Ils ont eu la COVID-19. Après deux jours sans fièvre et sans symptômes, on leur a dit qu’ils ne l’avaient plus. Mais sans leur permettre d’en avoir le cœur net, puisqu’on leur refuse l’accès aux tests de dépistage, faute de ressources.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Cette incertitude indispose plusieurs personnes qui se relèvent de la maladie et qui viennent de passer 14 jours en quarantaine.

C’est le cas de Stevens Sarazin, à qui on avait pourtant dit qu’il devrait avoir deux tests négatifs, après sa maladie, pour confirmer qu’il était guéri et qu’il n’était plus contagieux.

Mais à la fin de sa quarantaine, le 1er avril, le discours avait changé. « L’infirmière m’a dit qu’après 48 heures sans symptômes, la maladie était partie, que je n’étais plus à risque, mais que je n’aurais pas de test pour vérifier, en raison du manque d’effectifs », relate M. Sarazin.

Ce changement dans les directives inquiète ce résidant de L’Assomption, dans Lanaudière. Il craint, même sans symptômes, d’être toujours contagieux et de contaminer sa conjointe, qui travaille dans le milieu de la santé, ses quatre enfants, âgés de 18 mois à 18 ans, ainsi que ses beaux-parents, qui leur prêtent main-forte avec la famille.

Même inquiétude pour Sébastien Corbeil et son conjoint Patrick Lowe, qui ont eu un test positif à la COVID-19 au retour d’un voyage dans le sud des États-Unis. Ils ont été très malades, surtout M. Corbeil, qui se porte heureusement beaucoup mieux.

Nous sommes tous les deux en forme, on s’entraîne, on court des marathons, mais là, pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur de mourir.

Sébastien Corbeil

Le Montréalais ne comprend pas, lui non plus, pourquoi on ne les envoie pas passer un test de dépistage pour confirmer qu’ils peuvent sortir de leur quarantaine sans crainte d’infecter les gens autour d’eux.

« Ils nous disent qu’on est guéris, mais on n’en est pas certains », dit-il.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Patrick Lowe et Sébastien Corbeil ont tous les deux reçu un diagnostic positif de COVID-19, mais n’ont jamais pu subir de nouveau test pour confirmer leur guérison.

Marie-Noëlle Théorêt se pose les mêmes questions, après une maladie et une réclusion qui l’ont tenue à l’écart de ses deux enfants.

Elle est d’autant moins rassurée que le suivi qu’elle a eu pendant sa maladie n’a pas été optimal. « Je devais avoir un appel quotidien, mais c’est plutôt moi qui ai dû téléphoner, parce qu’on ne m’appelait pas », raconte la Lavalloise.

Elle a aussi eu des informations contradictoires, pendant sa convalescence, au sujet des tests de suivi pour confirmer qu’elle n’était plus infectée.

Nouvelles priorités

Cette confusion découle des nouvelles consignes pour les tests de dépistage, émises le 30 mars dernier. Les tests sont maintenant réservés aux cas prioritaires – par exemple les patients hospitalisés ou les professionnels de la santé ayant des symptômes de COVID-19.

Les voyageurs ayant développé des symptômes ou les autres personnes symptomatiques ne sont plus testés systématiquement.

Ce changement dans les priorités était nécessaire en raison de l’« augmentation considérable du nombre de prélèvements », qui « excède largement la capacité de tester du système de santé, et ceci malgré une amélioration substantielle de cette capacité de tester », explique le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

« Nous considérons que dans certains cas, les tests pour confirmer la guérison ne [sont] pas nécessaires ou prioritaires », indique un porte-parole du MSSS dans un courriel adressé à La Presse.

« Toutefois, une personne est considérée comme guérie en fonction de l’évaluation du médecin traitant ou du professionnel désigné pour assurer le suivi. Il décidera si l’évaluation doit se faire par test ou par évaluation épidémiologique. Dans son évaluation, celui-ci considère l’ensemble des mesures suivantes avant de décider de lever les mesures d’isolement : absence de symptômes aigus depuis 24 heures (excluant la toux résiduelle qui peut persister), absence de fièvre depuis 48 heures (sans prise d’antipyrétiques), période d’au moins 14 jours écoulée depuis le début de la maladie aiguë. Il est important, malgré que les personnes ont fait la maladie, de continuer à suivre les mesures adoptées par le gouvernement. »

Les personnes à qui nous avons parlé ne sont cependant pas satisfaites du suivi reçu pendant leur maladie, ce qui explique leur inquiétude quant à la fin de leur quarantaine.

« On a l’impression d’être laissés à nous-mêmes », se désole Sébastien Corbeil.

« On a vérifié si j’avais fait de la fièvre depuis 48 heures, mais moi, je n’ai presque pas fait de fièvre pendant toute la durée de ma maladie, révèle Marie-Noëlle Théorêt. J’ai encore un doute qui persiste. »