(Ottawa) Quelques jours avant que le Canada n’annonce plus de 100 millions en nouvelle aide internationale pour lutter contre la COVID-19 dans certains pays, une ministre fédérale et un ardent défenseur de cette aide ont convenu que le pays ne pouvait pas se permettre de réduire cette enveloppe.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

« Déshabiller Pierre pour habiller Paul » n’était tout simplement pas une option, ont tous les deux convenu la ministre du Commerce international, Karina Gould, et Nicolas Moyer, président du Conseil canadien pour la coopération internationale, un groupe de coordination pour plusieurs agences d’aide.

Alors que le gouvernement s’apprêtait à annoncer, dimanche, davantage d’argent frais en aide internationale, la ministre Gould a participé jeudi à une réunion en ligne avec des représentants de ce secteur. Cette discussion a mis en évidence une préoccupation clé : comment « vendre » aux Canadiens des millions de dollars de dépenses à l’étranger alors que le gouvernement tente de soutenir une économie en déclin avec des dizaines de milliards de nouvelles dépenses au pays.

« Il y a vraiment un risque que les plus vulnérables soient oubliés dans tout cela », a fait remarquer M. Moyer à la ministre. Mme Gould a répondu que son gouvernement ferait un grand effort afin de protéger ce qui était déjà fait pour aider les gens dans les pays pauvres « et pour que notre réponse à la COVID-19 soit au-dessus du travail que nous faisons déjà — donc, ce n’est pas : déshabiller Pierre pour habiller Paul ».

Mme Gould a annoncé dimanche que le Canada augmentait son aide internationale de 109,5 millions, en plus des 50 millions annoncés par le gouvernement plus tôt en mars, pour aider à stopper la COVID-19 à l’étranger. Les nouveaux fonds annoncés dimanche comprennent 30 millions pour des pays spécifiques, 40 millions à la Coalition pour les innovations en préparation aux épidémies, pour la mise au point d’un vaccin contre la COVID-19, et 84,5 millions pour un certain nombre d’organismes internationaux comme l’Organisation mondiale de la santé, la Croix-Rouge et UNICEF.

Cette nouvelle enveloppe fait partie de la réponse du Canada à l’appel le mois dernier du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui invitait les gouvernements à verser 2 milliards. « Le virus qui cause la COVID-19 ne connaît pas de frontières, a indiqué la ministre Gould dimanche, par voie de communiqué. Cette pandémie incite les nations du monde entier à travailler ensemble et à être solidaires. »

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Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres

Un début ?

Stephen Lewis, un ancien ambassadeur du Canada auprès des Nations unies, a déclaré que la nouvelle enveloppe constitue certes « un début, mais ce n’est pas assez ». Il a rappelé que les dépenses du Canada pour l’aide internationale représentent 0,28 % du revenu national brut, bien en deçà de l’objectif de 0,7 % fixé par les Nations unies — et établi jadis par le Canadien Lester B. Pearson.

« La moyenne des pays donateurs riches est de 0,31 % », a soutenu M. Lewis. « Le Canada devrait au moins atteindre la moyenne, en fournissant plusieurs centaines de millions de plus. »

Au cours de la conférence téléphonique de jeudi dernier, Mme Gould a souligné que les considérations de politique intérieure ne pouvaient être ignorées et que le Canada avait le devoir de protéger ses propres citoyens contre le coronavirus. Elle a aussi rappelé aux intervenants que son gouvernement dépensait plus de 70 milliards en subventions salariales.

M. Moyer a alors demandé à la ministre si les organismes pouvaient faire quelque chose pour l’aider à bien communiquer aux Canadiens les intentions de son gouvernement.

« Nous pouvons prendre toutes sortes de mesures exceptionnelles ici au Canada — la fermeture des frontières, la distanciation sociale —, mais si ça arrive ailleurs dans le monde, nous pourrions voir une deuxième vague ici au Canada », a d’ailleurs convenu Mme Gould. « Il est important de l’inclure dans notre réponse nationale, et dans le cadre de nos efforts pour protéger la santé et la sécurité des Canadiens. »

Après la réunion de jeudi, le groupe de M. Moyer a envoyé à la ministre Gould une lettre signée par 180 organisations, exhortant le Canada à dépenser de l’argent à l’échelle internationale pour la pandémie et lui proposant de l’aider à l’expliquer aux Canadiens. « Nous sommes impatients de travailler avec vous et Affaires mondiales Canada pour façonner un nouveau discours narratif pour la coopération internationale », a-t-il écrit.

Stuart Hickox, directeur canadien de l’organisme ONE, a fait écho à cet argument dans un communiqué dimanche après l’annonce de Mme Gould. « Nous ne serons pas en sécurité tant que nous n’aurons pas vaincu ce virus partout. Il est maintenant temps d’empêcher une deuxième vague et de futures pandémies. »

La docteure Tanjina Mirza, coresponsable de Plan International Canada, a admis qu’il pourrait être « dans la nature humaine de se tourner vers l’intérieur pendant une crise », mais elle estime qu’il faut faire davantage pour aider les personnes les plus vulnérables.