La salle d’attente de la clinique Mieux-être, à Saint-Léonard, est vide. Pourtant, plus de 200 patients ayant des symptômes de COVID-19 ont eu des consultations, samedi, avec les médecins de l’établissement, qui vient d’être accrédité comme Clinique désignée d’évaluation (CDE).

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

La majorité des malades n’ont pas eu à se déplacer pour leur évaluation médicale.

« On priorise la télémédecine actuellement, mais c’est tout nouveau, on n’avait jamais fait ça avant, on n’est pas formés pour ça. C’est un crash course pour tout le monde ! », explique le propriétaire de la clinique, Rémi Boulila.

La clinique Mieux-être fait partie des 93 CDE présentées samedi par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, lors de son point de presse quotidien.

« On veut concentrer dans certaines cliniques les gens qui ont la COVID-19, pour éviter qu’ils croisent d’autres patients qui ont besoin de consulter dans une clinique médicale, a indiqué la ministre. C’est une autre mesure de distanciation et de protection de la population, mais aussi pour donner les soins requis à ces personnes. »

Pas de tests

Les CDE ne font pas de dépistage ; elles offrent des soins à ceux qui ont des symptômes de COVID-19. La majorité des patients n’auront pas de test pour confirmer s’ils sont atteints ou non de la maladie, mais ça ne change pas leur traitement.

S’ils ont des symptômes, on les traite comme s’ils étaient infectés.

Le Dr Rami Bensalma

Et dans plusieurs cas, la prescription est simple : quarantaine de 14 jours pour éviter de contaminer autrui, repos, hydratation et surveillance des signes de détresse respiratoire. Les malades ne verront pas de médecin, à moins de développer une infection plus grave, comme une bronchite ou une pneumonie, ou s’il faut vérifier leurs symptômes de visu.

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Rémi Boulila entre dans la zone rouge.

Si un patient doit voir un médecin, le triage aura été fait au préalable par téléphone. À l’heure prévue, le malade entre par une porte séparée, dans la « zone rouge », celle où les règles d’hygiène les plus strictes sont observées. Il sait déjà dans quelle salle se présenter. Le médecin l’y rejoint après avoir revêtu les équipements de protection nécessaires. Et la salle est désinfectée après chaque consultation.

Les patients sont dirigés vers la clinique après un appel à la ligne COVID-19 du Québec, le 514 644-4545, et après avoir parlé à une infirmière d’Info-Santé. Ils obtiennent un rendez-vous pour une consultation téléphonique avec un médecin, par l’intermédiaire de la plateforme Rendez-vous santé Québec.

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Rémi Boulila, propriétaire de la clinique Mieux-être, à Saint-Léonard

Dans environ 75 % des cas, tout se règle au téléphone, « pour éviter les déplacements non nécessaires de patients », explique Rémi Boulila.

Même si des patients se présentent en personne, on leur donne un rendez-vous téléphonique, et ils retournent dans leur voiture en attendant de pouvoir parler à un médecin. On pourrait par exemple leur demander d’aller passer une radiographie des poumons, dans une clinique de radiologie désignée pour recevoir des malades atteints de la COVID-19. Le médecin recevra la radiographie par courriel et pourrait poser son diagnostic sans avoir vu le patient.

Docs techno

De telles façons de faire étaient impensables il n’y a pas si longtemps. Les consultations par téléphone ne peuvent être utilisées dans tous les cas. « Mais cette situation sans précédent va certainement changer notre façon de pratiquer la médecine », affirme le Dr Bensalma.

Quand M. Boulila a proposé que sa clinique devienne une CDE, il avait déjà une bonne quantité d’équipements de protection pour les employés, commandés en février dernier, avant que la crise de la COVID-19 n’atteigne le Québec – même si certains équipements achetés sur Amazon n’ont jamais été livrés.

Et il ne doutait pas que son équipe, composée de jeunes médecins, saurait adopter rapidement de nouvelles méthodes. « La moyenne d’âge est de 30 ans, ils sont à l’aise avec les nouvelles technologies. C’est normal pour eux d’envoyer un courriel à un patient », dit-il.

Ça va remettre en question les façons de fonctionner du système de santé. On va certainement apprendre de cette situation.

Le DAndy Nguyen

D’ici là, le personnel a fort à faire pour rassurer les patients. « Je n’ai jamais vu des patients aussi anxieux ! », constate Rémi Boulila.

Il faut leur expliquer pourquoi un test de dépistage n’est pas une priorité, leur répéter les consignes liées à la quarantaine, leur assurer qu’ils auront un suivi rapide si leurs symptômes se détériorent rapidement…

Tout ça en travaillant de longues heures, en maintenant de strictes règles d’hygiène et de protection, et en s’assurant de protéger leurs familles à la maison.

« Il y a beaucoup de solidarité dans notre équipe, on maintient un environnement très sécuritaire, et on développe un esprit de famille à travailler dans de telles conditions », se réjouit M. Boulila.