Dans une directive envoyée le 31 mars aux établissements de santé, Québec demande de mettre à jour l’intensité de soins que désirent recevoir « toutes les personnes en soins palliatifs et de fin de vie ». En ces temps de pandémie de COVID-19, il est plus important que jamais que l’ensemble de la population, pas juste les aînés, prenne le temps d’y réfléchir, affirme le président de l’Association des neurologues du Québec, le Dr François Evoy.

Ariane Lacoursière  Ariane Lacoursière 
La Presse

« Les actes héroïques du massage cardiaque ou de l’intubation urgente peuvent devenir profanation. D’où l’importance de clarifier les questions d’intensité de soins en amont », écrit le Dr Evoy dans une lettre ouverte.

Dans sa directive, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) précise que les soins reçus par la clientèle en soins palliatifs et fin de vie sont « identifiés comme des services de santé et de services sociaux prioritaires ». Le MSSS demande que les niveaux de soins de cette clientèle soient à jour.

Les patients qui sont aptes ou les familles de ceux qui ne le sont pas peuvent choisir parmi les quatre niveaux de soins existant au Québec, qui vont de « prolonger la vie par tous les moyens nécessaires » à « assurer le confort sans viser à prolonger la vie ».

Quatre niveaux de soins

Au Québec, la population peut choisir entre quatre niveaux de soins pour guider les médecins dans leurs interventions en cas de maladie grave : 

A. Prolonger la vie par tous les moyens nécessaires

B. Prolonger la vie par des soins limités

C. Assurer le confort prioritairement à prolonger la vie

D. Assurer le confort sans viser à prolonger la vie

L’importance d’y penser maintenant

Dans sa lettre, le Dr Evoy, raconte avoir récemment abordé ce sujet délicat avec sa propre mère de 80 ans. « J’ai abordé le sujet calmement, sans détour, en insistant sur la situation hypothétique où une réanimation cardiaque et une intubation avec ventilation artificielle [étaient] nécessaires », écrit-il.

Avec la COVID-19, les personnes âgées sont plus susceptibles d’être gravement atteintes et de devoir être hospitalisées et même ventilées, explique le Dr David Lussier, gériatre. « C’est encore plus important de savoir ce qu’elles désirent comme soins », dit-il.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr David Lussier, gériatre

Le Dr Lussier, qui travaille à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, dit avoir travaillé très fort ces derniers jours à actualiser les niveaux de soins de ses patients. Selon lui, certaines personnes ont interprété négativement la directive du MSSS invitant à mettre à jour les niveaux de soins. Mais au contraire, selon le Dr Lussier, l’initiative est louable. « On veut éviter l’acharnement sur les patients qui ne veulent pas de soins agressifs », dit-il.

Selon le Dr Evoy, aborder le sujet des niveaux de soins à tête reposée avec son entourage est primordial. Car « dans le chaos de l’urgence », l’émotion n’est « pas toujours bonne conseillère », écrit-il.

Respecter les choix

En entrevue, le Dr Evoy souligne que les niveaux de soins sont méconnus des Québécois. « Le moment est toujours bien choisi de parler de ça. Mais avec ce qui se passe actuellement, il y a urgence dans la cabane », dit-il. Ce dernier souligne qu’il ne faut pas brusquer les gens et les forcer à en parler. Mais il faut selon lui entamer le dialogue.

Dans sa pratique, le Dr Evoy fait constamment face à l’importance des niveaux de soins. De nombreux patients qui subissent un AVC, par exemple, ne sont pas aptes à consentir à leurs soins à leur arrivée à l’hôpital. Les familles doivent trancher à leur place. « S’il n’y a pas eu de discussion avant, le poids de la décision revient à la famille. C’est très lourd », dit-il.

Le Dr Lussier explique que de nombreux patients atteints de la COVID-19 qui se rendront à l’hôpital dans les prochaines semaines se feront de toute façon poser cette question sur les niveaux de soins à leur arrivée. « Aussi bien y avoir réfléchi avant. Pas besoin nécessairement de l’écrire quelque part. Mais c’est bien d’y avoir réfléchi », dit le Dr Lussier, qui croit lui aussi que cette réflexion doit être tenue par tous, peu importe leur âge.

Le Dr Evoy veut être bien clair : inviter les gens à réfléchir à leurs niveaux de soins ne vise pas à les influencer ou à leur mettre de la pression. L’objectif est uniquement de les respecter dans leur choix le temps venu : « Si elles veulent être intubées et tout, on le fera sans problème. On n’a pas à juger de la décision des gens. On va simplement pouvoir respecter leur décision. »