Le gouvernement fédéral a ouvert ces derniers jours des « sites de quarantaine » pour les voyageurs de retour au pays. Ces sites gardés secrets sont un baume pour ceux qui reviennent de l’étranger complètement désemparé, incapables de retourner à la maison en raison des mesures de confinement.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Lorsque l’avion en provenance du Mexique a atterri à l’aéroport de Montréal, dimanche dernier, Michel Bouchard n’avait aucune idée de ce qu’il ferait une fois ses bagages récupérés.

Normalement, quand il revient du Sud chaque année, il fait beau et chaud au Québec. Il s’installe alors dans sa roulotte stationnée à Napierville, en Montérégie. Sauf que cette fois, son camping est fermé, comme bien d’autres services.

Où aller dans un tel contexte ? Pas évident pour un homme sans grands moyens, de retour de Puerto Vallarta, qui doit obligatoirement s’isoler pendant 14 jours, comme l’exige le gouvernement Trudeau.

Sachant le retour de son frère difficile, sa sœur Aline Bouchard s’inquiétait beaucoup pour lui le week-end dernier. Il a une santé fragile et il est loin de rouler sur l’or, a-t-elle confié à La Presse. Impossible pour lui de se prendre une chambre d’hôtel pour deux semaines, par exemple.

La résidante de Québec aurait bien voulu aller le chercher à Montréal, mais le gouvernement Legault recommande de ne pas se déplacer de région en région. Et de toute manière, il n’a absolument pas le droit d’entrer en contact avec des gens pendant son isolement.

« Je ne voyais pas trop de solutions », a raconté Aline Bouchard avec émotion. D’autant qu’elle savait son frère inquiet. En communiquant avec lui avant son départ, il était déjà terriblement anxieux de ne pas trouver d’endroit où se loger, mais aussi de ne pas réussir à se mettre quelque chose sous la dent pendant son confinement.

Mais dès que Michel Bouchard a mis le pied à Montréal, ses craintes se sont tout de suite évanouies. Des représentants de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) présents aux arrivées internationales de l’aéroport ont prêté une oreille à ses soucis. Et l’homme s’est aussitôt senti entre bonnes mains.

« Ils se sont vraiment bien occupés de moi et ils m’ont offert une chambre dans un des hôtels que le gouvernement avait réquisitionnés. Je vais passer ma quarantaine ici. Je suis nourri et je suis logé », s’est réjoui Michel Bouchard en entrevue. Il s’est dit très reconnaissant de l’aide et du soutien déployé à son égard.

Je me sens vraiment en sécurité ici.

Michel Bouchard, en quarantaine dans un hôtel réquisitionné par le gouvernement fédéral.

Puisque l’homme ne présente pas de symptômes de la COVID-19, il a été placé dans un hôtel situé tout près de l’aéroport et fermé actuellement au public et aux médias. Un hôtel dont les autorités fédérales veulent taire le nom, au point que la réception a fait mine que l’établissement était vide quand elle a reçu nos premiers appels.

« Je crois qu’au total, nous sommes six personnes à recevoir des soins ici, mais nous ne pouvons pas nous parler entre nous. Nous devons absolument être en quarantaine », témoigne Michel Bouchard.

Sa chambre est régulièrement nettoyée, ses repas sont toujours servis et un médecin lui a déjà rendu visite. « C’est vraiment bien organisé. Les gens sont très sympathiques en plus », confie M. Bouchard, soulagé de la tournure des évènements.

La Croix-Rouge a expliqué qu’un autre hôtel recevait quant à lui des voyageurs symptomatiques, c’est-à-dire qui présentent des symptômes de COVID-19. « On vient tout juste de commencer ce mandat », affirme Carl Boisvert aux relations médias de la Croix-Rouge, qui a demandé que le nom des hôtels ne soit pas cité pour le bien des personnes qui y sont logées.

Cette initiative du gouvernement fédéral et de la santé publique du Canada a été annoncée il y a une semaine. « Des passagers pourraient être transférés dans un site fédéral de quarantaine », avait expliqué en point de presse la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, sans donner bien de détails.

C’est notamment la Croix-Rouge canadienne qui prend en charge ces « sites de quarantaines ». Loin des caméras et des micros, l’organisme prête main-forte au gouvernement dans le cadre de mandats précis. Une équipe de travailleurs humanitaires a par exemple aidé et soutenu les Canadiens rapatriés et placés en quarantaine à la base aérienne de Trenton et au Centre Nav à Cornwall, en février dernier.

Dans des hôtels situés non loin des aéroports de certaines grandes villes du pays, la Croix-Rouge s’assure maintenant d’aider et de soutenir les personnes qui sont mises en quarantaine par l’Agence de la santé publique du Canada.