Aux premières loges de la lutte contre le coronavirus, le médecin intensiviste Michel de Marchie sonne l’alerte : ne sortez pas sans masque ou protégez votre visage avec un tissu.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Le même message a été envoyé par les Centers for Disease Control and Prevention, autorité de santé publique aux États-Unis, qui viennent de recommander à tous les Américains de porter un masque. Cependant, le président Trump a dit : « Je choisis de ne pas le faire », précisant que ce n’est qu’une recommandation.

Ce débat sur le port du masque s’intensifie dans un nombre croissant de pays. 

En France, l’Académie de médecine préconise aussi depuis vendredi le port généralisé du masque. 

Le Dr de Marchie est catégorique : « Il faut que tout le monde porte un masque à partir de maintenant. Si vous n’avez pas de masque, mettez-vous un foulard ou un col roulé, mais protégez-vous. »

Le spécialiste travaille à l’Hôpital général juif de Montréal, où sont traités les cas graves de COVID-19. Depuis une semaine, lui-même ne sort plus de chez lui sans porter un masque chirurgical (pas le N95) et espace le plus possible ses visites à l’épicerie. Il en est ainsi pour tout le personnel médical de son hôpital du CIUSSS du Centre-Ouest, où on recense près du tiers (32,1 % en date du 3 avril) des cas dans la région métropolitaine.

À contre-courant

Cette recommandation ne va pas dans le même sens que la position du gouvernement Legault, qui estime inutile de généraliser le port du masque de protection à l’ensemble de la population.

Depuis le début de la crise, le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, demande d’éviter l’usage de masques à des fins préventives, pour éviter une pénurie dans le réseau. Ces derniers, dit-il, doivent être réservés au personnel de la santé et aux patients atteints.

« On me demande souvent si les gens doivent porter un masque toute la journée. La réponse, c’est que le masque n’est pas un moyen de prévention des infections dans la communauté. Il est réservé aux épisodes de soins. Si vous voulez vous protéger, ce n’est pas le masque qui est important. Lavez-vous les mains », a déclaré le Dr Arruda.

Les médecins de l’Hôpital général juif ont toutefois reçu la consigne de se protéger en tout temps. 

On porte tous un masque depuis une semaine. On a des instructions. Le virus est transmissible très facilement et une bonne partie de la population est asymptomatique. Il faut absolument avoir un masque.

Le médecin intensiviste Michel de Marchie

Le médecin spécialiste ajoute que de nouvelles études tendent à montrer que les mesures de distanciation sociale recommandées par les autorités ne sont pas suffisantes pour limiter la propagation du virus : « On commence à dire que même à six pieds de distance, ce n’est pas assez. »

« Des chercheurs pensent que même avec une respiration normale, on peut transmettre la maladie », ajoute-t-il.

Par contre, la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste infectiologue au CHUM, insiste pour dire qu’un masque n’est pas une finalité. Selon elle, aucune étude ne démontre l’efficacité des masques contre le virus, qu’ils soient chirurgicaux ou fabriqués de façon artisanale. 

« On n’a pas de données probantes qui nous diraient que oui, il faudrait que toute la population porte un masque, dit-elle. Les gens peuvent porter un masque artisanal, mais il n’y a aucune garantie que ça les protège. Ce qu’on ne voudrait pas, c’est que des personnes essaient de se procurer des masques réservés aux travailleurs de la santé alors qu’on est en pénurie. »

Soins intensifs

Vendredi, 20 jours après le déclenchement de l’urgence sanitaire Québec, l’Hôpital juif comptait 30 patients aux soins intensifs et 35 autres nécessitant de l’oxygène, dans des chambres à pression négative.

« On est débordés, avoue le Dr de Marchie. Aux soins intensifs, on admet de deux à quatre patients par jour. On va devoir passer à la phase 2 à partir de dimanche ou lundi. On prévoit avoir besoin de la phase 3. »

La phase 2 consiste à vider l’unité des soins coronariens de l’établissement pour y admettre des gens atteints de la COVID-19. Et la phase 3 vise l’unité des soins postopératoires.

« On étudie différentes options pour augmenter notre capacité à 90 lits », ajoute-t-il.

Le retour des snowbirds de Floride et du Mexique fait craindre une forte augmentation du nombre de cas. Le Dr de Marchie s’attend à ce qu’une bonne partie des personnes qui reviennent au Québec après avoir passé l’hiver au soleil soient infectées.