Depuis que le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, a annoncé que les policiers donneraient des constats d’infraction et pourraient même arrêter les citoyens qui ne respectent pas les consignes de santé publique visant à diminuer les risques de propagation de la COVID-19, les enquêteurs de la section Moralité et leurs collègues de l’escouade Éclipse, spécialisés dans la surveillance des débits de boissons et la collecte de renseignements sur les gangs et le crime organisé, sont eux aussi passés en mode coercitif.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Assignés dans des quarts de travail d’une durée de 12 h, ils vérifient et visitent les débits de boissons, les endroits connus comme pouvant être des bars clandestins, ainsi que les lieux potentiels où pourrait avoir lieu un rassemblement, comme une réception ou un mariage.

La Presse a appris que jeudi de la semaine dernière, les policiers de la section Moralité-Éclipse, qui font maintenant équipe avec leurs collègues d’Accès Alcool dans la lutte contre la propagation de la COVID-19, ont saisi plusieurs bouteilles d’un vin cachère de contrebande, grâce à un mélange d’intuition et de hasard.

Les policiers répondaient à un autre appel pour un rassemblement possible dans un établissement, une infraction en vertu des consignes sanitaires du gouvernement.

Alors qu’ils roulaient dans la rue Hutchison, près de la rue Saint-Viateur, ils ont remarqué des boîtes d’alcool sur le trottoir, près des locaux d’une congrégation juive.

Ils sont descendus de leur véhicule et ont surpris une livraison sur le fait. Une partie du vin était déjà à l’intérieur. Les policiers ont mis la main sur plusieurs dizaines de bouteilles de 750 millilitres et de 1,5 litre d’un vin produit en Ontario, qui n’aurait pas transité par la Société des alcools du Québec (SAQ).

Selon nos sources, la valeur du vin saisi serait d’au moins 50 000 $.

La quantité de bouteilles était trop importante pour qu’elles entrent toutes dans les véhicules du SPVM. Les policiers ont donc fait appel à une entreprise de transport pour que les boîtes soient déplacées vers un entrepôt de la SAQ.

Le dossier a été soumis à un procureur qui déterminera si des accusations pourraient être portées en vertu de la Loi sur les infractions en matière de boissons alcooliques (LIMBA) et la Loi sur la société des alcools du Québec.

Outre le fait qu’il s’agisse de vin de contrebande, les policiers ont craint qu’il soit offert lors d’une occasion à laquelle auraient pu participer plusieurs personnes, ce qui aurait pu augmenter les risques de contamination à la COVID-19.

Un marathon pour la vie

Dans un message interne envoyé aux policiers des sections Moralité et Éclipse, que La Presse a obtenu, le directeur adjoint du SPVM et responsable des enquêtes, Francesco Secondi, les a félicités pour leur présence d’esprit qui leur a permis « de localiser une contrebande de vin cachère et d’intervenir pour empêcher que des gens socialisent en temps de pandémie ».

« Vous avez l’habileté de convaincre n’importe qui, notamment les membres du crime organisé, de se tenir tranquille. Vous appliquez des lois complexes en intervenant dans des milieux hostiles. Vous intervenez avec tact dans des contextes difficiles », a poursuivi M.  Secondi, ajoutant que durant la crise du verglas en 1998, il a travaillé durant 14 nuits consécutives à essayer de convaincre des citoyens d’abandonner leur résidence, mais que la pandémie de COVID-19 est encore plus grave.

« Je pensais avoir tout vu. Je pensais que je n’allais jamais revivre une situation aussi intense. Je vivais alors un sprint afin de répondre à ma mission de sauver des vies. Aujourd’hui, je réalise que nous sommes dans un marathon. Cependant, notre mandat reste le même. Nous sommes là pour sauver des vies et la meilleure manière de le faire consiste à faire respecter les mesures de distanciation sociale », a-t-il écrit.

Cette tape dans le dos a été appréciée par des policiers qui ont communiqué avec La Presse.

« Cela fait du bien d’avoir quelqu’un à la haute direction qui reste connecté avec ceux qui travaillent sur le terrain et les policiers de la base. C’est rassurant de se sentir soutenu par ceux d’en haut », nous a confié l’un d’entre eux sous le couvert de l’anonymat, car il n’est pas autorisé à parler aux médias.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Gradation des interventions obtenue par La Presse

Depuis lundi, les policiers du SPVM doivent suivre une procédure bien établie avant d’arrêter toute personne qui ne respecterait par les consignes de santé publique ou de lui donner une amende.

1- Le commerçant est sensibilisé aux mesures mises en place pour la protection de la sécurité publique.

2- Un rappel « formel » est fait tout en indiquant les conséquences pénales en cas de refus de se conformer : le contrevenant s’expose à des amendes de 1000 à 6000 $.

3- En cas de non-respect des mesures, les personnes contrevenantes sont identifiées. Tous les renseignements et les éléments essentiels sont consignés dans un rapport d’infraction qui est acheminé au module responsable, où un rapport d’infraction général sera rédigé.

4- Le contrevenant est invité à mettre fin à l’infraction sur une base volontaire, avant d’en arriver à l’arrestation. Le policier peut allouer un délai raisonnable pour que les contrevenants se dispersent et quittent les lieux.

5- Si l’infraction persiste, le contrevenant est arrêté « uniquement s’il s’agit du seul moyen raisonnable de mettre un terme à la perpétration de l’infraction ». Une fois arrêté, le contrevenant doit être remis en liberté dès que sa détention n’est plus nécessaire.