Une entreprise montréalaise affirme avoir accès à une grande quantité de masques N95, en Chine, et dit pouvoir les obtenir en quelques jours. PixMob ajoute attendre le feu vert de Santé Canada pour rendre le produit disponible et espère être en mesure d’approvisionner le personnel soignant du Québec « avant de commencer à devoir désinfecter les masques ».

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

« Nous, on essaie de lever la main en disant : "On est capables de mettre la main sur des centaines de milliers de masques, voire un million. […] On est capables de les avoir rapidement. Pas à la fin du mois, à la fin de la semaine !" », fait valoir Simon St-Germain, directeur du marketing chez PixMob.

PixMob est un tout nouvel acteur dans le secteur de la santé. Spécialisée dans le monde du spectacle, l’entreprise crée des bracelets lumineux utilisés lors d’événements de grande envergure — le Super Bowl LIV, la tournée mondiale de Taylor Swift ou encore celle de Shawn Mendes, par exemple. Selon son porte-parole, la société a senti les impacts de la COVID-19 dès le mois de février et a cherché à se réinventer.

« Nos bracelets sont faits en Chine, et on a accès à des fournisseurs chinois. Ils nous ont dit que des masques étaient disponibles, parce que tout le monde s’est reviré de bord là-bas et s’est mis à faire des masques N95 », explique M. St-Germain

Mais comme il s’agit de nouveaux joueurs, les distributeurs d’ici, au Québec, ne font pas affaire avec eux. Ils font affaire avec des fournisseurs traditionnels, qui sont les mêmes pour tout le monde sur la planète et qui ne suffisent pas à la demande.

Simon St-Germain, directeur du marketing chez PixMob

Tout nouveau produit médical doit être approuvé par Santé Canada avant d’être importé et mis en marché. La demande d’approbation a été remplie et envoyée lundi.

« Santé Canada accélère le processus de demande de licence d’établissement pour les entreprises qui veulent fabriquer, importer ou distribuer des masques de classe I, peut-on lire sur le site internet de Santé Canada. Notre objectif est de compléter le processus dans les 24 heures suivant la réception d’une demande dûment remplie. »

Ottawa n’a pas répondu aux questions spécifiques de La Presse concernant le cas de PixMob.

Un intérêt à Québec ?

La disponibilité des masques soulève de nombreuses questions depuis le début de la pandémie de COVID-19. D’un côté, les travailleurs du réseau de la santé sonnent l’alarme sur le nombre restreint de masques auxquels ils ont accès — voir l’onglet précédent. De l’autre, les autorités gouvernementales se veulent rassurantes et répètent qu’il y a du matériel de protection en quantité suffisante. Or, lundi, le discours a sensiblement changé.

Le premier ministre François Legault a notamment affirmé qu’« on regarde aussi pour que les masques N95 puissent être réutilisés plusieurs fois après avoir été désinfectés ».

Si PixMob obtient l’autorisation de Santé Canada, encore faudra-t-il faire venir les masques jusqu’ici. Le transport maritime étant trop lent pour l’urgence de la situation, l’entreprise privilégierait le transport aérien. Une option à fort prix, envisageable seulement avec un carnet de commandes bien rempli. Est-ce que Québec pourrait être un client potentiel ?

Cette entreprise, comme toutes autres, peut soumettre son offre de service au Ministère, qui sera analysée avec rigueur.

Nicolas Vigneault, responsable des communications au ministère de la Santé et des Services sociaux

Pour l’instant, « le Ministère a déjà sollicité ses partenaires, comme le réseau de l’éducation et même certaines cliniques privées [dentaires et autres], afin de supporter les besoins du réseau », a souligné M. Vigneault.

M. Legault a aussi laissé savoir, lundi, que le gouvernement « a des discussions avancées avec plusieurs entreprises québécoises [qui travaillent jour et nuit] pour fabriquer les masques, les blouses, les gants ».

« Dans deux ou trois semaines, si des masques québécois sont produits ici, tant mieux, estime M. St-Germain. Mais, l’important, c’est de protéger nos gens, et il faut agir avant qu’on ait besoin de commencer à désinfecter les masques. »

L’entreprise se lance également dans la fabrication de visières. Elle a aussi mis en marché des bracelets intelligents qui rappellent aux gens de se laver les mains. Le bracelet SafeWatch est équipé de lumières LED qui s’allument en rouge à une fréquence prédéterminée. Lors du lavage, la lumière tourne au jaune durant 20 secondes et tombe au vert quand le lavage a été fait correctement. Des pharmacies privées ont commandé des bracelets pour leurs employés et PixMob dit être en pourparlers avec de grandes chaînes d’épiceries.