(Québec) Une directive du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) demande au personnel des CHSLD et des résidences pour aînés de ne pas faire de réanimation cardiorespiratoire auprès d’une personne qui est atteinte de la COVID-19, qui est soupçonnée de l’être ou qui lui est « inconnue ». Une directive « inconcevable », dénonce l’infirmière auxiliaire Sonia Mancier, de la FIQ.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Ce document de deux pages, mis en ligne sur le site du MSSS le 9 avril et comprenant le logo « Votre gouvernement », est un « protocole de réanimation simplifié de la COVID-19 pour tous les milieux de soins prenant en charge des usagers hors des hôpitaux ».

Il « a été créé pour uniformiser la réanimation cardiorespiratoire dans le contexte pandémique », lorsque l’on fait face à une personne en arrêt cardiorespiratoire (ACR), peut-on lire. Il concerne entre autres les CHSLD, les résidences pour aînés, les cliniques externes et celles désignées pour l’évaluation de la COVID-19.

Le document précise que « les manœuvres de réanimation cardiaque sont à haut risque de transmission du virus COVID-19 ». « La protection des intervenants et des travailleurs de la santé est la priorité en temps de pandémie », et « la gestion des équipements de protection individuelle est essentielle pour opérationnaliser » ce principe, ajoute-t-on. Ainsi, « les secteurs à plus haut risque (préhospitalier, urgences, soins intensifs) sont priorisés pour protéger les travailleurs les plus à risque ».

Le protocole prévoit la marche à suivre « devant une personne faisant un ACR ».

Il recommande d’abord de « demander de l’aide » et d’« appeler le 911 ». Il faut ensuite « indiquer à un collègue de vérifier le dossier de la personne en ACR si un niveau d’intervention médical (NIM) est déterminé, le cas échéant ». Prochaine étape : « sortir le chariot ou le défibrillateur si disponible ».

On recommande ensuite de « porter des gants et un masque chirurgical », et « si disponibles », de « porter une blouse et une protection visuelle ». Il faut également « mettre un masque chirurgical au patient ».

Le personnel doit « évaluer ensuite le risque infectieux de la personne qui est en ACR », précise la directive. Deux choix sont offerts :

« a. Si la personne est connue de l’intervenant, ne présentait aucun symptôme et/ou avait un test de la COVID-19 négatif récemment – débuter le massage cardiaque en continu » ;

« b. Si la personne est inconnue OU son statut COVID-19 est inconnu, probable ou positif OU le milieu de soins est en éclosion de COVID-19 – ne pas faire de massage cardiaque ».

Le protocole note que « la gestion des voies aériennes définitives et la gestion de la ventilation doivent se faire par une personne expérimentée (médecin ou paramédic) et équipée d’une protection individuelle optimale ».

« La transmission communautaire est le principal moyen de transmission de la COVID-19 en province, peut-on lire dans le document. Cette transmission n’est pas soutenue de façon uniforme. Le risque qu’une personne en arrêt cardiorespiratoire (ACR) soit infectée de la COVID-19 n’est pas le même partout. L’analyse de ce risque de transmission doit se faire en collaboration entre les acteurs régionaux et ministériels. »

Le document a été mis en ligne le 9 avril et on note que sa « dernière modification » date du même jour.

>>> Pour lire le document: https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2020/20-210-37W.pdf

Devant la pénurie de matériel de protection dans les CHSLD, particulièrement les masques N95, « c’est comme si on disait qu’on ne réanime jamais », a dénoncé la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, secteur privé (FIQP), et infirmière auxiliaire Sonia Mancier. « On ne peut pas demander à une professionnelle de ne pas respecter son code de déontologie, c’est inconcevable », a-t-elle réagi.

Elle exhorte le gouvernement à approvisionner rapidement les établissements en masque N95 et à faire les essais d’ajustement (fit-test). « Vous nous obligez à ne pas réanimer pour ne pas se mettre en danger, c’est mieux de s’assurer que tous les établissements sont équipés de la même façon », ajoute-t-elle.

« C’est crève-cœur d’en arriver là, a dit de son côté le porte-parole de Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) Hubert Forcier. Ça montre l’enjeu de l’équipement. »

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, s’est lui aussi insurgé contre le manque de matériel de protection qui mène à cette directive. « Je ne peux pas blâmer qu’on veuille protéger le personnel médical, a-t-il dit. Mais c’est encore le plus petit et le plus faible qui paie pour l’incompétence en amont. »

M. Brunet ne mâche pas ses mots sur la gestion de l’équipement. « Il n’y a pas d’excuses comme État de ne pas avoir pensé à gérer les stocks », a-t-il martelé.