En « habit d’astronaute » dans un couloir d’un CHSLD de LaSalle, Ben Caissie se dirigeait vers la chambre de sa sixième victime de la COVID-19.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Chaque fois que des aînés voient débarquer le transporteur funéraire ainsi couvert de la tête aux pieds, « ils sont quand même surpris », a-t-il relaté cette semaine à La Presse. « Je me suis fait demander si j’étais un Martien. »

M. Caissie est responsable du transfert des défunts du lieu de leur mort jusqu’au complexe funéraire montréalais pour lequel il travaille. Un métier méconnu, mais critique en période de pandémie. Quand un malade succombe à la COVID-19, c’est lui qui met un terme à leur isolement.

Sauf dans les hôpitaux, le défunt demeure habituellement dans la chambre où il a rendu l’âme jusqu’à l’arrivée de M. Caissie ou de l’un de ses confrères. « On s’en va à l’étage de la personne décédée, on s’en va à sa chambre, a-t-il expliqué. On passe parmi les résidants qui sont à cet étage-là. »

« Ça fait 18 ans que je fais ce métier-là et je n’ai jamais vu ça, a-t-il confié. Personne n’a jamais vu ça. Mais ça reste un travail qu’il faut faire bien et avec beaucoup de dignité. »

Ne pas devenir un vecteur de contamination

Le travail est compliqué par le contexte : Ben Caissie et ses collègues doivent maintenant obtenir une autorisation gouvernementale pour prendre en charge et transporter toute dépouille infectée par la COVID-19. Comme il passe d’un CHSLD à l’autre et d’un hôpital à l’autre, en plus d’être en contact direct avec des défunts, il doit aussi redoubler de vigilance pour éviter de se transformer en vecteur de propagation.

Il faut mettre un habit complet de la tête aux pieds de style Tyvek, un habit jetable, plus des couvre-chaussures, un bonnet, une visière, un respirateur avec des filtres au charbon, un tablier et plusieurs paires de gants.

Ben Caissie, transporteur funéraire

Il n’a pas voulu nommer l’entreprise pour laquelle il travaille.

« Le but ultime de ces mesures de protection, a-t-il continué, ce n’est pas que j’ai peur de l’attraper moi-même, c’est que je me promène de place en place et je veux protéger les gens. »

Règles resserrées

Depuis le début de la crise, le ministère de la Santé et des Services sociaux a émis des directives strictes pour éviter qu’un malade de la COVID-19 ne propage le virus même après sa mort.

La préparation des dépouilles, leur embaumement et leur toilette ne sont pas permis. « Tout rituel qui prévoit un contact direct avec la dépouille » est interdit, ajoute le document de l’Institut national de santé publique du Québec. Évidemment, tout matériel utilisé doit être désinfecté de façon plus rigoureuse que jamais.

Les funérailles n’échappent pas aux règles interdisant les rassemblements. Les avis de décès publiés ces jours-ci par les maisons funéraires évoquent des cérémonies très limitées, des hommages par vidéoconférence ou simplement un report des obsèques à une période plus propice.

À domicile

Si toutes les victimes de la COVID-19 dont il s’est occupé jusqu’à maintenant sont mortes en CHSLD, Ben Caissie sait bien qu’il devra un jour ou l’autre transporter un défunt mort de la maladie à la maison.

« Habituellement, quand on fait des domiciles, [la famille est là], on vient chercher leur papa ou leur maman, a-t-il dit. On a une relation particulière avec ces gens-là, on aime voir qu’ils sont en confiance avec nous, on les rassure [en leur disant] qu’on va bien prendre soin du défunt. Mais là, il y a une autre dimension, il n’y aura plus personne. »

C’est à Ben Caissie et ses confrères que reviendra la tâche de mettre un terme à cet isolement.