyages de bus par jour, et sur 95 % de ces voyages, il y a moins de 15 personnes. Et la moyenne des passagers par voyage, c’est huit ou neuf personnes. »

15 circuits problématiques

Des 223 circuits de bus de la STM, ajoute M. Tremblay, une quinzaine seulement sont problématiques en matière de surcharge, en ces temps de distanciation sociale. « On envoie des renforts ou on corrige le tir. Je comprends l’inquiétude des chauffeurs, c’est tout un travail qu’ils font au quotidien. »

« Mais laisser entendre que la STM est la seule à admettre plus de 15 passagers par bus, c’est faux, proteste-t-il. Il y a seulement Longueuil qui a imposé une telle limite, mais on ne parle pas du même volume de charge. »

Le président du syndicat des chauffeurs de la STM reconnaît que les cas où des autobus sont surchargés se corrigent en raison des ajustements de service quotidiens de la STM, « mais des chauffeurs continuent quand même de nous en signaler tous les jours », dit M. Carlone.

Se tenir à au moins deux mètres les uns des autres, c’est le moyen pour éviter la propagation du virus. Alors si on ne veut pas limiter le nombre des passagers à 15 à bord des autobus, au moins, on peut porter un masque pour se protéger entre nous.

Renato Carlone, du syndicat des chauffeurs d’autobus de la STM

« Quand je parle de nous, je ne parle pas juste du chauffeur, mais de tout le monde », poursuit-il.

Pour le directeur général de la STM, la suggestion du syndicat est « prématurée », et devrait provenir exclusivement des autorités de santé publique. Il reconnaît toutefois « des inquiétudes » quant à la manière dont les choses vont se passer quand le rythme des activités reprendra graduellement, dans les semaines qui viennent, et que le métro et les bus se rempliront à nouveau.

« On déplace présentement environ 10 % de la clientèle quotidienne normale tout en assurant 80 % des services réguliers, explique M. Tremblay. Dans 95 % des cas, nos voyages actuels ont moins de 15 passagers. Mais qu’est-ce qui arrive quand on double cet achalandage-là – juste à 20 % de notre achalandage normal ? On va avoir pas mal plus que 5 % des voyages avec trop de passagers pour respecter la distanciation sociale de deux mètres. »

Trois semaines

Mardi après-midi, la STM a annoncé qu’elle avait « pris les devants » en organisant des rencontres avec des gens du monde des affaires et de la Santé publique pour tenter de voir comment on pourra assurer la santé des usagers et des employés des réseaux de transport, en accommodant une clientèle de huit à dix fois plus importante que celle qui fréquente actuellement les autobus et le métro.

Selon un communiqué diffusé mardi, la STM explore « de concert avec les autorités de santé publique de Montréal » des manières d’assurer la sécurité des clients et du personnel, ainsi que l’établissement « des règles d’hygiène prenant en considération la réalité propre au transport collectif ».

« La reprise graduelle de l’activité économique, lit-on, présentera inévitablement des défis importants pour respecter la distanciation physique dans nos réseaux. La STM est très consciente qu’il sera difficile de le faire et particulièrement aux heures de pointe, même avec un retour à une offre de service complète. »

« À la STM, dit le directeur général, nous ne sommes pas des médecins, nous sommes des opérateurs de réseaux de transport. Et ce que les médecins nous disent, c’est qu’à Montréal, ils n’entrevoient pas un déconfinement de la population avant les trois prochaines semaines. »

« Cela nous laisse trois semaines, conclut-il, pour lancer nos discussions avec la Santé publique et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour trouver des solutions concrètes » à l’entassement des futures heures de pointe, inconciliable avec les mesures de distanciation sociale.