(Ottawa) Prêt à aider le réseau de la santé dans la lutte contre la COVID-19, le secteur industriel manifeste son impatience face aux délais de Santé Canada.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
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Alors que le fédéral planche sur un plan de production de 30 000 respirateurs faits au Canada pour fournir suffisamment de munitions au réseau de la santé dans sa lutte contre la COVID-19, une entreprise de Montréal-Est, Chaptec-OmniChem, piaffe d’impatience de répondre à l’appel à la mobilisation du secteur industriel lancé par le premier ministre, Justin Trudeau.

L’entreprise, qui fabrique des produits désinfectants pour l’industrie agroalimentaire depuis 25 ans, est déjà en mesure d’élargir sa portée en fabriquant du gel désinfectant pour les humains, mais attend de recevoir la certification PNP de Santé Canada depuis quelques semaines pour être en mesure de distribuer ce produit essentiel aux hôpitaux du pays.

« Nous avons les usines, les chimistes et la compétence. Dès l’appel lancé le 18 mars, on s’est dépêchés à faire le produit. Nous avons tout. Nous sommes prêts. Mais on fait face à un dédale bureaucratique assez important », lance au bout du fil Jani Beauchamp, copropriétaire de l’entreprise avec son père Sylvain Beauchamp.

« On a redéposé notre demande lundi auprès de Santé Canada. Nous respectons à la lettre la recette officielle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) », a-t-elle ajouté.

L’entreprise de Montréal-Est, qui emploie 25 personnes, a déjà conclu un partenariat stratégique avec le Groupe Triani de Terrebonne, qui exploite des microbrasseries, pour son approvisionnement en alcool, ingrédient essentiel du désinfectant.

Une cargaison de plus de 15 000 litres du précieux produit se trouve déjà dans les installations de l’entreprise. 

Nous sommes en pandémie en ce moment. Nous avons eu des appels de Boston, de New York et d’autres villes aux États-Unis. Mais nous ne voulons pas leur vendre. Nous voulons le garder pour ici. Je veux approvisionner les gens qui travaillent dans les services essentiels au Québec et au Canada. Je veux servir mon monde.

Jani Beauchamp, copropriétaire de Chaptec-OmniChem

Dès qu’elle obtiendra le feu vert de Santé Canada, l’entreprise pourra produire environ 10 000 contenants de 4 litres par jour. « En une semaine, on serait capables d’approvisionner tous les hôpitaux du Québec et ailleurs aussi. Je comprends la situation chez Santé Canada. Je ne les blâme pas. Ils doivent avoir des montagnes de papiers partout. »

L’industrie mobilisée

Le Ministère a en effet reçu des milliers de demandes d’entreprises qui souhaitent faire homologuer du matériel divers en temps de crise.

Santé Canada a fait valoir que le délai moyen de traitement pour l’obtention d’une licence pour la production ou la distribution de matériel médical est de 120 jours en temps normal. « Actuellement, 90 % des demandes que Santé Canada reçoit sont traitées dans un délai de 24 heures. Aussi, le coût pour déposer une demande du genre est normalement de 4500 $. Ce coût a été aboli et c’est maintenant gratuit », a-t-on indiqué.

« Il est donc possible que certaines demandes prennent plus de 24 heures, mais c’est censé être l’exception à l’heure actuelle. Dans la plupart des cas, le délai est dû au fait que plusieurs fournisseurs qui ne font habituellement pas affaire dans le milieu de la santé ou avec Santé Canada ont approché le Ministère pour obtenir des licences », a-t-on ajouté.

Objectif de 30 000 respirateurs

Lors de sa conférence de presse quotidienne à Rideau Cottage, mardi, le premier ministre Justin Trudeau a d’ailleurs souligné que 5000 entreprises d’ici avaient levé la main pour contribuer à la fabrication de produits essentiels destinés aux professionnels de la santé.

Parmi celles-ci, on compte les entreprises Thornhill Medical, CAE ou encore Starfish Medical, avec lesquelles le gouvernement fédéral a conclu des ententes pour la fabrication de 30 000 respirateurs au pays.

« On espère que ce sera beaucoup plus que suffisant », a indiqué le premier ministre. Si d’aventure on se retrouvait avec du matériel excédentaire, le Canada pourrait en fournir à d’autres pays, a-t-il dit.

Chez CAE, « l’intention est de produire environ 10 000 unités dans un espace de trois mois ».

« On a l’intention de livrer 200 unités au début mai, suivant l’homologation et la certification par Santé Canada », a souligné à La Presse le vice-président, exploitation, technologies et innovation mondiales, Pascal Grenier. 

« C’est une très bonne nouvelle pour nos employés. On ne parle pas seulement de leur fierté de participer à cet effort contre la COVID-19, mais aussi que ça va faire partie des services essentiels », indique M. Grenier. En début de semaine, 75 travailleurs ont été rappelés pour contribuer au plan respirateur, et 150 devraient s’ajouter à eux si tout se déroule comme prévu.