Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal, le plus gros au Canada, n’accepte plus les dépouilles depuis hier et au moins jusqu’au retour du congé de Pâques, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

La situation inquiète les maisons funéraires, alors que les décès liés à la COVID-19 s’accumulent dans la métropole.

La direction du cimetière a décidé de suspendre ses opérations parce que le syndicat local s’inquiétait des mesures prises pour éviter la propagation du virus entre employés. Lundi, des syndiqués ont menacé de se retirer du travail s’ils n’obtenaient pas de garantie à ce sujet.

« Dans les circonstances, vaut mieux interrompre et reprendre convenablement par la suite », a indiqué Daniel Granger, porte-parole de la direction du cimetière. Les gestionnaires du cimetière ont contacté la santé publique afin d’obtenir leurs conseils.

Toutes les opérations sont interrompues, tant les inhumations que les crémations. Les dépouilles devront patienter dans les installations des maisons funéraires. La crémation ou l’inhumation de neuf défunts a d’ores et déjà été repoussée. « On s’excuse. S’il n’y avait pas la crise du coronavirus, on n’en serait pas là », a continué M. Granger.

« Nous déployons tous les efforts nécessaires afin de reprendre nos activités dès le retour du congé pascal, lundi le 13 avril prochain », indique une note signée par la direction du cimetière et qui circulait hier dans l’industrie funéraire.

Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges accueille normalement 4000 dépouilles par année et est installé sur le mont Royal.

Des familles affectées

« Nous déplorons la situation, qui affecte les familles endeuillées au Québec », a réagi Annie Saint-Pierre, de la Corporation des thanatologues du Québec. « Nous laissons la chance aux parties syndicale et provinciale de trouver un terrain d’entente sur la définition des services essentiels dans les cimetières. Nous espérons que cette fermeture ne se prolongera pas au-delà de lundi de Pâques. »

Depuis le début de la crise, étant donnée l’impossibilité d’organiser des rassemblements pour des funérailles, les délais entre les décès et la crémation ou l’inhumation se sont beaucoup accélérés. Dans les cas de victimes de la COVID-19, on accélère encore davantage le processus.

Chez Urgel Bourgie/Athos, des défunts ont vu leur inhumation à Notre-Dame-des-Neige être reportée. « On a eu à contacter des familles hier et aujourd’hui. C’est sûr que les gens ne le prennent pas de gaieté de cœur », a témoigné le vice-président Patrice Chavegros.

Selon lui, la période d’attente ne pose toutefois pas de risque sanitaire quant aux dépouilles infectées par le coronavirus.

« On n’entrepose pas un cas de COVID-19 avec un cas non-COVID-19 », a-t-il dit. « On ne veut pas prendre le risque, ni pour le personnel, ni pour la famille qui pourrait être mise en contact. C’est totalement séparé. »

Selon Patrick Chartrand, du syndicat local, les employés étaient inquiets face à l’absence de mesures de sécurité bien établies et parce que deux gestionnaires auraient reçu des tests positifs à la COVID-19.

Lundi, « on voulait un plan clair », parce que « la tension et la nervosité montaient », a-t-il expliqué en entrevue. La suspension des activités « n’a jamais été une de nos demandes », mais les employés s’apprêtaient à formuler un refus de travail si le cimetière n’agissait pas.