Ils étaient dans les hôpitaux pour apprendre leur profession, mais ont dû les quitter quand le coronavirus a frappé le Québec. À défaut de pouvoir travailler en milieu hospitalier, un groupe de futurs médecins de l’Université McGill a entrepris de nourrir ceux qui sont au front.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

C’était le 16 mars dernier, une éternité, dirait-on. « Nos externats ont été annulés, nous avons été retirés des hôpitaux », dit Anthony Thorburn, étudiant en troisième année de médecine à l’Université McGill.

Avec six collègues de classe, l’idée de faire une collecte de fonds pour fournir des repas à ceux qui travaillent dans les hôpitaux a germé.

« On sait comment ça se passe dans un hôpital et on sait que quand on est occupé, c’est très difficile de se faire à manger et même de trouver du temps pour manger. On s’est dit qu’en rendant leur vie plus facile, ça leur ferait plaisir », dit l’étudiant de 28 ans.

Ses collègues et lui ont aussi vu l’occasion d’en aider d’autres, soit « les restaurants qui étaient en train de souffrir parce que leurs affaires n’allaient pas bien ». On voulait leur donner de grosses commandes », raconte l’étudiant.

Leur collecte de fonds s’est avérée fructueuse. « Il y a eu beaucoup plus d’enthousiasme qu’on pensait », dit Anthony Thorburn en riant. L’organisation de « MerciMeals » a par contre été plus complexe que prévu.

PHOTO FOURNIE PAR MERCIMEALS

Repas fournis pour les travailleurs aux urgences de l’Hôpital St. Mary

Il a d’abord fallu établir le contact avec différents établissements. Comme les repas sont destinés au milieu hospitalier, ils ne peuvent être à partager, les ustensiles doivent être fournis et les étudiants qui font la livraison ne rentrent ni dans les restaurants ni dans les hôpitaux.

Forte demande

Les repas arrivent à toute heure, pour les quarts de travail de jour, de soir ou de nuit, et les hôpitaux bénéficiaires varient. Jusqu’ici, des employés des hôpitaux St. Mary, Sacré-Cœur, LaSalle, Verdun et Sainte-Justine – entre autres – en ont eu. Chaque fois, entre 60 et 100 employés sont sustentés.

Les restaurants choisis sont quant à eux à l’image des habitants de la métropole. Ça va des falafels à la cuisine italienne, en passant par des repas indiens et des grillades portugaises. « On essaie de donner de la nourriture santé », dit Anthony Thorburn. On n’en attendrait pas moins de futurs médecins.

Le petit groupe a jusqu’ici recueilli près de 25 000 $ et reçoit de plus en plus de demandes. « On a beaucoup de gens qui nous appellent pour savoir si on peut livrer des repas », dit Anthony Thorburn.

Est-ce difficile pour de futurs médecins de ne pas être sur le terrain ? Anthony Thorburn préfère ne pas parler des études mises sur pause. Son groupe et lui se concentrent sur leur mission actuelle et l’accompliront « tant qu’il y aura de la demande », dit-il. Il s’agit, après tout, d’un service essentiel.