Si la grippe arrive en hiver, quand il fait froid, et disparaît au printemps quand il commence à faire chaud, le coronavirus va-t-il faire de même ? Rien n’est moins sûr.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Quel effet la chaleur produit-elle sur le coronavirus ?

On l’ignore. Début février, le président Donald Trump a affirmé que l’épidémie, qui a déjà fait plus de 15 000 morts aux États-Unis, allait probablement disparaître avec l’arrivée du beau temps, comme la grippe saisonnière causée par le virus de l’influenza. « La chaleur en général tue ce genre de virus », a-t-il déclaré. Mais il n’en est rien. L’épidémie continue de progresser. « Il ne fait pas assez chaud pour détruire un microbe ou un virus, même quand il fait 30 degrés en plein été », explique le Dr Donald Vinh, infectiologue et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill et chercheur clinicien. « Ça prend des températures très élevées comme celles qu’on obtient en laboratoire. »

Pourquoi la grippe se manifeste-t-elle souvent en hiver ?

Pierre Talbot, directeur du Laboratoire de neuro-immunovirologie de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), affirme qu’on ne le sait pas vraiment. « C’est une question qui est très difficile à étudier, mais il y a deux hypothèses », dit-il. La première, c’est qu’on vit dans des espaces plus confinés en hiver, ce qui favorise la propagation du virus. La seconde, c’est l’ensoleillement plus intense et prolongé en été. Les rayons UV fragiliseraient le virus. « En général, les virus respiratoires aiment mieux le froid et la sécheresse et moins la chaleur et l’humidité », ajoute la Dre Cécile Tremblay, chercheuse, microbiologiste et infectiologue au CHUM.

À quoi peut-on s’attendre avec la COVID-19 ?

Le nouveau coronavirus reste imprévisible. lmpossible de savoir comment il se comportera dans les semaines et les mois à venir. « Cela est encore inconnu, précise l’infectiologue Cécile Tremblay, du CHUM. Par contre, si on regarde la carte de l’OMS quotidienne, on voit que plusieurs pays en Afrique, près de l’Équateur, sont atteints. Alors, je me garderais une petite gêne à dire que ce virus va évoluer comme l’influenza. »

Dans une étude publiée le 19 mars, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology en arrivent à la conclusion qu’il est « extrêmement peu probable » que la propagation de la COVID-19 ralentisse aux États-Unis ou en Europe en raison de facteurs environnementaux, même si la majeure partie des cas ont été enregistrés dans des pays où la température se situe entre 3 et 17 °C. Pierre Talbot, directeur du Laboratoire de neuro-immunovirologie de l’INRS, pense cependant qu’il est possible que l’été « ne soit pas une bonne période pour ce virus ». « On prévoit la fin de l’épidémie en été, mais ça pourrait reprendre à l’automne », souligne-t-il.

Que sait-on de la contagiosité du virus SRAS-CoV-2 ?

On estime que chaque patient infecté transmet la maladie, en moyenne, à trois personnes. Mais ce chiffre, appelé indicateur R0, peut varier d’une population à l’autre en fonction de plusieurs facteurs, dont la densité. Si l’indicateur R0 d’un virus est de 3, cela veut dire que chaque personne atteinte va transmettre la maladie à trois autres personnes, en moyenne. Or, pour freiner ou stopper une épidémie, l’indicateur R0 doit être inférieur à 1. En l’absence de vaccin, on parvient à diminuer le R0 en limitant les contacts entre les gens. Dans le cas du SRAS, l’indicateur R0 était de 3 au début de l’épidémie. Les mesures de confinement ont permis de le faire passer à 0,5, en 2003. Mais on s’attend à ce que ce soit plus difficile pour la COVID-19 parce que de nombreuses personnes infectées, mais qui n’ont pas de symptômes, peuvent transmettre la maladie. La chaleur n’y changera rien.