Ils étaient sur le point de terminer leur formation lorsque la COVID-19 a fait dérailler leurs plans.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

De futurs professionnels de la santé piaffent d’impatience et veulent monter au front, alors que le système de santé craint d’être submergé par le coronavirus.

« Ce serait idéal qu’on aille prêter main-forte », a dit Coralie Bienvenue, une étudiante de l’Estrie qui devait devenir infirmière ce printemps, en entrevue avec La Presse. « Ça ne me fait pas peur. Le système de santé a un bon système de protection. […] Le taux de complications pour les jeunes de notre âge, il n’est pas si mal. »

Comme ses collègues, Coralie Bienvenue a été retirée de son stage final (à raison de quatre jours par semaine) lorsque les cégeps et les universités ont interrompu leur session, il y a trois semaines. Depuis, la plupart des établissements d’enseignement postsecondaire ont repris leurs cours théoriques à distance, mais stages et autres activités pratiques ont été annulés jusqu’à nouvel ordre.

Stéphanie Rufiange devait terminer en mai son baccalauréat en sciences infirmières. Ses cours se poursuivent à distance, mais son stage final a lui aussi été interrompu en plein vol.

« Même avant la crise de la COVID-19, les infirmières avaient une grosse charge de travail et étaient vulnérables à l’épuisement », a-t-elle expliqué.

Personnellement, ça me pousse à vouloir aider, à vouloir donner un coup de main à ces gens qui donnent tout leur temps pour cette crise.

Stéphanie Rufiange, étudiante en sciences infirmières

Mme Rufiange croit que les élèves en fin d’études dans sa situation pourraient appuyer le travail de leurs consœurs sur les étages, auprès de patients dont l’état est plus stable, afin de libérer du personnel expérimenté pour traiter les malades infectés par le coronavirus. « Elles ont plus le bagage pour intervenir dans les cas de COVID-19, a-t-elle dit. On pourrait être utiles sur les autres étages. »

La cohorte de Mme Rufiange est réunie dans un groupe Facebook et discute de la situation au jour le jour. « Les gens veulent aider », rapporte-t-elle.

« Ça fait trois ans qu’on se prépare pour ça »

Les futurs ambulanciers du cégep de Sainte-Foy, à Québec, trépignent aussi d’impatience.

Isabelle Brousseau et Jérémie Laurier, tous deux en fin d’études, voudraient aider le plus rapidement possible.

« Ça nous permettrait de faire quelque chose et d’aider. C’est ce qui nous attire dans ce métier-là : aider. Et on est disponibles », a expliqué M. Laurier. « On aimerait ça, pouvoir mettre la main à la pâte. »

M. Laurier dit ne pas craindre particulièrement de travailler dans le contexte actuel.

Il y a toujours des risques dans ce métier-là. Aussitôt qu’on travaille avec des gens contagieux, il y a un risque. C’est simplement que cette fois, c’est à plus grande échelle.

Jérémie Laurier, futur ambulancier

La suspension des stages, « ça n’a pas fait l’unanimité » dans la cohorte au moment de l’annonce, mais les étudiants ont rapidement compris que l’heure n’était plus à l’enseignement, a affirmé Isabelle Brousseau, une camarade de classe de Jérémie Laurier.

Maintenant que le choc est encaissé, la jeune femme dit avoir hâte de pouvoir revêtir à nouveau son uniforme et de monter dans une ambulance. « Ça me tente beaucoup. Ça fait trois ans qu’on se prépare pour ça », a-t-elle confié. En attendant, elle tente de se maintenir en forme et de rester informée de l’évolution de la pandémie.

PHOTO FOURNIE PAR ISABELLE BROUSSEAU

Isabelle Brousseau, future ambulancière

Les futurs paramédicaux sont peut-être plus près de pouvoir sauter dans la mêlée que les élèves qui étudient pour devenir infirmières.

La Direction médicale nationale des services préhospitaliers d’urgence, le service gouvernemental qui chapeaute tous les ambulanciers de la province, a annoncé le 27 mars qu’elle accordait « de façon exceptionnelle » un statut temporaire « pandémie » aux finissants. Il leur permettra de prêter main-forte au réseau en cas de surcharge de travail.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, quant à lui, dit avoir les mains liées quant au travail des étudiantes – même finissantes – qui n’ont pas encore reçu leur diplôme. Des aménagements ont toutefois été prévus pour celles qui ont terminé leurs études, mais attendaient de passer l’examen d’entrée dans la profession.

« Tu te jettes dans la gueule du loup »

Isabelle Lafontaine-Trudel ne s’apprête pas à finir ses études. Mais l’étudiante en médecine au campus mauricien de l’Université de Montréal était infirmière clinicienne avant d’entamer cette seconde formation, puis elle a fait du travail occasionnel dans le réseau pendant qu’elle étudiait. Son retour sur le front était donc plus facile.

PHOTO FOURNIE PAR ISABELLE LAFONTAINE-TRUDEL

Isabelle Lafontaine-Trudel, étudiante en médecine

« Je suis maintenant agente administrative [aux urgences] et j’ai repayé mon permis de l’Ordre des infirmières en prévision d’un retour comme infirmière », a-t-elle expliqué à La Presse. Dès qu’elle s’est montrée disponible pour faire des quarts de travail à l’hôpital de Trois-Rivières, qui accueille des malades de la COVID-19, elle a tout de suite été rappelée par le réseau.

J’ai l’impression d’apporter ma contribution. C’est sûr que ça fait un peu peur parfois, c’est une pandémie, tout le monde craint d’attraper la maladie, et toi, tu te jettes dans la gueule du loup. Mais c’est vraiment valorisant. On a l’impression de faire quelque chose, surtout que sinon, on est pris à la maison.

Isabelle Lafontaine-Trudel, étudiante en médecine

Aghiles Abbad, étudiant en médecine à l’Université de Sherbrooke, avait trouvé une autre façon de contribuer à l’effort de lutte contre le coronavirus : peu après que son stage en milieu hospitalier eut été interrompu, il a été recruté par la Santé publique en Estrie pour participer aux enquêtes épidémiologiques.

PHOTO FOURNIE PAR AGHILES ABBAD

Aghiles Abbad, étudiant en médecine à l’Université de Sherbrooke

Le jeune homme appelait les personnes qui avaient été en contact avec des cas confirmés de COVID-19 pour les avertir et leur demander de s’isoler… jusqu’au jour où le virus a débarqué dans les bureaux de l’organisation. En tout, une quarantaine de travailleurs ont été infectés, ce qui a entraîné la fermeture des bureaux et le déplacement des équipes.

Face à l’éclosion, « ils ont décidé de nous retirer. Dans mon cas, ça a duré à peu près une semaine », a expliqué l’étudiant en médecine.

Depuis, M. Abbad cherche une nouvelle façon de se rendre utile. « On a la capacité d’aider, de lutter contre la crise », a-t-il expliqué en entrevue téléphonique. « À la place de faire du surplace… »