(Montréal) La Commission des droits de la personne estime que la répression contre les personnes en situation d’itinérance pour faire appliquer les consignes de confinement de la santé publique est discriminatoire.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

La Presse canadienne révélait samedi que plusieurs contraventions de 1546 $ ont été distribuées à des jeunes de la rue pour avoir contrevenu aux consignes de prévention pour lutter contre l’épidémie de la COVID-19. Ces jeunes, qui n’ont pas de domicile où se placer en confinement, se seraient regroupés près d’une station de métro.

Mercredi matin, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a dit s’inquiéter face à ces pratiques. Elle estime que l’interdiction de rassemblement a un « impact discriminatoire » sur la population en situation d’itinérance.

La CDPDJ « demande aux services de police de tenir compte de la situation de ces personnes lorsqu’ils appliquent les mesures d’exception liées à la crise actuelle », peut-on lire dans le communiqué.

Dans une citation attribuée au président de la commission, Philippe-André Tessier, celui-ci demande aux policiers de prendre en considération « l’impact disproportionné de l’application de ces mesures sur des personnes déjà vulnérables ».

« Les personnes en situation d’itinérance ne peuvent pas s’isoler dans leur domicile puisqu’elles n’en ont pas », observe-t-il.

La CDPDJ souligne par ailleurs que « le profilage discriminatoire demeure interdit même lorsque des mesures d’urgence sanitaire et d’urgence civile sont en place ».

Ce qui veut dire que l’on ne peut pas porter atteinte au droit à l’égalité. « Le profilage social inclut entre autres toute action de personnes en situation d’autorité qui appliquent une mesure, de façon disproportionnée sur des segments de la population », précise la commission.

Valérie Plante réagit

Interpellée lors de sa conférence de presse, mercredi, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a affirmé que le constat d’infraction « ce n’est jamais ce qui est souhaité en premier par un agent de la paix ».

Elle soutient toutefois que le travail du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’est pas seulement de faire respecter les règlements, mais aussi de « s’assurer que personne ne se sente menacé » sur le territoire de Montréal.

Valérie Plante admet qu’il est difficile de trouver toute la main-d’œuvre qualifiée pour bonifier les équipes de travailleurs de rue qui sont sur le terrain pour intervenir et aider la population en situation d’itinérance.

Elle souligne également que toutes les mesures mises en place par l’administration municipale, soit des refuges d’urgence, des centres de jour dans des parcs et des haltes chaleur sont « autant de manières de soutenir cette population-là qui est déjà marginalisée et vulnérable ».

Appel à la compassion

Le commissaire aux personnes en situation d’itinérance à Montréal, Serge Lareault, appelle les agents du SPVM à « être en mode compassion ».

« Toute la vie des personnes en situation d’itinérance est bouleversée », mentionne-t-il.

Serge Lareault explique qu’ils ont perdu d’un seul coup les quelques dollars qu’ils recevaient de dons des passants ; l’aide discrète de nombreux commerçants en nourriture ou accès aux toilettes ; ainsi que le soutien crucial de ressources forcées à fermer leurs portes pour respecter les consignes de la santé publique.

« Tout ça a disparu en même temps et ça a créé une grande détresse humaine », décrit celui qui plaide pour une plus grande compassion et un meilleur discernement face à ces gens vulnérables.

De l’avis de la directrice générale du Refuge des jeunes de Montréal, France Labelle, le travail des policiers est évidemment essentiel, mais donner des contraventions de 1546 $ à des gens de la rue est « tout simplement contre-productif ».

« Ce n’est pas plus de judiciarisation qui va éloigner (les jeunes) », a-t-elle dénoncé au cours du week-end.