La petite boîte de biotechnologie québécoise Laurent Pharma saute dans la lutte contre la COVID-19. L’entreprise, issue d’un laboratoire de l’Université McGill, croit qu’une molécule qu’elle développe déjà contre l’inflammation des poumons pour les patients atteints de fibrose kystique pourrait atténuer les effets graves de la COVID-19.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« On travaillait déjà sur le potentiel anti-inflammatoire de notre molécule, appelée LAU-7B, et on a découvert par hasard qu’elle a aussi des effets antiviraux. C’est pour ça qu’on pense que combinés ensemble, ces deux effets vont montrer une efficacité clinique contre la COVID-19 », explique à La Presse Yves Rosconi, président du conseil d’administration de Laurent Pharma.

Le nom scientifique de la molécule est la fenrétinide. Pour vérifier son potentiel, Laurent Pharma compte démarrer d’ici trois semaines une étude clinique sur des patients atteints de la COVID-19 au Canada et aux États-Unis. Des résultats pourraient être obtenus trois mois plus tard.

Cette étude n’est pas sans rappeler celle lancée par l’Institut de cardiologie de Montréal, qui teste actuellement une molécule appelée colchicine contre la COVID-19. Les deux molécules s’attaquent à l’inflammation et veulent prévenir les effets les plus graves de la maladie. Il existe toutefois des différences importantes dans les mécanismes d’action des deux molécules et le design des deux études.

Alors que l’Institut de cardiologie de Montréal veut recruter 6000 patients susceptibles de développer des effets secondaires graves, Laurent Pharma n’en enrôlera de son côté que 200. Ceux-ci seront toutefois recrutés directement à l’hôpital, alors qu’ils souffrent déjà de complications liées à la COVID-19.

« Nous prenons les patients plus tard, juste avant qu’ils n’entrent en problèmes inflammatoires sérieux », explique Yves Rosconi. La moitié du groupe recevra un placebo, l’autre recevra de la fenrétinide. L’entreprise veut voir si le groupe qui reçoit le candidat médicament s’en tirera mieux que l’autre.

M.  Rosconi ne veut pas se lancer dans une course aux patients avec l’Institut de cardiologie de Montréal. Les participants seront éligibles à l’étude même s’ils prennent déjà de la colchicine ou même de l’hydroxychloroquine, ce médicament anti-malaria qui suscite beaucoup d’engouement pour son potentiel contre la COVID-19.

« Dans les deux bras de notre étude, le bras placebo et le bras traité, il y aura autant de patients qui prennent de la chloroquine ou de la colchicine. Les tests statistiques vont pouvoir distinguer les patients qui ont été traités avec tous ses produits et distinguer l’effet pur du LAU-7B », explique Yves Rosconi, qui a longtemps dirigé l’entreprise de biotechnologie québécoise Theratechnologies.

Contrôler l’inflammation

M.  Rosconi explique que la fenrétinide ne vise pas à empêcher l’inflammation qui, en soi, est une réponse bénéfique de l’organisme. En temps normal, cette inflammation finit toutefois par s’atténuer dans une phase qu’on appelle « résolution ». Chez certains patients atteints de la COVID-19, cette phase ne semble pas se produire et l’inflammation s’emballe, provoquant des effets dangereux.

« On veut intervenir sur la phase de résolution, pour que la réponse inflammatoire redevienne normale », dit Yves Rosconi. La molécule est déjà testée en Australie, au Canada et aux États-Unis sur des patients atteints de fibrose kystique et qui souffrent justement d’inflammation pulmonaire. Cette étude est notamment financée par Investissement Québec et par la Fondation américaine de fibrose kystique.

En parallèle, des tests en laboratoire sur des virus apparentés à celui de la COVID-19, dont le coronavirus qui cause le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, ont montré que la fendérinite empêche le virus de bien se lier aux cellules humaines. Comme le SARS-CoV-2 qui cause la COVID-19 utilise les mêmes trucs pour s’infiltrer dans nos cellules, Yves Roscni estime que la molécule risque de ralentir aussi l’infection de cette maladie. Il affirme que la fenrétinide a aussi montré un effet antiviral contre le VIH et le virus du Zika.

L’étude clinique que compte lancer Laurent Pharma coûtera « entre deux et quatre millions US » (entre 2,8 et 5,6 millions canadiens) et sera financée par des investisseurs privés. « C’est sûr qu’on aimerait voir le gouvernement du Canada et du Québec nous aider », glisse Yves Rosconi. L’étude devrait se dérouler dans une douzaine de centre hospitaliers canadiens et américains. Les discussions pour les approbations par les comités d’éthiques ainsi qu’avec Santé Canada et la FDA américaine sont en cours.