Un total de 204 travailleurs de la santé, dont 148 à Montréal, sont atteints de la COVID-19 au Québec, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux. De ce nombre, au moins cinq médecins de l’Hôpital de Verdun, aux prises avec une éclosion de cas.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) signale que trois de ses membres sont actuellement hospitalisés à cause de la COVID-19. 

Au ministère de la Santé, on précise que les travailleurs de la santé n’ont pas nécessairement été exposés à la COVID-19 dans le cadre de leur travail puisque les données regroupent « tous les types d’exposition (en voyage à l’étranger, communautaire, travail, etc.) ». Depuis plusieurs jours, le manque de matériel de protection dans les hôpitaux est soulevé par le personnel médical.

En entrevue jeudi matin sur les ondes du 98,5FM, la présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, a dit avoir été « jetée à terre » en apprenant que le Québec avait des réserves de masques pour trois à sept jours. « On est dans le trouble complètement. […] Il faut protéger les travailleurs de la santé qui sont au front. On ne peut pas se permettre qu’ils tombent malades, ces gens-là. »

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Diane Francoeur, présidente de la FMSQ

Soignants menacés

Dans un communiqué diffusé jeudi après-midi, l’Association médicale canadienne (AMC) a affirmé que la pénurie de masques et de fournitures de protection est beaucoup plus importante que prévu et met la vie des fournisseurs de soins en péril. L’AMC demande des mesures d’urgence pour corriger la situation.

L’organisme dit avoir sondé plus de 5000 médecins canadiens en 48 heures. Plus d’un tiers des médecins travaillant en cabinet ou en clinique sans rendez-vous ont dit qu’ils manqueraient de « masques de protection respiratoire N95, de protecteurs oculaires et faciaux, et de lunettes de sécurité dans deux jours ou moins, ou que les inventaires sont déjà épuisés », écrit l’AMC dans un communiqué. L’organisme indique aussi que « d’une manière générale, les médecins en milieu hospitalier ignorent combien de temps les inventaires actuels vont durer, et de nombreux répondants ont dit avoir reçu la directive de rationner les fournitures ».

Le Dr Abdo Shabah, urgentologue et membre du conseil d’administration de l’AMC, explique que, craignant de rapporter le virus à la maison, des médecins s’isolent de leur famille actuellement. « Le manque de matériel génère beaucoup d’anxiété. Il y a beaucoup d’incertitude, et ça part du manque de protection », dit-il.

En conférence de presse jeudi, le premier ministre François Legault a dit avoir reçu quelques commandes de masques, de gants et de blouses. « C’est vrai que ça arrive un peu à la miette, mais on est toujours autour d’une semaine, donc sept jours d’inventaire. Puis ça continue d’arriver dans les prochains jours », a-t-il déclaré.

Le premier ministre a dit que plusieurs commandes de matériel étaient attendues chaque jour. « Et on continue de travailler à essayer d’augmenter certaines des commandes, donc, et puis on travaille, comme je l’ai dit aussi, avec des entreprises québécoises qui vont être capables éventuellement de fabriquer ici, au Québec, beaucoup de matériel. »

Éclosion à l’Hôpital de Verdun

Au moins 40 personnes, dont 5 médecins, ont reçu un diagnostic positif à la COVID-19 au cours des dernières heures à l’Hôpital de Verdun, a confirmé jeudi le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

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L'Hôpital de Verdun a mis en place un concept d’« hôpital dans l’hôpital » pour traiter les patients atteints de la COVID-19.

Deux foyers d’éclosion ont été identifiés dans l’hôpital. Des médecins asymptomatiques qui ne se savaient pas atteints semblent avoir été à l’origine de l’éclosion en ayant effectué des tournées aux étages. Dès que ceux-ci ont manifesté des symptômes, ils se sont isolés à la maison, a assuré le CIUSSS, qui ne blâme aucunement ses professionnels.

Tous les patients hospitalisés dans l’établissement ont subi un test de dépistage. Chaque cas confirmé a été isolé. Les employés qui ont été en contact direct avec les patients ont aussi été testés, selon le porte-parole du CIUSSS, Jean-Nicolas Aubé.

Désormais, tout patient qui est admis à l’Hôpital de Verdun doit passer un test de dépistage avant de monter aux étages. L’établissement a mis en place un concept d’« hôpital dans l’hôpital » pour traiter les patients atteints de la COVID-19. Les cas négatifs montent en zone froide alors que les cas positifs doivent séjourner en zone chaude.

Crainte des employés

Présidente par intérim du Syndicat des professionnelles en soins de santé du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (FIQ), Françoise Ravel affirme que les mesures de protection sont actuellement en place. Mais elle ajoute que sur le terrain, il y a « énormément de crainte ». « Plusieurs se demandent s’ils n’ont pas été contaminés avant », dit-elle.

Mme Ravel se demande d’ailleurs pourquoi tous les patients ont été testés pour la COVID-19, mais pas tous les employés. « Je n’ai pas eu de réponse à ce sujet », dit-elle.

Selon Mme Ravel, à l’insécurité liée à l’éclosion s’ajoute la crainte de manquer de matériel de protection. « Plusieurs personnes ont peur », note-t-elle.

Québec récompense des milliers de travailleurs du réseau de la santé

Le gouvernement Legault sort le chéquier et allonge 287 millions pour « compenser » ceux qu’il a surnommés « nos anges gardiens » en offrant des primes salariales à quelque 300 000 travailleurs du réseau de la santé – secteur public et privé – qui sont à pied d’œuvre pour combattre la pandémie de la COVID-19. « Il s’agit d’un geste de reconnaissance de plus envers le travail indéfectible qui est fait par toutes ces femmes et tous ces hommes depuis le début de la crise », a lancé le président du Conseil du trésor, Christian Dubé. Québec offre donc une prime de 8 % aux travailleurs « en première ligne », c’est-à-dire tous les professionnels de la santé œuvrant directement auprès de la clientèle tant aux urgences, aux soins intensifs, dans les centres de confinement et les cliniques de dépistage, tout comme les préposés aux bénéficiaires en CHSLD. La mesure touche 69 000 employés du réseau. Le gouvernement propose aussi une prime de 4 % à tous les autres travailleurs de la santé et des services sociaux. Cette seconde « reconnaissance » profitera à au moins 200 000 employés. Les primes de 8 et 4 % seront rétroactives au 13 mars et « pourront être reconduites selon l’évolution de la situation ».
— Fanny Lévesque, La Presse