(Québec) Le gouvernement Legault prévient les Québécois qu’ils ne devront pas « s’approcher des aînés » pour « les prochaines semaines, les prochains mois », alors que le troisième âge représente l’écrasante majorité des décès causés par la COVID-19.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Parmi les 216 morts liées au coronavirus depuis le début de la pandémie au Québec, 90 % des victimes avaient 70 ans et plus, alors que 9 % étaient des gens âgés de 60 à 69 ans. Pour cette seconde tranche d’âge, le premier ministre François Legault – lui-même âgé de 62 ans – a précisé jeudi que les personnes décédées « avaient presque tou[te]s des problèmes de maladies chroniques ».

Ces statistiques sans pitié ont toutefois conduit Québec à prévenir les aînés du sort qui les attend au cours des prochains mois : ils devront rester à distance physiquement de leurs proches, même quand le beau temps arrivera.

« Il faut que les personnes plus âgées restent chez elles, puis malheureusement, il ne faut pas aller les visiter. Il ne faut pas s’approcher de ces personnes à moins de deux mètres et puis ne pas rester longtemps en leur présence », a dit le premier ministre.

À ce jour, le gouvernement recommande aux aînés qui ont un logement privé de rester chez eux autant que possible. Les personnes qui vivent dans les résidences privées et publiques pour personnes âgées ont toutefois des restrictions plus sévères à respecter quant aux déplacements extérieurs.

Au moment de publier, on dénombrait au Québec 10 912 cas confirmés de COVID-19, soit une hausse de 881 cas en une journée. De ce nombre, 679 personnes sont hospitalisées, dont 196 aux soins intensifs.

« Les personnes qui sont vulnérables, ce sont les personnes plus âgées. Elles n’ont pas plus de chances ou moins de chances que les autres d’être infectées, mais elles ont plus de chances, si elles sont infectées, d’avoir des conséquences graves, comme de décéder », a rappelé M. Legault.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

« C’est très, très, très difficile »

Le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins, ne veut « même pas penser » à la possibilité que les personnes âgées soient confinées pendant encore des mois.

Au cours des derniers jours, son équipe a joint les 800 membres du RQRA pour prendre le pouls de la situation : « C’est très, très, très difficile. Il y a énormément d’anxiété et de stress. Alors, je ne peux pas imaginer à quoi ça pourrait ressembler si on continuait comme ça pendant trois mois. »

Il espère au moins que les mesures seront légèrement relâchées dans les prochaines semaines et que les résidants pourront sortir de leur logement.

« Je ne peux pas annoncer la nouvelle à mes résidants, dit Dominique Blondin, directrice de la résidence L’Oasis, à Laval, qui accueille 360 personnes âgées. Ce n’est pas possible ! Ça casserait tellement leur moral. Et déjà, il y en a beaucoup qui montrent des signes de détresse. De l’angoisse, des dépressions. »

« Je crois que ça va causer beaucoup de dommages psychologiques, si le gouvernement va de l’avant avec ça », ajoute-t-elle.

Une reprise graduelle

Mais le Québec ne pourra pas rester confiné jusqu’à l’arrivée d’un vaccin contre la COVID-19, a réitéré jeudi le premier ministre. La reprise des activités économiques sera graduelle, a-t-il dit, en commençant par des secteurs comme la construction et des industries qui peuvent facilement poursuivre leurs activités par télétravail. Les services de proximité comme les soins esthétiques, les salons de coiffure, les restaurants et les bars, cependant, n’ouvriront pas dans un premier temps.

À un moment donné, [on va] rouvrir les écoles, mais d’être capables d’être 200 ou 2000 dans une salle, collés les uns sur les autres, ce n’est pas pour demain matin.

François Legault, premier ministre du Québec

« C’est plate, mais il [faut] prendre les mesures nécessaires pour qu’il y ait le moins de décès possible », a dit François Legault, jeudi.

« Parce que ce n’est pas tout le monde qui a été infecté, si tout le monde commence à ressortir, [le danger est] d’avoir un autre pic. Un pic qu’on aurait évité et aplati dans un premier temps et qui reviendrait », a aussi prévenu le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

« On va finir par accepter une certaine transmission dans la communauté pour que ça s’éteigne avec le temps. […] C’est sûr qu’à un moment donné il ne faut pas que les gens pensent que la société va arrêter de fonctionner, là, pendant un an et demi. Elle va revenir à un certain niveau de normalité », a-t-il précisé.

Mais en ce week-end de Pâques, le gouvernement Legault ordonne aux Québécois de respecter les consignes d’éloignement, afin d’éviter la transmission du virus.

— Avec la collaboration de Véronique Lauzon, La Presse